Les 10 ans du MusVerre : Laetitia Messager, directrice : « Avoir une pensée kaléidoscopique et résolument contemporaine du verre, décloisonner les récits et les imaginaires »

Shayna LEIB (Etats-Unis) 1968 Entremet la citron vert 2023 Pâte de verre Collection Musée du Verre de Charleroi

L’année 2026 marque un triple anniversaire pour le MusVerre, musée unique en France dédié à l’art verrier à Sars-Poteries (département du Nord) né de la vision d’un homme, l’abbé Louis Mériaux et d’un geste celui d’ouvriers qui imaginent pendant leur temps de pause des pièces utilitaires au départ et devenus emblématiques de toute une région, les « bousillés », donnant naissance au premier Atelier du Verre il y a 50 ans. En plein bocage de l’Avesnois, l’écrin contemporain conçu par Raphaël Voinchet, enveloppé de la pierre bleue du Hainaut, cristallise et prolonge 10 ans plus tard, ce lien entre patrimoine et signature contemporaine, d’autant que la directrice du site, Laetitia Messager, animée d’une vision disruptive du verre souhaite le faire entrer de plein pied dans la création actuelle, en dialogue avec l’histoire de l’art : la sculpture, la peinture, la photographie… les arts verriers étant trop souvent rattachés et enfermés dans l’art & craft, comme elle le souligne. 

Après l’aventure Matisse au Cateau-Cambrésis elle s’est lancé le défi d’imprimer cette dynamique fidèle à la vision transculturelle de départ à travers plusieurs axes : de nouveaux partenariats avec des acteurs incontournables tels que le Musée de Charleroi, l’alter ego belge, le CERFAV, Centre Européen de Recherche et de Formation aux Arts Verriers de Vannes-le-Châtel, véritable fabrique de talents, des résidences croisées plasticien/artiste verrier afin de remettre l’Atelier au cœur, des cartes blanches et un focus spécial autour de 10 ans d’acquisitions soulignant la vitalité des écritures verrières et la place grandissante de nouveaux médiums. Accompagnée de Laure Bouvart, responsable du service des collections, elles ont mené tout un travail de repositionnement du MusVerre autour de ce qui fait son ADN et sa complémentarité au sein d’un écosystème élargi mais jamais « hors-sol », les habitants de Sars-Poteries ayant l’opportunité de découvrir les réserves à l’occasion de ces 10 ans et d’être partie prenante. Elles signent à deux l’exposition « Enchanté, la fabrique des histoires » afin de placer cette saison anniversaire sous le prisme du merveilleux et de l’étonnement, les visiteurs traversant différentes strates aux frontières du rêve, la figure d’Alice guidant leurs pas. Entre Dali, Rebecca Stevenson, Simone Fezer, Richard Fauguet, Simsa Cho… les influences culturelles et stylistiques sont nombreuses dans ce qui ressemble à une scénographie-monde. Quand l’utopie des chimères rejoint l’audace d’un lieu qui ne cesse de repousser les limites du médium et d’inventer de nouveaux possibles.  Laetitia Messager a répondu à mes questions. 

Marie de la Fresnaye. Qu’est-ce-qui vous a tenté dans cette aventure MusVerre après l’emblématique Cateau-Cambrésis ? 

Laetitia Messager. Je connaissais déjà le site historique, notamment à l’époque où il était installé dans l’ancien Château Imbert, avec cette collection. C’était un lieu que je fréquentais régulièrement, aujourd’hui réinventé dans un écrin d’architecture contemporaine particulièrement remarquable. J’ai été profondément marquée par le médium verre, qui s’impose à mes yeux comme une évidence dans le champ de l’art contemporain, affranchi de toute forme de hiérarchie.

À ma prise de fonction, j’ai choisi de consacrer presque une année entière à l’écoute. Une démarche essentielle, malgré mon tempérament naturellement bavard, qui m’a conduite à interroger historiens de l’art, partenaires institutionnels et acteurs de l’écosystème. Parmi eux, le Musée des beaux-arts de Nancy, qui développe depuis deux ans un dialogue entre verre contemporain et verre Art déco au sein de ses collections, mais aussi le musée de Conches-en-Ouche ou encore le musée de Charleroi, en lien étroit avec sa conservatrice Catherine Thomas.

Plusieurs visites ont été organisées avec les équipes, parfois sous forme de séminaires, certains ne connaissant pas notre voisin pourtant tout proche de Charleroi. 

Avec Laura, nous avons mené un travail de terrain approfondi, allant à la rencontre d’artistes, de partenaires institutionnels et de professionnels, afin de mieux cerner notre identité et notre place dans cet écosystème. Il s’agissait de comprendre nos spécificités, mais aussi nos complémentarités, notamment avec les centres de formation tels que le CERFAV à Vannes-le-Châtel, le CIAV à Meisenthal ou encore la HEAR à Strasbourg, sans oublier les enseignants qui intègrent le verre dans les cursus des Beaux-Arts et de l’université.

Cette immersion a permis de mieux appréhender les attentes de l’ensemble de la chaîne d’acteurs et d’envisager des modes de collaboration pertinents. Elle a également révélé, de manière assez frappante, l’extraordinaire diversité du champ de la création verrière contemporaine, porté à la fois par des artisans, des techniciens, des plasticiens et des designers, certains réalisant eux-mêmes leurs œuvres, d’autres collaborant avec des Meilleurs Ouvriers de France.

Reste que cet univers demeure traversé par certaines tensions. J’ai notamment perçu une forme de césure, héritée d’une vision encore ancrée dans le mouvement Arts & Crafts, là où, selon moi, le verre s’inscrit pleinement et sans ambiguïté dans le champ de l’art contemporain.

Aurélie ADAM Réminiscence_ crédits photo François Golfier

MdF. A quoi tient selon vous un relatif manque de visibilité des artistes du verre face à l’art contemporain ? 

LM. La redécouverte et la valorisation de l’Art déco ont, selon moi, largement contribué à remettre le verre sur le devant de la scène. Mais cet héritage n’est pas sans ambiguïté. En ancrant le verre dans une tradition artisanale, manufacturée et souvent utilitaire, il a aussi, d’une certaine manière, enfermé les artistes verriers dans une lecture réductrice de leur pratique.

Or, une nouvelle génération revendique aujourd’hui une émancipation claire vis-à-vis de cette approche. Ces créateurs aspirent à dépasser le seul registre du savoir-faire pour affirmer une posture d’auteur : ils se définissent comme concepteurs, plasticiens, designers. Le verre devient alors un médium parmi d’autres, au même titre que la sculpture, la céramique ou le textile, et non plus une fin en soi.

Cette transition reste toutefois inachevée. Les artistes doivent encore composer avec une image fortement associée à l’utilitaire et à la tradition, qui tend à occulter leur inscription dans le champ de l’art contemporain. Derrière cette tension, on perçoit un désir très net : celui de s’affranchir des catégories héritées pour être pleinement reconnus comme artistes à part entière.

Flore DELFOSSE La maison des chimères 2020 Pâte de verre, émail, gravure au jet de sable, bois Collection Cerfav

MdF. Vous ambitionnez d’accompagner la jeune création. A travers quels leviers ?

LM. Plusieurs leviers ont été identifiés pour accompagner cette jeune génération d’artistes verriers. Le premier consiste à intervenir en amont, directement à la source de leur formation. Un partenariat a ainsi été noué avec le CERFAV de Vannes-le-Châtel, où de nombreux créateurs, souvent issus de parcours en design ou en arts plastiques, viennent se spécialiser dans le médium verre, qu’ils considèrent comme un espace d’expression pleinement en phase avec leur démarche artistique.

L’objectif est d’inscrire cette collaboration dans la durée, à travers une convention scientifique et culturelle favorisant les échanges réguliers. Le CERFAV conserve par ailleurs les œuvres de diplôme des 34 promotions formées depuis sa création, constituant une réserve particulièrement riche et accessible. Certaines de ces trajectoires se prolongent dans le champ artistique, d’autres bifurquent vers l’artisanat ou l’entrepreneuriat. L’enjeu, pour le musée, est donc d’identifier et de soutenir celles et ceux qui souhaitent s’inscrire durablement dans une pratique artistique.

Un autre levier repose sur la visibilité offerte à ces jeunes créateurs. Celle-ci passe notamment par des prêts d’œuvres dans le cadre d’expositions temporaires, comme « Enchanté, la fabrique des histoires », mais aussi par des dépôts au sein des collections permanentes, permettant d’instaurer un dialogue avec des artistes déjà reconnus.

Le musée développe également des formats plus expérimentaux, à l’image de cartes blanches confiées au CERFAV. La directrice de la culture y sélectionne des pièces issues de jeunes diplômés, parfois encore en formation, à un an de leur diplôme, que le public est invité à découvrir. Un espace spécifique leur est dédié, à l’écart du parcours principal, afin d’éviter une confrontation directe avec les grandes figures de la collection et de préserver la singularité de leurs démarches émergentes.

Cette programmation répond à une double ambition : rendre compte de la création contemporaine la plus actuelle et s’aligner sur les préoccupations des nouvelles générations. Questions de genre, d’identité, d’environnement, mais aussi dialogues entre art, sciences et vivant, irriguent ces pratiques. Autant de thématiques qui inscrivent pleinement le verre dans les enjeux contemporains.

Dans cette perspective, le musée affirme son rôle : celui d’une institution engagée, attentive aux mutations de la création, et déterminée à offrir une tribune à ces jeunes artistes pour faire entendre leurs voix.

Vues Collections permanentes, MusVerre

MdF. Au niveau des résidences, quel profil d’artistes ? 

LM. Ces artistes peuvent être aussi bien des verriers que des plasticiens ou des designers désireux d’explorer le médium verre. Nombre d’entre eux choisissent de s’associer à des techniciens verriers afin de se confronter à une matière qu’ils maîtrisent peu ou qu’ils préfèrent aborder sous l’angle de la conception plutôt que de l’exécution. Cette délégation de la technicité devient alors un levier de création.

C’est précisément ce type de dialogue que l’institution souhaite encourager et prioriser. À l’image de ce que développe la manufacture de Sèvres, ces collaborations entre artistes et artisans ouvrent un espace d’expérimentation fécond, où les savoir-faire techniques rencontrent des démarches plastiques contemporaines.

Ce croisement des médiums apparaît comme une voie essentielle pour porter le verre au plus haut niveau de reconnaissance artistique. En favorisant ces échanges avec l’Atelier, le musée contribue à repositionner ce matériau dans le champ élargi de l’art contemporain, en le libérant de ses assignations traditionnelles.

Par ailleurs, ces collaborations s’appuient sur un dialogue technique approfondi entre les structures partenaires, garantissant un accès aux technologies les plus avancées. Ces résidences d’artistes, sont organisées sur appel à projets entre septembre et décembre, pour des périodes d’environ deux mois.

Le MusVerre Crédit photo – D. Lampla – Département du Nord

MdF. Quelles sont les modalités et processus de sélection ? 

LM. Concernant la résidence d’artistes, j’ai souhaité faire évoluer ses modalités. Jusqu’à l’an dernier, le directeur de l’établissement sélectionnait directement l’artiste avec lequel il souhaitait travailler. Puis, sous la direction précédente, un premier changement a été opéré avec la mise en place d’un appel à projets ouvert, sans thématique imposée, dont la sélection était assurée uniquement par l’équipe du musée.

Pour ma part, j’ai voulu aller plus loin et renforcer ce dispositif. J’ai ainsi mis en place un comité scientifique et technique au sein du musée, réunissant des profils variés : historiens de l’art, commissaires d’exposition indépendants, responsables d’institutions et acteurs de la formation verrière. Ce comité inclut notamment la directrice du musée du verre de Charleroi, la responsable du verre à la HEAR de Strasbourg, la responsable de la culture au CERFAV, ainsi que des représentants du territoire comme l’association La Chambre d’eau, engagée dans la création en milieu rural.

Mon objectif est d’adosser le musée à un réseau d’expertises complémentaires et de nourrir une réflexion collective autour du verre, envisagé dans toute sa richesse, une approche que je souhaite véritablement kaléidoscopique.

Dans ce cadre, j’ai resserré le comité pour constituer un jury de résidence composé de quatre à cinq personnes. Cela permet aux artistes candidats de savoir qu’ils ne sont pas sélectionnés uniquement par l’équipe du MusVerre, mais qu’ils bénéficient d’une validation croisée, à la fois institutionnelle, critique et pédagogique. C’est aussi une manière de constituer un vivier d’artistes et de mieux suivre l’évolution de la création contemporaine.

Pour l’édition actuelle, dans un contexte de commémoration anniversaire, j’ai également souhaité proposer une thématique volontairement ouverte, articulée autour de la relation entre intérieur et extérieur. Cette réflexion s’applique autant au médium, dont les ressources sont à la fois enfouies et visibles, qu’à l’architecture du lieu, conçue comme un espace de dialogue entre dedans et dehors.

Je me suis appuyée, pour cela, sur une approche héritée de mon expérience précédente, avec un regard que je qualifierais de « matissien ». Je me suis interrogée sur ce qui faisait la force universelle d’un artiste comme Matisse : la fenêtre, comme motif central. Une fenêtre pensée comme une membrane entre deux mondes, qui permet de faire dialoguer l’intérieur et l’extérieur, l’intime et le paysage.

Sacha DELABRE et Axelle MARY France, 1996 et France,1995 Collaboration Izzi LOMBARDO et Bim BURTON

MdF. Quelles sont vos priorités en matière de dons et d’acquisitions ? 

LM. Ce qui m’a particulièrement frappée à mon arrivée, et même surprise, c’est le nombre très important de propositions de dons. C’est un phénomène assez impressionnant, qui traduit une véritable volonté des artistes de voir leurs œuvres intégrées dans une institution publique.

Nous nous inscrivons aussi dans un moment charnière : celui des cinquante ans de la création verrière contemporaine. Une génération d’artistes aujourd’hui âgés de 70 à 80 ans souhaite légitimement que ses œuvres majeures, parfois emblématiques de leur parcours, entrent dans les collections muséales. Cette situation nous oblige à définir des critères clairs pour orienter nos choix, entre ce que nous acceptons et ce que nous refusons. À mon arrivée, j’ai constaté que la politique d’acquisition était beaucoup plus ouverte, avec une tendance à accepter largement les propositions.

J’ai donc souhaité réaffirmer une ligne directrice plus précise, en donnant la priorité à la génération émergente. Accompagner les jeunes artistes fait pleinement partie de notre mission : il s’agit de leur permettre de poursuivre leur parcours et d’éviter les ruptures, dans un contexte particulièrement fragile. La hausse du coût des matières premières fragilise de nombreux ateliers, certains étant contraints de fermer. Parallèlement, la disparition de galeries réduit les opportunités de diffusion, créant un déséquilibre dans l’écosystème.

Dans ce contexte, j’estime que le musée doit jouer un rôle de tremplin. Nos acquisitions se concentrent ainsi davantage sur des artistes trentenaires, que nous cherchons à soutenir dans la durée. En parallèle, nous poursuivons un travail de consolidation de la collection, en comblant certains manques et en renforçant la présence d’artistes encore sous-représentés. L’objectif est de proposer aux visiteurs une lecture de l’histoire de l’art verrier à la fois cohérente, fluide et inscrite dans une continuité chronologique.

MdF. La parité : est-ce un critère opérant au MusVerre ? 

LM. La question de la parité est, pour moi, absolument essentielle. Aujourd’hui, nous atteignons 40 % de femmes dans nos programmations, ce qui nous place, à mon sens, parmi les bons élèves, souvent davantage que dans les musées d’art moderne et contemporain. Cette évolution s’explique aussi par une transformation plus large du secteur : à l’image de la céramique, le monde du verre connaît une féminisation marquée. On estime désormais que près de 60 % des praticiens sont des femmes.

Pour autant, un décalage persiste. Les œuvres présentées, qu’il s’agisse des collections ou des expositions temporaires, restent majoritairement celles d’hommes. Il existe donc une véritable dichotomie entre la réalité du terrain et sa représentation institutionnelle. C’est précisément ce déséquilibre que nous avons souhaité corriger avec Laura, en veillant à instaurer une réelle parité dans l’exposition.

Un autre point m’a particulièrement interpellée : la question de la visibilité des auteurs. Dans certains cas, les cartels ne mentionnaient pas l’ensemble des contributeurs, au nom d’une supposée œuvre collective. Cela m’a profondément étonnée, même si cette pratique semble relativement répandue. Pour moi, être exemplaire commence par là : nommer chacun, rendre visibles toutes les personnes impliquées dans la création.

MdF. Quelles thématiques en regard des acquisitions ? 

LM. En matière d’acquisitions, je considère qu’un musée doit aussi se positionner sur des thématiques majeures, en prise avec les enjeux de société. Il ne s’agit pas d’être militant, mais d’être engagé. Notre rôle est de proposer un contenu scientifique rigoureux, qui donne au visiteur les clés pour construire son propre regard critique.

Aujourd’hui, ces enjeux sont multiples. Ils touchent à la parité, bien sûr, mais aussi aux questions de genre, plus largement à celles de la sous-représentation et de l’invisibilisation, encore très présentes dans les musées d’art moderne et contemporain. Les réflexions autour de la décolonisation s’inscrivent également dans ce mouvement de rééquilibrage des récits.

Pour ce qui concerne plus spécifiquement notre champ, je souhaite porter avec force les questions liées à l’environnement et au vivant. De plus en plus d’artistes verriers développent des pratiques à la lisière entre art et sciences, un courant profondément ancré dans la création contemporaine, toutes disciplines confondues. Même si je me méfie des catégorisations trop rigides, on observe clairement cette hybridation des approches.

Au fond, la question centrale est celle du « faire société ». Et le vivant en est un prisme essentiel. Le verre, en ce sens, est un médium particulièrement pertinent : il est intrinsèquement lié à l’environnement, issu du sous-sol, historiquement dépendant des ressources forestières. Il porte en lui cette dimension écologique et matérielle.

Ce qui me fascine, c’est aussi la relation que les artistes entretiennent avec cette matière. Beaucoup parlent d’un dialogue, voire d’une danse avec le verre. Car il ne s’agit pas d’un matériau inerte : travailler le verre, c’est composer avec lui, lui proposer une direction sans jamais totalement la maîtriser. Il y a toujours une part d’imprévisible, une nécessité de compromis entre l’intention de l’artiste et les réactions de la matière.

Cette relation devient encore plus intéressante dans les pratiques collectives, notamment chez les couples de verriers, assez nombreux. On assiste alors à une forme de triangulation : un duo qui devient trio avec la matière. Chacun doit trouver sa place, s’effacer parfois, face à l’autre comme face au verre lui-même. Cette dynamique, faite d’ajustements constants, est assez unique.

On retrouve, dans une certaine mesure, cette part d’aléa dans d’autres techniques comme la gravure, notamment avec les bains de morsure ou la gravure au sucre, où le processus échappe en partie à l’artiste. Mais avec le verre, cette tension est particulièrement palpable. C’est une pratique de l’équilibre, du lâcher-prise, et du compromis permanent. 

MdF. Quelles zones géographiques sont-elles représentées ?

LM. Je ne peux pas dire aujourd’hui que notre collection reflète pleinement une vision du monde : elle reste marquée par des sous-représentations géographiques importantes. Pourtant, il est essentiel de s’inscrire dans l’héritage du fondateur, qui portait dès les années 1980 une vision particulièrement ambitieuse et précurseure du multiculturalisme.

Des progrès restent à faire. Le continent asiatique, par exemple, pourrait être davantage représenté. Quant au continent africain, il est encore largement absent de nos collections, alors même qu’il existe des traditions verrières bien vivantes, notamment au Maroc ou en Tunisie.

Face à ce constat, je suis convaincue que notre rôle est d’encourager le partage des savoir-faire et des techniques. Il s’agit d’inscrire le musée dans une dynamique de transmission, mais aussi d’ouverture, en favorisant les circulations, les échanges et une meilleure représentation de la diversité des pratiques à l’échelle internationale.

MdF. Quelle est votre programmation des expositions à venir ? 

LM. Lorsque l’on m’a demandé de concevoir un programme d’exposition sur trois ans à partir de grandes problématiques, j’ai d’abord souhaité, pour cette année anniversaire, remettre en récit la puissance de notre histoire. Il s’agissait de retrouver une forme de quête d’identité et de rappeler un point essentiel, parfois méconnu du public : l’Atelier et le musée ne font qu’un.

L’année prochaine, nous proposerons une exposition consacrée au genre animalier, particulièrement présent dans nos collections en réserve. Il faut rappeler que seulement 30 % de la collection d’art contemporain et 25 % de la collection ancienne sont aujourd’hui exposés. L’enjeu sera donc de donner une véritable visibilité à ce fonds. 

En 2028, l’accent sera mis sur la convivialité à travers la gobeleterie. Nous prolongerons le fil de l’histoire tout en l’ouvrant à des questions de design et d’inclusivité.

Enfin, en 2029, une exposition sera consacrée aux liens entre le verre et la mode, dans une perspective d’hybridation des pratiques. Le corps, le bijou et les objets de parure seront au cœur de cette réflexion, révélant la porosité croissante entre les disciplines.

MdF. En termes de visitorat, de quoi est-il composé ? 

LM. Le MusVerre accueille en moyenne 33 000 visiteurs/an dont 75 % en provenance des Hauts-de-France. Les visiteurs internationaux représentent 10% avec principalement des Belges, nos voisins les plus proches. Notre défi est de faire du MusVerre une véritable destination. 

Infos pratiques :

« Enchanté, la fabrique des histoires »

Les 10 ans du MusVerre 

Cartes blanches et focus :

-CERFAV

-Antoine Leperlier 

-Arguèdène

A venir : 

10 ans d’acquisitions 

Journées européennes du patrimoine 

WE anniversaire 

MusVerre

76, rue du Général de Gaulle | Sars-Poteries

https://musverre.fr

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