Art Brussels 2026 : Stands coups de cœur et lauréat·e·s des prix  

Discovery Acquisition Prize Alejandra Caicero Paradox 2026, courtesy de l’artiste et Tom Reichstein Art Brussels 2026 photo Martin Pilette for Bureau Rouge 

Sous le soleil l’art bourgeonne à Bruxelles autour de cette 42ème édition de la foire, fidèle à son régionalisme cosmopolite. Une édition redimensionnée certes à 139 galeries même si Art Brussels rayonne sur tout un écosystème, ce que défend Nele Verhaeren avec talent (lien interview) à Bruxelles et Anvers. Tout est fait pour rendre l’expérience de visite engageante dans le somptueux Hall 5 Art Déco, ce qui tranche avec les formats déshumanisés mainstream habituels et les collectionneurs en redemandent. L’exposition « Not Everything Is For Sale » curatée par Bernard Marcelis est une pépite autour d’œuvres décisives dans le parcours de 15 galeristes de la scène belge tels Greta Meert qui a retenu Jeff Wall mettant en scène son fils, Almine Rech et une calligraphie de Mai-Thu ou Daniel Templon avec un cliché de Léo Castelli par Warhol. De très nombreuses propositions en ville témoignent du savoir-faire et du dynamisme belge entre sens de la convivialité, expérimentations et regard prospectif dont je fais souvent écho dans mes chroniques. 

Installation view Natasja Mabesoone, Art Brussels 2026 courtesy de l’artiste et Sofie Van de Velde gallery photo Martin Pilette for Bureau Rouge 

Entrée en matière avec … Natasja Mabesoone : Sofie Van de Velde (Anvers) 

Avec la commande de la foire, l’artiste métamorphose le sas d’accueil du Hall 5 en installation immersive. In Cher mouths Mary, Mary mouths Cher (2026) s’appuie sur l’histoire de l’art féministe, la mythologie et la culture pop. Cette oeuvre convoque des références telles que Mary Cassatt et le personnage de Cher Horowitz, adolescente frivole du film Clueless (1995).

L’artiste belge entre dessin, sérigraphie, collage, gravure à vernis mou et maquillage construit un récit autour de la féminité et son instrumentalisation à partir de références littéraires ou plus populaires.  

Entre les zones de billetterie, les comptoirs d’information et les espaces de circulation nous assistons à une mise en abyme autour de la notion de miroir. Un seul bémol : la bâche en all over qui ne favorise pas le ressenti des effets de textures et de matières.

Natasja a bénéficié d’une résidence au WIELS et fait partie du collectif d’artistes Level Five installé à la fois à Molenbeeck et à Forest. A suivre.

Art Brussels 2026 Installation view Elen Braga « Elen or Hubris » courtesy de l’artiste et Wouters Gallery photo Martin Pilette for Bureau Rouge 

Elen Braga : Wouters Gallery (Bruxelles)

Au sein de la nouvelle section Horizons pilotée par Devrim Bayar que j’ai interviewée, nombreuses sont les artistes femmes mises en valeur à grande échelle, ce dont on se réjouit. Dans cette tapisserie monumentale tuftée à la main et intitulée « Elen or Hubris » pour démesure ou orgueil l’artiste se met en scène vêtue d’un bleu de travail, dans une posture à la fois héroïque et ironique réactivant des dynamiques de pouvoir et sa représentation. A l’occasion de la journée internationale de la femme, l’œuvre a été installée brièvement sous l’Arc du Cinquantenaire à Bruxelles, en remplacement symbolique du drapeau belge. Pour prolonger, l’espace de la galerie dans le nouveau quartier « tendance » de Kanal propose un dialogue entre Elen Braga, Ryo Kinoshita et Noemi Weber.

Klaatje Lambrechts : Pedrami gallery (Anvers)

Actualité oblige, focus sur le projet Shafagh de la photographe belge Klaatje Lambrechts, emblématique de l’engagement de la galerie en faveur de scènes moyen-orientales. Le titre signifie crépuscule en persan suggérant une part d’invisible et d’interdit. La photographe de mode au départ met en scène des danseurs dont le corps est enveloppé et contraint par des tissus. Une forme d’invisibilité pour dire des zones de tensions dans l’espace public en Iran. Une signature engagée dans des contexte géopolitiques spécifiques autour d’une esthétique très maîtrisée. 

Solo show, Installation view Stéphanie Baechler courtesy de l’artiste et Whitehouse Gallery

Stéphanie Baechler et Emilie Terlinden : Whitehouse Gallery (Bruxelles)

La sculptrice et designer suisse Stéphanie Baechler basée à Amsterdam, revendique une pratique située à l’intersection entre textile et céramique et la relation contradictoire entre le geste et la production industrielle. Le solo show reprend des fragments de l’installationForget Me Not au Tröckneturm St.Gallen (Suisse) et la tapisserie Sybill III. A ses côtés l’on retrouve Emilie Terlinden que j’ai récemment interviewée à l’occasion de son exposition au Botanique dans le cadre du Bicentenaire de la photographie. Sa relecture du Diorama de Daguerre dans un dispositif diurne et nocturne est spectaculaire. « Timelapse » est accompagné de la première monographie de l’artiste. 

Emilie Terlinden, courtesy de l’artiste et Whitehouse Gallery

Evelyn Nicodemus : Richard Saltoun galerie (Londres) 

L’artiste tanzanienne installée à Edimbourg a été révélée au public belge par la curatrice Sofia Dati au WIELS l’année dernière (relire mon interview avec Sofia) autour de ses recherches sur l’art moderne africain et son engagement en faveur de l’émancipation des corps et des imaginaires. Le traumatisme et la guérison sont des vecteurs puissants à l’œuvre dans ses expérimentations textiles ou ses dessins. 

Nicola Tyson, courtesy de l’artiste et Nino Mier

Nicola Tyson : Nino Mier (Bruxelles)

L’installation des dessins noir et blanc et carnets de croquis proposent de véritables constellations explorant les notions de genre, de sexualité, de structures et d’assignation dominantes. L’artiste britannique vivant à New York qui s’inscrit dans les traces d’Hans Bellmer ou de Francis Bacon, choisit des teintes charnelles jouant de l’ambiguïté pour y placer ses figures atrophiées et fragmentées. 

Andrew Robers : House of Chappaz (Barcelone)

Solo show, Discovery 

L’artiste mexicain est engagé dans une recherche sur la production de système de narration à l’ère globalisée à partir de codes issus du jeu vidéo : gameplay, quêteurs et avatars. Son travail se penche sur les régimes de violence et de domination et à l’instrumentalisation des artefacts culturels. L’installation multimedia « A Self Devouring Vortex », le vortex devient l’image d’un capitalisme s’auto-dévorant en boucle, un leurre dont on ne peut échapper. Aux confins de la magie et de la technologie, sa démarche spéculative hybride presque ludique cache un revers puissant.

NOT EVERYTHING IS FOR SALE Choice Almine Rech Mai-Thu L’orage 1958

Collection of Alpine Rech Picasso courtesy of the artist, MAI Lan Phuong for the Estate of Mai- Thu photo Ana Diittranti

Du côté des Prix : 

Discovery Acquisition Prize

Ce prix prend la forme d’un budget d’acquisition pouvant atteindre 10 000 €, destiné à l’achat d’œuvres pour une collection muséale, le musée d’Ixelles

Le Jury était constitué cette année de : 

  • Claire Leblanc, directrice du Musée d’Ixelles, Bruxelles
  • Horya Makhlouf, conservatrice de Spacious Projects et coordinatrice artistique, Palais de Tokyo, Paris
  • Gregory Thirion, responsable des expositions, Le Botanique, Bruxelles

Les 3 lauréats : Alejandra Caicedo, Lena Marie Emrich et Kasper De Vos. 

Alejandra Caicedo représentée par Tom Reichstein (Hambourg) est une artiste afro-latino-américaine,revisite le genre de la nature morte au prisme de son expérience du déplacement entre Cali (sa ville d’origine) et Hambourg (sa ville d’adoption). Un entre-deux qu’elle souligne dans la dimension d’excès et de promesses idéalisées mais non tenues. La nature morte devient alors une métaphore agissante où les corps fragmentés et fluides se dissolvent sur son d’exotisation et de fantasmes d’abondance.

Lena Marie Emrich, représentée par OFFICE IMPART (Berlin) est une sculptrice qui associe minimalisme et objets du quotidien dans une approche pluridisciplinaire. Elle était présentée sur le stand avec l’artiste espagnole Ana Maria Caballero qui a retenu mon attention autour de la poésie.

Kasper De Vos, représenté par Pizza Gallery (Anvers/Gand) est un sculpteur belge qui réinterprète les codes du folklore et de la culture populaire dans une veine surréaliste. 

Prix ’68 Forward

Ce prix est décerné à la galerie présentant le meilleur stand dans la section ’68 Forward et attribue à la galerie lauréate une dotation de 5 000 €.

Le prix est attribué à Einspach & Czapolai Fine Art, qui représente Orshi Drozdik, artiste hongroise postconceptuelle et féministe. A partir de dessins, photographies, gravues, installations, performances..son art interroge les perceptions de la femme artiste et les stéréotypes. 

Solo Prize 

Le prix est doté de 15 000 euros qui vont à l’artiste. 

Une récompense assez classique en faveur de l’artiste néerlandais herman de vries représenté par Settantotto (Gent). Son approche immédiatement reconnaissable à partir de collectes réalisées lors de ses voyages et de frottages, place le vivant au cœur du processus. L’espace de l’art concret à Mouans-Sartoux lui a consacré une superbe rétrospective. 

A noter que certaines enseignes françaises manquent à l’appel cette année bien qu’ayant un espace à Bruxelles : Nathalie Obadia, Valérie Bach – la Patinoire Royale et Michel Rein. Du côté des belges, Gauli Zitter installé depuis peu dans la capitale et ayant participé à Discovery, a de son côté décidé de lancer une petite foire alternative « Parloir » dans un immeuble désaffecté du quartier du Parlement européen. Le résultat est assez embryonnaire et les galeries peu enclines à entrer en contact…décevant. Ce n’est pas un mauvais signal qu’Art Brussels en inspire d’autres.

Infos pratiques :

Art Brussels 2026

Jusqu’au 26 avril

Brussels Expo

Tarifs :

Standard 20 euros

Youth 10 euros

Tickets 

www.artbrussels.com 

En ville pendant la foire : galeries, expos…

Organiser votre séjour 

https://www.visit.brussels/fr/visiteurs

https://www.visitflanders.com/fr

https://www.eurostar.com/fr-fr