Stef Van Looveren — COSMIC BODY – First Incision M HKA
La 12ème édition de l’Antwerp Art Week-end avec 88 évènements et sites promet de transformer la ville en laboratoire à ciel ouvert. Particulièrement dynamique cette année avec une mise en avant des jeunes talents ce grand week-end festif aura pour matrice le M HKA qui réaffirme toute sa légitimité après avoir été menacé pendant une période. Au-delà de ce hub central et de lieux inédits (une péniche, l’ancien Palais de Justice, bâtiment Art Déco, espace souterrain…), le programme Off élargit l’horizon autour de 30 lieux indépendants.
Cap sur l’émergence :
Les jeunes artistes à l’honneur avec le Antwerp Art Graduation Prize
Pour la quatrième année consécutive, Antwerp Art Graduation Prize Exhibition met à l’honneur la jeune création issue des écoles d’art anversoises. Organisée par Antwerp Art, cette initiative entend accompagner les artistes fraîchement diplômés dans le développement de leur pratique et les soutenir dans les premières étapes de leur parcours professionnel.
Chaque année, deux étudiants en master sont distingués pour la qualité de leur projet de fin d’études : l’un issu de Royal Academy of Fine Arts Antwerp (KASKA), l’autre de Sint Lucas Antwerp (SLA). Outre une dotation financière, le prix offre aux lauréats l’opportunité de présenter de nouvelles œuvres dans le cadre de Antwerp Art Weekend.
Les lauréates de l’édition 2025, Charlotte Daniëlse (KASKA) et Marta Meers (SLA), dévoileront à cette occasion un ensemble inédit de créations.

Gallery Sofie Van De Velde, Melancholympics
Autres initiatives :
- Gallery Sofie Van de Velde : The Wunderwall Enlarged présente des œuvres de jeunes artistes de manière accessible et ludique.
- Het Bos présente Vruchtbare Grond qui met en avant des artistes ayant été en résidence sur place.
- MINO ART SPACE se concentre sur les artistes racisés et les nouvelles voix de la scène artistique.
- L’Académie royale des beaux-arts d’Anvers ouvre ses portes avec un large éventail de projets étudiants.
- Le FOMU — musée de la photographie d’Anvers — organise Nightwatch, une soirée où de jeunes artistes investissent le musée avec performances et programme festif.
L’art comme reflet de l’urgence sociétale
Plusieurs propositions réagissent au climat de crise et de chaos mondial
À Kunsthal Extra City, l’artiste et cinéaste Sammy Baloji (1978, RD Congo) propose une réflexion saisissante sur l’histoire de l’exploitation coloniale en Afrique centrale et les traces qu’elle continue de laisser aujourd’hui. À travers un ensemble de tapisseries et d’installations sonores, il dévoile des œuvres récentes où matières, images et voix se répondent dans un dialogue dense et immersif.
À Pedrami Gallery, Klaartje Lambrechts présente un projet hybride réalisé en collaboration avec des danseurs de Téhéran, à la croisée des arts visuels et de la performance, que l’on a découvert en partie durant Art Brussels. Après avoir été confrontée à l’intensité suffocante de la métropole iranienne, l’artiste s’est tournée vers le silence des paysages désertiques. Au cœur des dunes, des formations rocheuses et des étendues salines, elle a imaginé une série photographique conceptuelle dans laquelle les corps des interprètes se confondent avec les tissus qui les enveloppent, explorant ainsi les limites physiques et expressives du corps.
À Annie Gentils Gallery, Stefaan Dheedene dévoile VERY VERY HUSH HUSH, une installation sonore élaborée à partir de fragments d’une émission de la BBC, Business English, consacrée à la gestion de crise. Remontés et réassemblés, ces extraits composent une fiction audio immersive où se déploie une réunion d’employés confrontés à une crise contemporaine, entre langage managérial et tension latente.
De son côté, Backspace accueille Permanent Apocalypse, une exposition collective réunissant Loan Verbanck, Bram Kinsbergen, Bram Vanderbeke, Fréderic Pels et Tom Volkaert. Prenant l’Apocalypse comme point de départ, l’exposition rassemble des pratiques artistiques traversées par une forte charge existentielle, où se mêlent inquiétudes contemporaines, visions de fin du monde et formes de résistance poétique.

Bram Vanderbek, Gallery Hioco Delany courtesy de l’artiste
Lieux emblématiques ouverts exceptionnellement :
Club Zee et FAAR investissent l’ancienne Zeemansclub pour lui offrir une nouvelle vie consacrée à l’art contemporain. Jadis pensé comme un lieu d’accueil temporaire pour les marins de passage, ce bâtiment chargé d’histoire devient aujourd’hui un terrain d’expérimentation artistique et un décor singulier pour de nouvelles propositions curatoriales.
Dans les anciennes salles de réunion prend place Behind the Curtain, une exposition en duo réunissant Ged Proost et Alexandra Pușcaș. Les deux artistes y développent un dialogue sensible entre espace, narration et perception, en résonance avec la mémoire du lieu.
Parmi les autres temps forts de cette édition, une exposition investit le Woonschip Leon, péniche emblématique amarrée au 31 Houtdok-Zuidkaai à Anvers. À la fois lieu de vie de l’artiste plasticienne Jelle Annie Michiels et de sa famille, et espace de création associé à Antwerp Art Weekend, le bateau accueille un projet réunissant dix artistes-chercheurs invités à concevoir un drapeau autour de la notion de « maintien ». Ces étendards seront hissés sur les mâts de différentes embarcations dans le Houtdok, transformant le paysage portuaire en parcours artistique à ciel ouvert.
Autre rendez-vous marquant : l’exposition collective STAND VAN ZAKEN, orchestrée par le collectif ZIJspoor, formé par Demi Cocquyt et Elise Willems dans l’ancien Palais de Justice d’Anvers. L’exposition réunit une sélection de jeunes artistes émergents autour de pratiques sculpturales et d’interventions dans l’espace, faisant dialoguer architecture monumentale et expérimentations contemporaines.
La galerie internationale Mariane Ibrahim prend quant à elle ses quartiers temporaires dans un remarquable bâtiment Art nouveau. Situé au 12 Kattendijkdok-Oostkaai, 12Antwerp a été réhabilité par AIM Architecture comme un lieu dédié aux croisements entre art, design et architecture. Pensé comme un espace de dialogue et d’expérimentation, 12Antwerp entend favoriser les échanges entre disciplines, pratiques et perspectives contemporaines, dans une programmation où recherche spatiale et initiatives culturelles se répondent étroitement.
Chez TICK TACK, un projet in situ investit les trois niveaux du bâtiment moderniste De Zonnewijzer (1955), imaginé par l’architecte Léon Stynen. Située à un carrefour animé face au parc De Harmonie, cette maison en duplex se distingue par son impressionnante baie vitrée de six mètres de hauteur, établissant un dialogue permanent entre artistes et passants, entre sphère intime et espace public.
Le collectif d’artistes ERCOLA investit le sous-sol du Godshuis avec l’exposition in caravan, ERCOLA. Tandis que les étages supérieurs du bâtiment accueillent des espaces partagés, visibles et structurés, les artistes choisissent d’explorer, au sous-sol, une approche plus instinctive, temporaire et collective.
Transformé en territoire d’expérimentation, cet espace souterrain devient à la fois un refuge physique et un symbole pour une jeune génération d’artistes confrontée à la disparition progressive des lieux de travail autonomes et des initiatives collectives, fragilisés par les dynamiques de réaménagement urbain, les contraintes réglementaires et la pression croissante de la commercialisation.
Projets participatifs :
À FAAR, le public est invité à prendre part activement à l’exposition à travers le projet participatif Sticky Fingers. Le principe est simple : chacun peut apporter un autocollant, qu’il soit réalisé à la main ou déjà existant, afin de l’intégrer à l’installation collective.
Sans contrainte de forme ni de contenu, ces autocollants peuvent porter un message politique ou social, une réflexion intime, un dessin, une image humoristique, un slogan, une photographie — ou même l’emblème d’un kebab favori. Par cette accumulation libre et spontanée, FAAR Art Space se transforme en une archive éphémère et non censurée d’idées, façonnée collectivement par les contributions des visiteurs.
L’exposition Intra_Extra, présentée à A-Space, interroge les notions de frontière, de cloisonnement et les séparations conceptuelles entre nature et culture. À travers cette réflexion, le projet explore ce qui s’inscrit dans ces catégories — ou, au contraire, leur échappe.
Treize artistes y présentent des œuvres intra muros, conçues en dialogue avec le genius loci du lieu ainsi qu’avec les autres propositions exposées au sein d’A-Space. En parallèle, ces mêmes artistes prolongent leur intervention au-delà des murs de l’exposition, investissant le tissu urbain et se mêlant au rythme quotidien de la ville, brouillant ainsi les limites entre espace d’art et espace public.
Laissez-vous surprendre par le cœur palpitant de cette cité portuaire ouverte à de multiples influences !
Informations pratiques :
Antwerp Art Weekend 2026
14–17 mai 2026
Anvers, Belgique
Soirée d’ouverture
M HKA rooftop
Programme







