Rencontre avec Ninon Duhamel, commissaire de “A voix haute”, la Graineterie (78)

Historienne de l’art et chargée de production de projets artistiques Ninon Duhamel a orienté ses recherches sur la place du langage et la performativité de l’art contemporain. A l’invitation de Maud Cosson, directrice du centre d’art la Graineterie Ninon Duhamel propose une exposition polyphonique avec comme dénominateur commun le langage et ses possibles points de convergence avec de multiples champs de création et de réflexion sociologique et culturelle.

  1. Point de départ de l’exposition

Le déclencheur a été ma découverte à Arles de la photographe iranienne Newsha Tavakolian, grand reporter, et ses portraits de solistes iraniennes qui miment l’acte de chanter. En Iran, les femmes n’ont plus le droit de chanter ni de se produire seules sur scène depuis la révolution islamique. J’ai saisi alors que censurer la voix d’une femme chanteuse c’est aussi censurer sa place dans la société en tant qu’individu.  

2. Déroulé du parcours

Cette œuvre placée en introduction de l’exposition dans l’espace du rez de chaussée de la Graineterie prend différentes formes à la fois des portraits photographiques de ces femmes chanteuses, une bande vidéo et aussi des photos pour des pochettes d’album non réalisés dont l’une des pochette est exposée dans la vitrine, symbole d’un espoir de changement. Dans l’espace de la verrière, noyau central, toute une zone est dédiée à la transmission de la voix par un autre medium que sonore ou vocal à travers des dessins, peintures, des partitions, des vidéos et écritures phonétiques ou linguistiques avec les œuvres de Violaine Lochu, Camille Llobet et Christine Sun Kim. Cette dernière, sourde depuis la naissance, utilise les systèmes de notation musicale pour décrire comment elle perçoit le son, et parler de sa propre voix, qu’elle sonorise grâce à ses interprètes.

Camille Llobet
 Majelich, 2018
performance filmée, vidéo HD, 10’27
extraits, photogrammes

Sur le « Quai » est proposée l’installation visuelle et sonore du collectif « l’Encyclopédie de la parole » qui explore et collecte l’oralité sous toutes ses formes depuis 2007. Dans les écuries l’installation de Katia Kameli intitulée « Ya Rayi » témoigne de l’évolution du raï, musique populaire algérienne, à travers le périple d’un personnage qui déambule entre Oran et Paris, son walkman vissé sur la tête passant en boucle des chansons de raï enregistrées sur K7. Dans un espace de projection adjacent nous montrons un film de Steffani Jemison artiste américaine qui travaille notamment sur la culture afro-américaine, ici à travers le Mine gospel, forme récente d’interprétation du gospel dans l’église reprenant les codes de la pantomime traditionnelle. À l’étage la vidéo de Myriam Van Imschoot, artiste  et performeuse belge, se penche sur les « voix cassées » et notamment sur celle d’une chanteuse de Yodle née en en Allemagne de l’Est. Dans le grenier nous présentons « Disputed Utterance » de Lawrence Abu Hamban. Cette oeuvre se fonde sur la « palathographie », procédé utilisé en linguistique pour identifier les parties de la bouche utilisées pour produire des sons. Ici l’artiste utilise ces images d’empreintes pour raconter une série de cas juridiques, dont l’issue repose sur l’interprétation d’une énonciation confuse. En réutilisant des cas actuels de litiges réels, l’artiste produit des narrations qui nous interpellent et nous invitent à considérer l’importance politique et juridique de la voix, de l’accent, et de la manière de parler.

Nous terminons avec la vidéo de l’artiste colombien Juan-Manuel Echavarria l’une des œuvres clés de ce projet qui montre 7 chanteurs colombiens à capella face camera interprétant des chansons de leur invention pour dépasser des traumatismes vécus.

Lawrence Abu Hamban

3. Autour de l’expo :

Nous proposons le 26 février une journée professionnelle autour du travail de Camille Llobet qui organise souvent des ateliers avec des déficients sonores ou visuels dans la lignée de sa vidéo Voir ce qui est dit (2016) durant laquelle Noha El Sadawy, jeune femme sourde commente en langue des signes les mouvements de la fête du Mamco à Genève en janvier 2014.

Infos pratiques :

A VOIX HAUTE

Du 25 janvier au 7 mars 2020

La Graineterie

CENTRE D’ART DE LA VILLE DE HOUILLES

27 rue Gabriel Péri, Houilles

https://lagraineterie.ville-houilles.fr/