Dans l’atelier de… Serena Carone

Nouvelle année, nouvelle rubrique ! Cap sur Belleville chez Serena Carone à l’occasion d’un article pour La Revue de la Céramique et du Verre, une aventure très inspirante pour moi aux confins de la matière qui repousse les limites de la céramique et tente un nombre croissant de jeunes artistes. Merci à Sabrina Silamo de sa confiance.

Ce que je vois

« Ce que je vois » Ces yeux que l’artiste place dans les lieux où elle aime laisser son regard, des montagnes de l’Himalaya à la provence chez elle. Un détail presque que l’on note immédiatement. Une marque de fabrique que les gens s’arrachent.

Maladroite obsessionnelle, comme elle se décrit elle-même, Serena Carone après un bref passage aux Beaux Arts, commence par peindre au fil de ses voyages des timbres sur des enveloppes des pays qu’elle traverse, ce qui donne lieu à sa toute première exposition en galerie. Autodidacte, elle réalise d’abord des objets en cire, en acier, en papier avant de se lancer avec la céramique où « tout d’un coup un monde s’est révélé ». Elle invente sans cesse des solutions n’ayant pas les bases, dans un rapport instinctif avec la matière « J’ai commencé par rater les pièces, rater l’émail car étant très perfectionniste j’essaie de faire avec de l’engobe ou de l’ émail ce que l’on pourrait faire avec de la peinture » Une aventure aussi épuisante que désespérante qui lui prend un temps considérable et la place hors du circuit et des diktats du marché.

 « Mon atelier est un lieu de plaisir en même temps c’est la guerre, la solitude et le désespoir en permanence » résume-t-elle.

Le public l’a véritablement découverte lors de la double exposition avec Sophie Calle au Musée de la Chasse et de la nature où ses créatures songeuses (pieuvres, ours, Pleureuse..) peuplaient ce lieu empreint de mystère et de magie jusqu’à s’y fondre presque, le public devant faire preuve de beaucoup d’attention. Une expérience qu’elle juge très positive, peu habituée à autant de mise en lumière, « un moment très tendre » résume t-elle. L’une de ses pièces « 100 chauve-souris » particulièrement fascinante et angoissante à la fois, a été depuis de nouveau exposée à la Villa Datris en Provence. Serena Carone souhaitait traduire l’idée de la multitude tout en respectant les particularités de chaque chiroptère, sur une inspiration d’un vieux magazine trouvé aux Puces. Elle balbutiait avec la faïence et après avoir testé la colle, n’ayant pas de four, elle doit transporter à l’autre bout du quartier chacune de ses pièces, ce qui occasionne de nombreuses pertes. Elle imagine alors à partir de quatre chauve souris d’en mouler certaines parties qu’elle estampe et assemble par la suite. Une solution instinctive qui rejoint la pratique des sculpteurs. De plus comme elle aime quand il y a une «  sensation de mouvement avec mes sculptures, quand quelque chose se passe » , elle les accompagne alors d’un petit ventilateur. Elle met un an pour concrétiser cette œuvre.

Cent chauve souris

Serena se définie plus comme sculpteur que céramiste :  «  J’ai eu un moment de délivrance et de profonde liberté quand j’ai décidé de peindre mes sculptures en faïence, réalisant qu’elles étaient mieux peintes à l’huile qu’ émaillées au four et ratées la plupart du temps.

Une forme de « maladresse contenue, de bricolage » qui fait tout le charme de son univers, un sens du détail qui relève presque de la pathologie et lui demande une grande patience. Entre le cabinet de curiosités et un côté surréaliste sous-jacent où le simulacre doux amer le dispute à la tendresse. Autre terrain de jeu : sa collaboration avec le duo bouddhiste Astier de Vilatte autour d’encensoirs, des tasses bijoux, mugs haute joaillerie, bougies parfumées en céramique qui twistent les registres avec brio ! Elle prépare aussi une « boucherie fleurie » pour redonner dignité à nos étals carnivores et réagir à la vague du véganisme.

Retrouvez les créations de Serena chez Astier de Vilatte : tasse bijou…

www.astierdevillatte.com