Arbres en majesté à la Fondation Cartier

Botanistes, chercheurs, anthropologues, architectes, philosophes, artistes sont convoqués par la Fondation Cartier autour de l’arbre et ses nombreux pouvoirs, dans la lignée de son exploration écologique amorcée dès 2003 avec “Yanomami, l’esprit de la forêt”. Un sujet qui outre son côté rassembleur rejoint l’architecture même du lieu, niché en ce jardin où trône ce cèdre du Liban planté par Chateaubriand en 1823, point de départ de la réflexion de Jean Nouvel. Une installation signée Stefano Mancuso, ethnologue végétal à l’origine du Laboratoire international de neurobiologie végétal, et Thijs Biersteker, prend d’ailleurs le pouls et réactions en continu des protagonistes du jardin grâce à une dizaine de capteurs soulignant une intelligence des végétaux. Jardin qui a également inspiré le botaniste-arpenteur Francis Hallé pour ses nombreux carnets de croquis qui l’accompagnent dans le monde entier. Lui qui a dédié sa vie aux arbres il insiste sur le grand nombre de combinaisons architecturales possibles de chacun. Une forme n’est donc jamais aléatoire.

Des observations qui rejoignent celles des architectes Cesare Leonardi et Franca Stagi dressant un inventaire méthodique de grande ampleur à partir de plus de 200 espèces recensées avec diagrammes et projections rigoureuses. Plus poétique, la stratégie de l’artiste Fabrice Hyber qui a semé 300 000 graines d’arbres dans sa région de Vendée ou les divagations imaginaires de l’artiste brésilien Liuz Zerbini qui se saisit de la technique primitive des monotypes. Plus tragique et face à la déforestation galopante les habitants de l’Amazonie revisitent les rites animistes puissants de cette forêt monde. Les artistes nivaclé, guarani (Paraguay) dont la survie est menacée convoquent dans leurs dessins ces arbres chamanes et guérisseurs.

Quelque soit la latitude où l’on se trouve, chacun développe ses propres projections autour de l’arbre comme en témoigne le film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret “Mon arbre”, la vidéo fantomatique de Paz Encina qui superpose archives familiales et écorces d’arbres et de plantes ou les ex votos sculptés anatomiques brésiliens en bois. Bien souvent sacrifiés à une urbanisation débridée comme le soulignent les photographies de Sébastian Mejia, les arbres restent d’une grande fragilité, comme le souligne Johanna Calle qui part d’actes notariés de spoliations de terre en Colombie pour dessiner d’élégants palimpsestes de papier. 

Autant de démarches et de réponses que ces 180 œuvres aux multiples provenances aussi séduisantes qu’intrigantes pour nous inciter à retrouver le sens et la proximité des ces géants qui accompagnent nos premiers pas et les étapes clés de notre vie. Une initiative généreuse et inédite qui invite les amateurs d’art et de nature à une traversée métaphorique et méditative, intérieure et extérieure, prospective et mélancolique. 

Soirées nomades et Nuits de l’incertitude en résonnance avec nocturnes exceptionnelles autour de l’installation de Tony Oursler “Eclipse”. 

Infos pratiques :

Nous les arbres

jusqu’au 10 novembre

Fondation Cartier pour l’art contemporain

Catalogue de l’exposition en vente à la librairie 

Web-série 

Adresse :

261 boulevard Raspail
75014 Paris

Horaires :

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 20h


Nocturne le mardi jusqu’à 22h

https://www.fondationcartier.com/