Quand POUSH rencontre le 19M : interview Clara Imbert « Beyond our Horizons »

Portrait de Clara Imbert ©Austeja Sciavinskaite

L’artiste Clara Imbert poursuit l’aventure de POUSH sur le nouveau site d’Aubervilliers qui réunit 270 ateliers en deux bâtiments.  Diplômée de la Central Saint Martins, Londres, elle se saisit du métal dans une quête de l’imperfection autour d’un imaginaire lié à la science-fiction et l’astronomie, aux symboles universels, à la géométrie sacrée. Des artefacts qui dégagent une poésie particulière, une autre réalité aux confins de l’invisible. A l’invitation du 19M, tout proche de POUSH, elle a engagé une rencontre avec l’univers du fondeur japonais Suzuki Morihisa et des expérimentations inédites à partir d’un alliage entre la fonte dont il est le dépositaire depuis plusieurs génération et l’acier. L’exposition« Beyond our Horizons 未知なるクリエイション、その先へ de Tokyo à Paris », retrace ces dialogues subtiles entre un artisan et un artiste contemporain, autour de la thématique des 5 éléments, en l’occurence le feu. Clara revient sur ce que lui a permis cette collaboration, ce que lui inspire le Japon et les singularités de ce volet de l’exposition à Paris après Tokyo. Si elle garde beaucoup de tendresse pour l’ancienne adresse de POUSH, elle accueille ce nouveau chapitre comme un gage de renouvellement de l’inspiration. Clara a répondu à mes questions.

Atelier de Clara Imbert à Poush © Clara Imbert

De quoi Poush est-il synonyme pour vous ?

Pour moi, Poush est synonyme d’expansion et de communauté.
C’est un lieu où j’ai tissé des liens forts et des amitiés qui, pour certaines, resteront longtemps à mes côtés.
Je pense que c’est vraiment la force du projet, de créer un espace où les artistes peuvent évoluer ensemble. C’est quelque chose dont nous avons profondément besoin aujourd’hui, et où nous sommes accompagnés au quotidien.

Atelier de Clara Imbert à Poush © Clara Imbert

Que pensez-vous du nouveau site à Aubervilliers ?

Le nouveau site est très différent du précédent. Il se compose de deux bâtiments : le Sucre, un grand immeuble de bureaux baigné de lumière avec une vue impressionnante, et le Sel, plus industriel, adapté à d’autres types de pratiques.
J’avais un attachement particulier à mon ancien atelier, un nouveau lieu permet aussi un renouvellement et ouvre souvent de nouvelles formes d’inspiration. Maintenant que je suis bien installée, j’ai hâte de commencer à y produire.

Vous participez à l’exposition Beyond Our Horizons au 19M tout proche de Poush : quelle est la genèse du projet ?


Travailler avec le19M est une très belle expérience. Le fait que l’exposition soit si proche de mon atelier crée aussi un parcours intéressant entre les deux lieux. Le projet est né de la volonté du 19M de mettre en dialogue des artistes contemporains et des artisans. Ils sont venus visiter mon atelier à Poush et m’ont proposé de collaborer avec l’artisan japonais Suzuki Morihisa.

Ce qui est très fort dans leur démarche, c’est cette capacité à créer des rencontres entre des pratiques et des cultures différentes, et à ouvrir de nouvelles possibilités de création.
Nous travaillons tous les deux le métal, mais avec des approches très différentes. Cette tension entre tradition et expérimentation est devenue un point central du projet.

Atelier de Clara Imbert à Poush © Clara Imbert

Que vous inspire le Japon ?

Le Japon m’inspire beaucoup, notamment dans son rapport au rituel, au temps, mais aussi au monde spirituel.
Il y a quelque chose de très troublant dans cette coexistence entre des villes extrêmement rapides, presque vertigineuses, et des espaces où le temps semble soudain suspendu. On peut traverser une rue saturée de lumière et de bruit, puis entrer dans un temple où tout devient silencieux, presque immobile. Je suis aussi très touchée par la place des mythes et des croyances, notamment dans la tradition shinto, où les éléments naturels peuvent être habités par des présences. Une pierre, un arbre ou un objet peuvent porter une forme d’âme ou de mémoire.

Cette idée que la matière n’est jamais totalement inerte, qu’elle peut être traversée par quelque chose d’invisible, résonne beaucoup avec mon travail. J’aime penser que certains objets gardent des traces, des histoires ou quelque chose qui continue à circuler à travers eux.

Comment entrez-vous en résonance avec l’univers de Suzuki Morihisa ?

Son travail est ancré dans une tradition transmise depuis plusieurs générations, avec une très grande précision du geste. De mon côté, mon rapport à la matière est plus intuitif et expérimental.
Et pourtant, il y a eu une compréhension très rapide entre nous. Peut-être parce que nous partageons le même respect pour la matière et pour le temps qu’elle demande.
Il m’a envoyé certaines de ses pièces depuis le Japon, et à partir d’elles j’ai construit de nouvelles formes, comme si elles continuaient une autre histoire. La collaboration s’est faite presque comme une correspondance, avec des dessins, des échanges.
La matière est devenue un langage commun, un espace où nos deux pratiques pouvaient se rencontrer.

Le métal est votre mode d’expression : qu’est-ce qui explique ce choix ?

J’aime particulièrement le métal, mais dans ma pratique, la matière est toujours au service du propos.
Ce qui m’intéresse avec le métal, c’est sa capacité à prendre des formes très différentes, mais aussi la diversité de ses alliages. Il peut être très dur et résistant, ou au contraire plus malléable, changer de couleur, évoluer dans le temps.

C’est aussi un matériau chargé d’histoire. Les premiers objets en fer remontent à l’Égypte antique, notamment des bijoux et des dagues fabriqués à partir de météorites. Le métal était alors considéré comme un matériau divin, car il venait du ciel. J’aime l’idée que cette matière existe à la fois dans les profondeurs de la Terre et dans des fragments venus de l’espace.

Cette dimension historique et symbolique m’intéresse beaucoup.

Quelles rencontres ont-elles été décisives dans votre parcours ?

Je ne pense pas qu’il y ait une seule rencontre décisive, mais plutôt une succession de présences qui ont déplacé mon regard à différents moments de ma vie.Certaines personnes m’ont soutenue, d’autres m’ont confrontée à mes limites, et d’autres encore ont ouvert des portes vers des façons différentes de percevoir le monde.
Je crois que certaines rencontres continuent d’exister en nous longtemps après avoir eu lieu. Elles modifient silencieusement notre manière de regarder, de ressentir et de créer.

Clara Imbert, Search for Absence, vue de l’installation, 2025

Exposition « Par Quatre Chemins » Poush- Chateau La Coste

Curators : Yvannoé Kruger et Margaux Knight

​Si l’on remonte à votre décision de devenir artiste : un déclic ? une évidence ? un cheminement ?

Ce n’était pas vraiment une décision soudaine, mais plutôt un cheminement. Depuis l’enfance, j’ai toujours créé, collectionné des petits objets trouvés, des morceaux de machines, des os, des plantes séchées. Je dessinais beaucoup sans vraiment me poser de questions.

Avec le temps, c’est devenu une nécessité plus qu’un choix.
Il n’y a pas eu de moment précis où j’ai décidé de devenir artiste, mais plutôt une continuité. À un moment, j’ai simplement compris que c’était ma manière d’être au monde.

Site de Clara Imbert :

https://www.claraimbert.com

Poush, le nouveau site aux Portes de Paris

Prochainement :

Exposition « Demeure » à partir du 15 mai,

cimetière parisien de Pantin

Nuit Blanche à POUSH !

https://poush.fr/fr

https://www.claraimbert.com

Galerie du 19M :

« Beyond our Horizons 未知なるクリエイション、その先へ de Tokyo à Paris »

jusqu’au 10 mai

  • Du mercredi au dimanche, de 11h à 18h30 (dernière entrée à 18h)
  • Accès gratuit, sur réservation

https://www.le19m.com/agenda/beyond-our-horizons-de-tokyo-a-paris