Danse avec le feu à la Fondation Boghossian-Villa Empain !

Jiana Kim
Red Fire of Life , 2025 
© Silvia Cappellari
Porcelaine colorée
. Courtesy de l’artiste

Rouge est la grande installation de l’artiste coréenne Jiana Kim qui accueille le visiteur à la Villa Empain, rouge est la couverture du catalogue, de l’affiche… une couleur flamboyante, celle du feu selon l’historien des couleurs Michel Pastoureau, celle du sang. A la fois transformateur d’énergie et destructeur, le feu a une dimension paradoxale qui a toujours fasciné de nombreux artistes. Louma Salamé, directrice de la Fondation Boghossian et commissaire, convoque sa symbolique dans une traversée à la fois conceptuelle, politique et philosophique qui couvre 65 ans de création, dans le prolongement de « Water » en 2023. Si certains artistes de l’Arte Povera, des Nouveaux Réalistes ou du Groupe Zero, qui revendiquent cet élément comme matière première sont particulièrement attendus, d’autres réservent de vraies surprises comme Jean Boghossian, Cornelia Parker, Bill Viola, Mounir Fatmi…le feu pouvant être convoqué dans une visée sensible ou plus engagée.

Jiana Kim
Red Fire of Life , 2025 
© Silvia Cappellari
Porcelaine colorée
. Courtesy de l’artiste

Le Grand Hall de la Villa Empain est investi par « Red Fire of Life » tourbillon de feu constitué de 2500 fragments de porcelaine vive de Jiana Kim à la suite de sa résidence à la Fondation en 2019. Un coup d’envoi magistral pour ce qui va suivre !

Joris Van de Moortel
Chapel of fire eruption , 2025 
© Silvia Cappellari
Impression pigmentaire sur plexiglas et acie
r. Courtesy de l’artiste

Dans les salons du rez-de-chaussée l’artiste belge Joris Van de Moortel, réunit tout un corpus imaginé en regard du triptyque du maître flamand Roger van der Weyden à partir de ce qu’il appelle « ses sept sacrements » : la cire, la fumée, le verre, la nature, la peinture blanche, le feu et le vandalisme. Vitraux, miroirs, lampes, aquarelles fusionnent dans une forme d’art total. A ses côtés Arman et le « Fauteuil d’Ulysse » calciné ou Claudio Parmiggiani et ses fameuses compositions à base de fumée, à la frontière du visible et de l’invisible. Dans le boudoir, une vraie surprise avec la jeune artiste belge Camille Dufour (diplômée de La Cambre) dont les grandes gravures sur bois sont réalisées à partir de savon d’Alep dans un rituel de réparation autour de grandes catastrophes nucléaires ou écologiques. 

Michiko Van de Velde, Aurora (2025) © Silvia Cappellari courtesy de l’artiste

A l’étage, dans la première chambre, l’œil est attiré par le grand ciel d’aurore de l’artiste belgo-japonaise Michiko Van de Velde, capté dans la forêt de Soignes, véritable poumon vert de Bruxelles. Diplômée de La Cambre, elle a également fait une résidence à la Fondation. Le ciel est celui de la Voie lactée chez l’artiste français Stéphane Sautour dans un dessin en noir et blanc d’une grande épaisseur.  Les céramiques d’Héloïse Rival (également La Cambre) nous chuchotent des histoires, des légendes où il est question d’un glaive et de flammes, d’une lune bleue…

Fabrice Samyn
Untitled 1, From the series the Face of the Sun , 2025 
Peinture à l’huile sur bois poncé, monté sur structure en acier, © Silvia Cappellari Courtesy de l’artiste

Dans la salle de bains, Fabrice Samyn qui fascine avec ses interventions minimales autour de la puissance de la perception (on se souvient de son intervention aux musée Magritte et Fine Arts museum en 2022), propose avec « Ceci est », un simple reflet lumineux sur le mur qui devient l’incarnation du divin. 

Moment plus conceptuel dans l’ancienne salle d’escrime avec Marcel Broothaers ou Raymond Hains : Hommage à Mondrian ou à De Chirico, tandis que le trublion du plat pays, Wim Delvoye entremêle la tradition de la porcelaine de Delft avec l‘évocation de bonbonnes de gaz inflammable. Rémy Hans revisite la notion de feu de bois, ces moments de veillée entre amis en forêt dans un dessin assez énigmatique dans le choix de ses couleurs pastel. La « cheminée Yéti » en céramique d’Antoine Moulinard (La Cambre) ressemble à une sorte de dragon sympathique. On est loin d’une vision domestique liée à la notion de foyer.

Xie Lei
Expose , 2019, courtesy de l’artiste

Dans la chambre d’amis, Thu Van Tran (Beaux-arts de Paris) symbolise dans « Eruption » le nuage d’un volcan en céramique et dans la photographie « From Green to Orange », une forêt sous l’action des flammes tandis que le titre évoque l’action dévastatrice de l’agent orange (herbicide toxique) pendant la guerre du Vietnam. A ses côtés, une image de presse du nuage atomique provoqué par les essais britanniques de la Bombe H en zone pacifique dans les années 1960, rappelant la remarquable exposition du musée d’art moderne de Paris en 2024 autour de la menace nucléaire et sa représentation par les artistes. 

Bill Viola Martyrs (Fire) , 2014 
Video 7 min 15 sec
, courtesy de l’artiste

Bill Viola hypnotise et terrifie à la fois avec la vidéo « Martyrs (Fire) », figure universelle reprise par Ali Cherri avec « le Pyromane » et « Immolation Kit », autour de ces auto-immolations en guise de résistance politique. Le feu devient ce cri de lutte avec Mounir Fatmi dans une vidéo transposant les Désastres de la guerre de Goya dans des champs de conflits actuels, d’une grande puissance.

Dans la 2ème partie du parcours, le feu donne lieu à de nombreuses expérimentations notamment chez les emblématiques représentants de l’Arte Povera : Jannis Kounellis, Alberto Burri, Piero Manzoni mais aussi Marie Khouri, artiste égyptienne installée au Canada, dont les miroirs recouverts en bois calcinés et intitulés « Armenia » et « Lebanon » disent les stigmates de la guerre et des menaces.

L’artiste belge Jef Verheyen, proche du groupe ZERO fondé par Otto Piene, se retrouve dans une même proximité autour d’une trace de fumée laissée sur le support du dessin comme chez le français Christian Jaccard pour qui la combustion est le medium. 

Dans une génération actuelle, l’artiste Niccolo Masini en résidence à la Fondation en 2024, reprend l’héritage de Burri avec des feuilles de papier brûlées. Sammy Balodji dans une pensée plus politique et décoloniale réactualise une tradition de tissages Kongo, effacée pendant la période esclavagiste à travers la vidéo « Of the Moon and velvet » reprenant une citation de Galilée. 

Pascal Convert
Bibliothèque, 232 livres , 2018 
Cristallisation au livre perdu, verre – 232 livres, Maître verrier Olivier Juteau. Courtesy de l’artiste

Dans la chambre de Madame, l’on retrouve avec le même enchantement qu’à Chaumont-sur-Loire, la bibliothèque de Pascal Convert, mémoire précieuse et cristallisée dans le verre. 

Des fantômes d’histoires, des ombres disparues qui dansent pour refermer cette magnifique réflexion sur une force vitale et cosmique qui nous embrasse, nous dépasse, entre célébrations collectives du renouveau depuis des rites agraires ancestraux aux signes avant-coureurs de catastrophes plus contemporaines. Une exposition qui offre de nombreux niveaux de lecture et d’interprétation que l’on poursuit dans le passionnant catalogue.

Liste des artistes :

Jean-Michel Alberola, Arman, Bernard Aubertin, Sammy Baloji, Jean Boghossian, Elen Braga, Marcel Broodthaers, Paolo Buggiani, Alberto Burri, Hervé Charles, Ali Cherri, Adrien Cicero, Pascal Convert, Wim Delvoye, Julien des Monstiers, Camille Dufour, Mounir Fatmi, Catherine Gfeller, Raymond Hains, Rémy Hans, Christian Jaccard, Marie Khouri, Jiana Kim, Yves Klein, Jannis Kounellis, Piero Manzoni, Asya Marakulina, Niccolò Masini, Lucian Moriyama, Antoine Moulinard, Nam Tchun-Mo, Sarah Ortmeyer, Cornelia Parker, Claudio Parmiggiani, Otto Piene, Louis-Cyprien Rials, Héloïse Rival, Fabrice Samyn, Stéphane Sautour, Sam Szafran, Antonio Tarsis, Thu Van Tran, Barthélémy Toguo, Joris Van de Moortel, Michiko Van de Velde, Jef Verheyen, Bill Viola, Xie Lei, Lamia Ziadé.

Autre temps fort de la visite de la Villa Empain avec l’exposition « Bibioteca Nacional » de l’artiste espagnole Elsa Paricio dans le cadre du festival Europalia Espana. Ce large palimpseste est constitué de 1000 cylindres remplis d’encre de Chine et d’eau et dispersés dans 500 lieux du territoire espagnol. Évoluant pendant 6 ans, selon les éléments naturels, cet instantané climatologique offre un relevé à la fois topographique et mémoriel d’une grande fragilité et poésie. Alignés par paires, les vases-sculptures forment une installation silencieuse et agissante. 

Catalogue FIRE, trilingue, 152 pages, 30€

(disponible à la librairie-boutique)

Infos pratiques :

FIRE

Exposition collective 

Jusqu’au 1er mars 2026 

https://villaempain.com/expo/fire

Biblioteca Nacional

Elsa Paricio 

(Europalia Espana)

Jusqu’au 10 mai 

https://villaempain.com/expo/biblioteca-nacional

Fondation Boghossian
Villa Empain

Avenue Franklin Roosevelt, 67, Bruxelles 

Organiser votre venue :

https://www.visit.brussels/fr/like-a-local