Coup d’envoi de la Saison Méditerranée à Marseille : hospitalité, co-création et activisme culturel !

Re-lighthouse, Shareef Sarhan

J4 Marseille, Saison Méditerranée 2026 Photo Ismaël Bazri pour Lieux Publics 

S’il y a bien une ville qui incarne l’esprit de cette Saison Méditerranéenne, c’est Marseille et les temps forts qui rythment cette programmation inaugurale traduisent ce commun partagé par les sociétés civiles autour de la construction de nouveaux récits, d’identités plurielles et d’histoire collective des migrations pour rependre certaines des thématiques portées par la commissaire générale : Julie Kretzschmar, le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la culture et l’Institut français. Les pays particulièrement mis en avant sont : l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, l’Égypte et le Liban avec des échanges et temps forts organisés par les antennes de l’Institut français et différentes structures. Un focus marseillais sur la Palestine se démarque à plusieurs endroits. La tenue d’un colloque au Mucem « Faire face à l’anéantissement de Gaza » réunissant artistes et intellectuels dont Alain Damasio a conduit à une réaction du CRIF, conseil représentatif des institutions juives. Cette parole engagée et libérée qui s’est cristallisée avec Re-lighthouse de l’artiste Shareef Sarhan, symbole fort, sculpture monumentale qui après avoir illuminé le port de Gaza et disparu sous les assauts d’un char israélien, renaît au cœur de la cité phocéenne avant d’entamer une tournée en France (Bordeaux, Montpellier) et en Europe. 

Centre photographique, Marseille 

Autre témoignage marquant au Centre photographique avec « 𝑃ℎ𝑜𝑡𝑜 𝐾𝑒𝑔ℎ𝑎𝑚 𝑑𝑒 𝐺𝑎𝑧𝑎 : 𝑢𝑛𝑒 𝑎𝑟𝑐ℎ𝑖𝑣𝑒 𝑖𝑛𝑎𝑐ℎ𝑒𝑣𝑎𝑏𝑙𝑒 » ou quand un petit-fils part sur les traces de son grand-père, fondateur du premier studio photographique professionnel à Gaza : Photo Kegham.

Vernissage Photo Kegham de Gaza – CPM
Centre Photographique Marseille (de g. à dr. Kegham Djeghalian Jr
et Erick Gudimard)
© Marina Perillat

Kegham Djeghalian Jr, à partir de sa découverte de 3 caisses de négatifs au Caire fait émerger une mémoire élargie de cette archive qu’il considère forcément fragmentaire et impossible étant donné l’itinéraire de son grand-père. Rescapé du génocide, il arrive en Syrie puis au Liban et en Palestine pendant le mandat britannique, avant que tout ne se complique. La notion d’histoires interrompues est inhérente à son contexte comme le souligne Kegham Djeghalian Junior lors de notre visite. « Performer et vivre ces ruptures » précise-t-il. Si penser l’archive, c’est penser l’héritage colonial visant à fixer et contrôler les récits, les témoins et spectateurs sont là pour résister à cette vision muselée de l’histoire gazaouie. Erick Gudimard, directeur du centre photographique, se félicite de la persistance de cette archive à l’heure de l’IA où plus personne n’est capable de contextualiser les liens. L’exposition est labellisée également Bicentenaire de la photographie et Grand Arles Express. 

Vernissage Photo Kegham de Gaza – CPM
Centre Photographique Marseille
© Marina Perillat

Photo Kegham de Gaza : une archive inachevable

Jusqu’au 12 septembre 

https://www.centrephotomarseille.fr/photo-kegham-une-archive-inachevable

La compagnie, lieu de création 

A la Compagnie, espace animé par Paul-Emmanuel Oudin, refuge du quartier Belsunce, le projet « Ses racines s’étendent jusqu’à 7000 km » témoigne de ce que veut dire créer en zone de conflit, en donnant place à des récits minorisés et des utopies concrètes selon une logique de cueillette inspirée d’Ursula K. Le Guin « La théorie de la Fiction-panier ». 

Raed Issa, Le musée de Gaza en cire d’abeille, matériaux divers dont cire d’abeille, 2026-crédit photo Arina Essipowitsch La Compagnie Marseille 

Parmi les œuvres clé, la tente en cire d’abeille de l’artiste Raed Issa autour de son expérience du déplacement forcé où telle une abeille il est passé d’un abri à l’autre, produisant le meilleur à partir de ce qui est disponible autour de lui : emballages de médicaments, restes de papier, de thé, café… Les parois de la tente ornées de dessins en noir traduisent l’épuisement des personnes mais aussi leurs rêves et attentes tandis que les dessins représentent la résilience et le souvenir qu’il faut préserver. Né dans un camp de réfugiés, Raed Issa est lauréat de la Bourse de la Cité internationale des arts à Paris en 2011. Il est le fondateur du programme d’arts plastiques du Croissant Rouge palestinien à Gaza et du collectif Eltiqa.

Autre œuvre marquante l’installation de Lola Sahar autour de la nostalgie et des pratiques votives du pourtour méditerranéen. Interview à suivre.

Mouna Ahizoune, vidéogramme Mama Sisyphe 2023 courtesy de l’artiste  

La métaphore de Sisyphe par Mouna Ahizoune dans cette vidéo-performance d’une femme essayant de sécher la mer avec un morceau de tissu et un sceau, geste vain et désespéré qui traduit l’absurdité de certains conflits et l’urgence de certaines luttes restées silencieuses. 

Avec : Mouna Ahizoune, Nouria Behloul, Raed Issa, Lola Sahar, Oumayma Abouzid Souali, Oussama Mouhoubi

Jusqu’au 26 août 

www.la-compagnie-org

La Friche, cœur battant de la Saison Méditerranée 

Depuis 30 ans la Friche à travers les différentes structures qu’elle abrite a noué des liens privilégiés avec la rive sud à travers des projets de coopération et d’hospitalité nombreux comme le programme Résidences Méditerranée lancé en 2015 avec les instituts français. 

Au cœur des pulsations de la jeunesse et des diasporas dans le quartier de la Belle de Mai, la Friche à l’occasion de la Saison propose une riche programmation avec pas moins de 5 expositions mais aussi des évènements gastronomiques (In Houmous We Trust ! Grandes Tables), des concerts sur le toit-terrasse avec ON AIR, des soirées cinéma avec les écrans du large, du spectacle vivant avec SMALA de la Compagnie Accrorap et Traversées contextuelles par les Rencontres à l’échelle .. et d’autres initiatives. 

Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir / ADAGP, Paris.
Crédit photos : Grégoire d’Ablon 

Sur les ruines, les pierres fleurissent تزهر حجارة الأطلال

Parmi les expositions, le solo show de l’artiste Abdessamad El Montassir produit par Fræme illustre ces liens fertiles des deux côtés de la Méditerranée, Jérôme Pantalacci, directeur de la structure qui organise par ailleurs la foire Art-o-rama, rappelant avoir accueilli il y a 10 ans l’artiste originaire du Sahara (ville de Boujdour) et diplômé des Beaux-arts de Tétouan. Depuis son parcours l’a conduit à la Villa Médicis, au Palais de Tokyo.. Sa démarche est ancrée dans la mémoire orale et empêchée du Sahara et la transmission à la croisée de l’art et de la recherche. Des récits fragmentaires au-delà d’un possible effacement qui se déroulent selon une perspective renouvelée et des présences invisibles : végétaux, entités animales et minérales…

Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir / ADAGP, Paris.
Crédit photos : Grégoire d’Ablon 

Une exceptionnelle installation en verre réalisée au Cirva réactive les cartographies fugitives liées au marronnage, ces perles tressées dans les coiffures Haratins dont les formes résonnent avec les graines du Sahara. 

Sur les ruines, les pierres fleurissent 

Jusqu’au 27 septembre 

https://www.lafriche.org/evenements/sur-les-ruines-les-pierres-fleurissent

Zineb Sedira

Le Panorama de la Friche accueille la salle de cinéma grandeur nature de l’artiste franco-algérienne basée à Londres Zineb Sedira, qui a représenté la France à la dernière Biennale de Venise. Elle a été choisie par la Tate Britain pour la Commission 2026, illustration ultime d’un parcours d’exil choisi. Avec « les rêves n’ont pas de titre » entre luttes, militantisme et solidarités internationales elle revisite l’histoire du cinéma à partir de jalons oubliés du cinéma algérien et mondial. 

Les rêves n’ont pas de titre 

Jusqu’au 27 septembre 

https://www.lafriche.org/evenements/les-reves-nont-pas-de-titre-الأحلام-لا-تحمل-عناوين

Jouer la montre 

Triangle Astérides, centre d’art contemporain d’intérêt national, dirigé par présente le solo show de l’artiste, réalisatrice et violoncelliste palestinienne Mona Benyamin actuellement en post-diplôme à Bard College. « Jouer la montre » est une œuvre chorale sous la forme d’un diptyque filmique qui fait intervenir 12 interprètes dans un boucle répétitive, tandis que les figures des deux héros de l’artiste, sa mère et son père apparaissent dans différents scénarios : sitcom, clip musical, journal télévisé, dans un détournement des codes et registres sur fond de mémoire traumatique palestinienne. 

Jouer la montre

Jusqu’au 27 septembre 

https://www.lafriche.org/evenements/exposition-personnelle-de-mona-benyamin

Vue de l’exposition Autoroute Tanger-Marseille, Think Tanger © Amina Mourid

Autoroute Tanger-Marseille, par Think Tanger

Think Tanger est une plateforme multidisciplinaire à la croisée de l’urbanisme, de l’engagement citoyen et de la création, j’ai rencontré et interviewé sa co-fondatrice Amina Mourid qui après une formation en urbanisme et management de projets internationaux en France a choisi de s’établir à Tanger pour y observer les mutations urbaines et y répondre. Résidence, atelier de production, espace culturel, la plateforme à l’occasion de la Saison Méditerranée a poursuivi ses liens avec la Friche autour d’un projet mené sur 3 ans dans une logique d’échanges entre artistes et structures marseillaises et tangéroises autour d’une autoroute fictive et imaginaire.

Autoroute Tanger-Marseille

Jusqu’au 16 août 

https://www.lafriche.org/evenements/autoroute-tanger-marseille

Enfin « Sur la frontière du temps, une relève méditerranéenne » est une exposition collective réunissant 16 artistes issu.es des écoles des Beaux-arts du Maroc, d’Algérie, du Liban et du sud de la France sous le commissariat de Soukaina Aboulaoula, curatrice indépendante basée à Marrakech. Que nous dit cette relève à l’ère de la mondialisation ? Il est question de fragments et de passé, de proche et de lointain, de fantasmes et de mythes. L’artiste égyptien Amir Youssef, découvert et interviewé lors du dernier Salon de Montrouge présent un nouvel aspect de son projet Apoléon, film et diorama également présenté actuellement au Louvre Lens. 

Sur la frontière du temps 

Jusqu’au 9 août 

https://www.lafriche.org/evenements/une-releve-mediterraneenne

Découvrir l’ensemble de la Saison à la Friche : 

https://www.lafriche.org/temps-forts/saison-mediterranee

A la Citadelle de Marseille : résidence croisée France-Tunisie et Fondation Camargo

Site patrimonial remarquable (Fort Saint-Nicolas) classé Monument historique, la Citadelle depuis son ouverture en 2024 se positionne comme tiers-lieu patrimonial en synergie de l’ensemble de la scène marseillaise. Ancienne prison militaire, elle aborde à l’occasion de la Saison, l’archive immatérielle liée au passé colonial entre la France et la Tunisie à partir de l’emprisonnement entre 1940 et 42 d’Habib Bourguida, leader indépendantiste devenu dirigeant du pays. Le réalisateur tunisien Saber Zammouri et l’artiste sonore français Hugo Mir-Valette composent chacun à leur manière « Résistances & Désobéissances ».

La Fondation Camargo nichée au cœur du parc national des calanques à Cassis, s’associe à La Citadelle à travers l’exposition Mondes marins autour de 5 artistes en résidence avec comme cahier des charges les mutations en cours qui impactent la méditerranée. J’ai le plaisir de retrouver à cette occasion Laure Winants, rencontrée au Centre Wallonie Bruxelles qui a réalisé le projet Future Fossils en prise directe avec l’écosystème sous-marin des Calanques et de phénomènes lumineux traduits en couleur. Des expérimentations photographiques qui font intervenir le temps et la lumière. Citons également l’artiste libano-arménien Vartan Avakian et son projet de fim de science-fiction autour d’un radiotélescope optique abandonné dans les montagnes du Caucase pour explorer des échantillons sonores et électromagnétiques sous-marins, en collaborations avec des scientifiques. Une mémoire traumatique invisible. 

La réalisatrice Sonia Levy d’origine berbère-polonaise avec « L’image renversée de tout ce qui a été abandonné » installation filmique traite de l’impact écologique de la prédation coloniale exercée sur le golfe de Gabès dans le sud de la Tunisie. L’extraction intensive du phosphate, la pollution environnementale et l’épuisement des milieux marins sont commentés par des pêcheurs artisanaux, tandis que les pulsations de la peau d’une seiche et ses vibrations chromatiques évoquent un paysage mouvant en voie de disparition. 

https://citadelledemarseille.org/evenements/week-end-douverture-de-la-saison-mediterranee

Hassen Ferhani, Mon plus beau plan fixe

Autre citadelle, le Château d’If et son célèbre prisonnier, le Comte de Monte-Cristo qui accueille à l’occasion de la Saison Méditerranée, le cinéaste et plasticien franco-algérien, Hassen Ferhari, dans le cadre du programme Un artiste, un monument (Centre des monuments nationaux). Les conditions météo ne permettaient pas d’accoster, aussi nous n’avons pas pu découvrir sur place les 3 installations. L’œuvre la plus récente produite par l’Institut français et le CMN intitulée « Mon plus beau plan fixe » est une invitation à contempler depuis 2 fenêtres du Château d’If les deux rives de la méditerranée à partir de bribes de récits, de sons, de chants, d’anecdotes comme un paysage mental conçu selon le concept philosophique arabe de l’imaginal.

jusqu’au 20 septembre

(accès par navette maritime depuis le Vieux port de Marseille)

https://www.chateau-if.fr

Saison Méditerranée au Centre des Monuments nationaux :

https://www.monuments-nationaux.fr/agenda/saison-mediterranee-2026-au-centre-des-monuments-nationaux

Elias Kurdy, Château de Servières

Artiste syrien installé à Marseille, Elias Kurdy à l’occasion de ce projet pour la Saison Méditerranée a mené des recherches en collaboration avec le musée d’archéologie méditerranéenne de Marseille, l’Institut français du Proche-Orient Beyrouth, Liban et l’Institut français d’Amman, Jordanie. Un cadre qu’il convient de souligner, les collections muséales et les itinéraires des vestiges étant au cœur de sa réflexion. Que nous dit cette circulation des objets, la confiscation de certaines œuvres, la tradition des cadeaux diplomatiques dans l’évolution de notre regard ? A Damas ou à Marseille il étudie les mécanismes sous-jacents et invisibles qui régissent le monde des antiquités et leur circulation. Une nécessaire réappropriation des récits et des fromes comme le souligne Jean-Marc Prévost, ancien directeur du Carré d’art de Nîmes ayant donné une grande place aux artistes du Moyen Orient dans sa programmation. Une archéologie spéculative qui se matérialise dans l’accrochage et le parcours non dénué d’humour avec des cartels mentionnant « ce que l’on croit être une statuette en bronze » pour aiguiser l’attention du regardeur et dire en creux le conditionnement imposé par le regard occidental. 

Elias Kurdy, Mémoire en transit 

Château de Servières

jusqu’au 4 juillet

www.chateauservieres.org

En parallèle, le Printemps de l’art contemporain, PAC, propose plusieurs expositions en résonance avec la saison comme SO FAR par Vidéochroniques autour de l’artiste marocain établi à Marseille Driss Aroussi, avec : Yassine Balbzioui, Yasmina Ben Ari, Badr El Hammami, Mohammed Laouli, Katharina Schmidt, Katrin Ströbel. 

En savoir plus :

Week-end d’ouverture de la Saison Méditerranée : du 15 au 24 mai

https://www.institutfrancais.com/fr/magazine/a-la-une/saison-mediterranee-ouvre-marseille-du-15-24-mai-2026

Saison Méditerranée : les chiffres clés et les lieux

+ 60 villes

+ 200 évènements

14 disciplines

https://saisonmediterranee2026.culture.gouv.fr

Temps forts de Tunis à Beyrouth :

https://saisonmediterranee2026.culture.gouv.fr/programmation/temps-forts-a-l-etranger