« Splendeurs du baroque » : la Hispanic Society of America à Paris

Diego Velázquez, Portrait de jeune fille, v. 1638-1642, huile sur toile, 51.5 x 41 cm,
The Hispanic Society of America, New York
courtesy of The Hispanic Society of America, New York
Crédit photos : Vues de l’exposition « Splendeurs du baroque » au Musée Jacquemart-André  © Culturespaces © N. Héron

Au cœur des salles feutrées du Musée Jacquemart-André, l’exposition « Splendeurs du baroque » déroule une véritable théâtralisation de la peinture hispanique à son apogée.

La quarantaine d’œuvres majeures issues de la Hispanic Society of America, institution new-yorkaise fondée par le mécène et philanthrope Archer Milton Huntington, voyageant très peu, c’est donc un évènement en France. Fermée pour rénovation, la Hispanic Society of America dirigée par le français Guillaume Kientz, co-commissaire, a consenti à des prêts inédits.  Relativement discrète, l’institution compte une collection unique d’œuvres du monde hispanique (Espagne, Portugal, Amérique latine) de l’Antiquité jusqu’au XXème siècle, à partir des recherches et voyages de son fondateur. 

L’exposition couvre le Siècle d’or (XVIe–XVIIe siècle), moment où l’Espagne domine artistiquement et politiquement le monde de part son empire colonial. L’avènement des Habsbourg (1516-1700) correspond à une véritable effervescence artistique et à un renouvellement de la peinture espagnole dans un contexte d’échange et de métissage culturel sans précédent avec la venue d’artistes de toute l’Europe.  Le style baroque (du portugais barroco, perle irrégulière) s’impose tandis que les rois se saisissent de l’art comme d’un puissant outil de promotion et diffusion de la foi, non sans soulever de nombreuses problématiques auprès des communautés amérindiennes soumises à une intense évangélisation. 

Sebastián Muñoz, Marie-Louise d’Orléans, reine d’Espagne, en chapelle ardente, 1689-1690, huile sur toile, 207 x 252.5 cm, The Hispanic Society of America, New York, courtesy of The Hispanic Society of America, New York Crédit photos : Vues de l’exposition « Splendeurs du baroque » au Musée Jacquemart-André  © Culturespaces © N. Héron

Le baroque espagnol se distingue dans les genres du portrait et de l’iconographie religieuse sous l’influence de la Contre-Réforme autour d’artistes tels que Luis de Morales ou Le Greco tandis que Velazquez et ses suiveurs Juan Carreno de Miranda humanisent les codes du portrait de cour resté jusqu’alors austère (Antonio Moro, Jorge de la Rua). Comme le souligne Pierre Curie, conservateur du musée Jacquemart-André et co-commissaire, le « Portrait de jeune fille » de Velazquez daté entre 1638-42, peut être comparé à La Joconde espagnole avec son visage magnétique sur fond volontairement neutre et inachevé, sans aucun atour vestimentaire ni bijou, annonçant la modernité de Manet.

Luca Giordano, L’Extase de sainte Marie-Madeleine, vers 1660-1665, huile sur toile, 256,4 x 193 cm, The Hispanic Society of America, New York courtesy of The Hispanic Society of America, New York Vues de l’exposition « Splendeurs du baroque » au Musée Jacquemart-André  © Culturespaces © N. Héron

Deux foyers artistiques concentrent alors l’activité artistique : Séville avec Francisco de Zurbaran et ses Saintes solitaires, sa marque de fabrique ou Esteban Murillo et Madrid autour de toute une génération de suiveurs de Carreno de Miranda, dont Sebastian Munoz alors que le baroque hispanique amorce son déclin. Le corps de la reine Marie-Louise d’Orléans épouse de Charles II d’Espagne exposé en chapelle ardente cristallise une mise en scène théâtralisée et tragique au service de la mémoire.

C’est le volet du parcours consacré au style baroque latino-américain qui a retenu plus encore mon attention. Un art de l’hybridation issu d’un maillage entre des influences occidentales et amérindiennes entre richesse ornementale et stratégie de conversion des âmes. La réponse des artistes autochtones est particulièrement signifiante que ce soit au Mexique ou au Pérou. L’avènement des enconchados, peintures sur panneaux de bois inspirées des laques japonaises et incrustées de nacre créant des effets de lumière et une atmosphère magique, entraine un véritable engouement auprès d’élites locales et européennes. Nicolas de Correa avec les « Noces de Cana » (1696) offre une véritable expérience au regardeur. L’un des tableaux phares du parcours.

Pour celles et ceux qui ne pourront faire le voyage à Manhattan en 2027 pour découvrir la métamorphose de l’élégant écrin de la Hispanic Society à Audubon Terrace, projet de 20 millions de dollars dirigé par l’agence d’Annabelle Selldorf (Frick Collection), cet avant-goût qui s’inscrit dans une tournée internationale de la collection de peintures, reflète l’un des volets de l’institution qui a pour ambition d’être mieux identifiée auprès des publics, chercheurs, amateurs, touristes. Après un Centre de recherche sur Francisco de Goya, des salles d’exposition temporaires, un laboratoire de restauration… sont au programme d’un futur chantier ! La vision du fondateur continue de porter ses fruits.

Infos pratiques :

Splendeurs du Baroque,

Peintures de la Hispanic Society of America

jusqu’au 2 août 2026

Tarifs

Plein 19 euros

Réduit 15,50 euros 

Billetterie 

https://www.musee-jacquemart-andre.com/fr/tickets

Ouverture tous les jours

Musée Jacquemart André

https://www.musee-jacquemart-andre.com/fr/splendeurs-baroque