Saison méditerranée 2026, Art-o-rama 20ème édition : rencontre Jérôme Pantalacci, FRÆME 

Jérôme Pantalacci © SayWho

A l’occasion de la séquence d’ouverture de la Saison méditerranée à Marseille, rencontre avec un acteur emblématique, ambassadeur naturel du pourtour méditerranéen et bâtisseur de ce qui fait l’hospitalité et l’excellence d’un territoire qui regarde loin : Jérôme Pantalacci. FRÆME à travers le projet Sur les ruines, les pierres fleurissent  تزهر حجارة الأطلال de l’artiste-chercheur Abdessamad El Montassir en partenariat avec le centre d’art Kulte à Rabat et le Cirva à Marseille et le programme de résidences de la Friche la Belle de Mai incarnent des liens construits sur le long terme avec les artistes comme le souligne le sous-titre de la saison « arriver, partir, revenir » explique Jérôme Pantalacci, directeur. Le Sahara, porteur d’imaginaires et de traditions, devient un écosystème où peuvent coexister différents régimes du vivant à travers une pluralité d’images et de sons. L’artiste qui s’est ouvert à la création verrière depuis sa résidence à la Villa Médicis, en révèle un nouveau volet. 

De plus, Art-o-rama a 20 ans cette année i Jérôme revient sur ce qui représentait un pari au départ, loin de la capitale parisienne, autour de l’émergence et l’expérimentation, plaçant depuis Marseille et sa région au cœur de l’art contemporain international, ce qui se matérialise encore plus avec la naissance du réseau Plein Sud. Il revient sur ce qui fait l’ADN de la foire et sa spécificité à la fois locale et internationale, le profil des 39 galeries en provenance de 18 pays (19 primo-exposants, + 50% de moins de 5 ans, un grand nombre de participations en duo) avec toujours une vraie exigence curatoriale. Parmi les temps forts de cette 20ème édition qui sera officiellement célébrée en 2027 : les Prix Région Sud, un volet design contemporain dans la section Edition, des partenariats et des évènements satellites nombreux (VIP programme), le tout avec en toile de fond la scène méditerranéenne qui sera abordée lors de différents rendez-vous et dont plusieurs exposants sont issus. 

Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir / ADAGP, Paris.
Crédit photos Grégoire d’Ablon

L’exposition « Sur les ruines, les pierres fleurissent  تزهر حجارة الأطلال  » illustre une trajectoire partagée avec l’artiste depuis 10 ans : en quoi cet engagement est-il inscrit au cœur de la vocation d’une structure comme FRÆME ?

Les aventures artistiques sont aussi, et peut-être même surtout, des aventures humaines. Parmi les différentes actions de FRÆME nous sommes amenés à rencontrer et collaborer avec plusieurs artistes, et nous tâchons de développer d’autres projets avec elles et eux. Il est important de faire perdurer les liens et d’essayer de rester à l’écoute des besoins et des envies des artistes.

Un exemple, Moye·Cassandra Naigre qui a été l’artiste invité·e d’Art-o-rama en 2025, avec qui nous avons mené un projet d’EAC de la Ville de Marseille dans une classe de maternelle pendant l’année scolaire.

Abdessamad quant à lui, a été le deuxième artiste accueilli à la Friche dans le cadre des Résidences Méditerranée. Ce programme de résidences que nous menons toujours a été important dans le développement de son travail. Et nous avons continué à nous suivre depuis. Abdessamad en a gardé un attachement pour la Ville et pour La Friche. Cette résidence lui a permis de tisser des liens forts avec Marseille. Il a par la suite été en résidence à l’IMÉRA, puis a bénéficié des Ateliers de la Ville.

Nous avons commencé à parler d’un projet d’exposition début 2024. L’annonce de la saison Méditerranée est venue comme une évidence. Nous avons ainsi décidé ensemble de nous inscrire dans cette dynamique. Le sous-titre de cette saison, « arriver, partir, revenir » convient parfaitement à la relation que nous avons avec Abdessamad, comme avec beaucoup d’artistes, une relation faite de rencontres, de départs et de retrouvailles.

Qu’est-ce-qui vous interpelle dans l’univers d’Abdessamad El Montassir ? 

L’exposition « Sur les ruines les Pierres Fleurissent » que nous présentons actuellement parle d’un territoire qui m’est, comme pour beaucoup de gens quasiment inconnu, le Sahara. Le désert et ce qui le compose, celles et ceux qui le composent. Humains et non-humains, vivant et non-vivant. Abdessamad parle de ce territoire et de ces histoires, avec un petit et un grand H, avec beaucoup de poésie et de subtilité. Chaque œuvre de l’exposition a son existence propre, et pourtant chacune interagit avec les autres, dans une relation symbiotique. Nous sommes symboliquement plongés dans ces paysages, inviter à les traverser et à nous y arrêter.

Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir / ADAGP, Paris.
Crédit photos Grégoire d’Ablon

Des réalisations ont été conçues en coproduction avec le Cirva, un acteur incontournable pour les artistes de Marseille et au-delà : quelle dimension supplémentaire ce laboratoire apporte- t-il à l’exposition ? 

Abdessamad souhaitais depuis un certain temps réaliser des œuvres en verre. Il a commencé à développer ce projet à Rome quand il était pensionnaire de la Villa Médicis.

Le verre c’est du sable. Le Sahara c’est du sable. Il existe une pratique ancienne, archaïque de fabrication de perles en pâte de verre chez les Sahraouis. Cette pratique est le point de départ de l’œuvre que nous présentons, un ensemble de 10 sculptures en verre soufflé réalisé cet hiver au Cirva. C’était une première pour Abdessamad, et cela va sûrement ouvrir à d’autres œuvres en verre. Pour la Saison Méditerranée, il était explicitement demandé d’associer 2 partenaires au projet. Dont au moins 1 venant d’un des 5 pays prioritaires. Nous avons ainsi engagé le partenariat avec le centre d’art Kulte à Rabat et le Cirva à Marseille.

Le Cirva, qui est Centre d’Art, est un lieu incroyable. C’est un outil de recherche et de production fantastique pour les artistes et les designers qui souhaitent expérimenter ce matériau. L’équipe est entièrement là pour accompagner les projets et trouver des solutions. C’est une structure qui existe depuis la fin des années 80, et qui a travaillé avec quelques-uns des plus grands artistes et designers au monde, et qui continuent d’accueillir des jeunes artistes et designers parmi les plus prometteurs.

Ce travail en verre apporte une autre matérialité à l’exposition, essentiellement construite autour d’images projetées (films, installation vidéo, caissons lumineux) et d’une pièce sonore.

En quoi ce projet et la ville de Marseille résonnent tout particulièrement avec la Saison Méditerranée ?

Si Marseille a été retenue pour accueillir la séquence d’ouverture de la Saison Méditerranée, ce qui est une première, car aucune saison de l’Institut Français n’avait été inaugurée en dehors de Paris avant, c’est bien car Marseille est la capitale française de la Méditerranée. Marseille est italienne, espagnole, grecque, juive, maghrébine. Et plus encore. Son histoire, et les nombreuses origines des marseillais, font que la ville a des liens naturels avec tout le pourtour méditerranéen.

Mais la Méditerranée n’est pas qu’une mer, c’est un espace qui connecte trois continents et qui ouvre sur d’autres espaces. L’exposition personnelle d’Abdessamad El Montassir nous conduit au sud du Maroc, dans le désert. C’est l’espace méditerranéen qui nous relie à ce territoire.  

Région Sud Prize : Maïssane Alibrahimi

Sommaire de Taous Imari, 2025
Series of 22 plates
Epoxy resin, gold powder
Variable dimensions
© Mohammed Lakhdar

Autre temps fort : la 20ème édition cette année d’Art-o-rama, qu’est ce qui ressort du chemin parcouru ? 

Effectivement, la première édition d’Art-o-rama était en 2007, il y a 19 ans. Depuis la première édition nous avons multiplié par 10 le nombre d’exposants. 7, dont 5 galeries en 2007, 70 l’année dernière dont 40 galeries. Le format reste intime et a atteint un format stable depuis quelques années. Le projet d’Art-o-rama était de développer un événement dynamisant pour le territoire. Nous étions dès le début inscrit dans un écosystème local. Celui-ci s’est lui aussi largement étoffé. De même que l’attrait de la ville, qui est maintenant devenue une destination prisée et qui accueille chaque année de plus en plus d’artistes et même de nouvelles galeries. Une nouvelle ouvrira d’ailleurs à l’occasion d’Art-o-rama. Le salon a grandi avec le renforcement des institutions et la naissance de nouveaux lieux d’expositions, privés et publics. À Marseille et autour. Ce qui place la région comme une des destinations phare de l’art contemporain international. Le phénomène Arles, qui est à moins d’une heure de Marseille, concentre des fondations et festivals incontournables. Sans citer la quarantaine de lieux partenaires culturels d’Art-o-rama, dont beaucoup sont membres du réseau Plein Sud, on peut retenir aussi le Château La Coste, ou la villa Carmignac. Nous avons maintenant un ensemble qui va de l’artist-run space à la méga fondation, qui crée un tissu extrêmement riche et dynamique, et qui est certainement en France le plus important après l’Ile-de-France. Et probablement avant pendant la période estivale.

Art-o-rama 2025 © Margot Montigny

En termes de participation : le profil des galeries a-t-il évolué par rapport aux précédentes éditions ?

Dès la première édition, nous avons eu comme positionnement de travailler avec des jeunes galeries. Au départ, bien sûr, pour une question générationnelle. Nous sommes allés voir des galeristes de notre âge. Et puis, en 2007, l’activité commerciale de l’art contemporain à Marseille était un peu au point mort. On reste en périphérie par rapport au marché, mais cela à progresser. Il était difficile de convaincre une galerie qui a des gammes de prix élevés et des frais de fonctionnements lourds. Les jeunes galeries ont une plus grande capacité d’adaptation, sont plus ouvertes aux nouveaux projets, et ont besoin de soutien et de visibilité. Nous ne pouvions pas apporter grand-chose à des galeries établies, en revanche nous pouvions accompagner des plus jeunes dans des projets curatoriaux dont les coûts seraient trop importants pour les mettre en place sur une grande foire.

Donc, nous adresser à des galeries émergentes était pertinent compte-tenu de notre contexte. C’est maintenant une part de notre identité et nous avons toujours une grande majorité de nouvelles galeries. Cette année plus de la moitié ont été créées il y a moins de 5 ans. Et même lorsque nous accueillons des galeries plus établies, elles viennent souvent avec de jeunes artistes, et en tout cas des œuvres crées récemment, voire spécifiquement pour Art-o-rama.

Thomas Mailaender

Fruit of the Loom, 2025
Coque de bateau à voile 
Impressions cyanotype sur les voiles
187 x 100 x 22 cm
Courtesy of the artist and Double V gallery

Comment se répartissent les nouvelles participations vis-à-vis des galeries qui reviennent ?

Nous sommes depuis quelques années sur un renouvellement de 50% des galeries. Les premières années nous renouvelions 100%. Mais nous avions très peu de galeries, et si nous voulions que les visiteurs, collectionneurs et professionnels reviennent, il fallait mieux leur proposer des découvertes. Nous sommes toujours dans cette dynamique. C’est là aussi une part de notre identité. Les gens qui viennent et qui reviennent cherche aussi à rencontrer de nouvelles galeries, découvrir de nouveaux artistes, voir des œuvres récentes. De plus nous sommes aussi identifiés comme un salon qui présente des projets curatoriaux. Les galeries se saisissent de cette possibilité avec leurs artistes selon leur actualité. Elles peuvent laisser passer une ou deux années avant de revenir avec une proposition contextualisée. Par exemple la galerie berlinoise Dittrich & Schlechtriem présentera cette année un projet de Lukas Städler qui réalisera des photographies cet été à Marseille. 

Liz Elton

Tender, 2020
Teintures issues des déchets alimentaires de l’artiste, sacs de compost, aquarelle, huiles, graines
295 x 295 cm
Courtesy of the artist and Cable Depot

Quels échos avec la Saison Méditerranée ?

Bien sûr, nous sommes présents dans la saison avec l’exposition « Sur les ruines, les pierres fleurissent » d’Abdessamad El Montassir.

Mais nous n’avons pas cherché à inscrire Art-o-rama dans ce cadre, même si de façon naturelle, comme c’est le cas pour la Friche, et plus largement pour Marseille, nous portons une attention particulière au pourtour méditerranéen. Nous avons comme chaque année, des galeries qui viennent de certains de ses pays. En 2026 l’Italie, l’Espagne et Chypre. Mais même si le territoire méditerranéen est notre territoire régional, nous avons toujours eu à souhait de nous étendre au-delà.

Bien que nous ne soyons pas inscrits dans la saison, l’ensemble du programme de discussions et de projections sera coloré par la Méditerranée. Nous aurons ainsi des interventions qui aborderons directement le sujet. Par exemple avec un film de Younès Ben Slimane, proposé par Karima Célestin qui parle de sa traversée ou bien un film de Ohan Breiding, proposé par Mathilde Walker-Billaud qui suit le Rhône jusqu’à son delta. Nous reviendrons également à cette occasion sur l’exposition d’Abdessamad, et plus particulièrement sur son travail sonore avec le compositeur Matthieu Guillin.

La Méditerranée sera donc bien présente, à Art-o-rama, et plus largement à la Friche, où seront toujours visible en plus de l’exposition que nous présentons, celle de Mona Benyamin proposée par Triangle-Astérides et celle de Zineb Sedira portée directement par la Friche.

Liste des galeries : 22,48 m², Romainville | aaaa nordhavn, Copenhague |  Beige, Bruxelles* |  Projets Bombon, Barcelone |  Dépôt de câbles, Sofia |  Chambre Chiquita, Barcelone |  Clara Darrason, Paris* | Dilalica, Barcelone |  DITTRICH & SCHLECHTRIEM, Berlin |  Galerie Double V, Marseille |  DS Galerie, Paris x Xxija Hii, Londres |  Place de France, Milan* |  Fuga, Barcelone* |  Galerie Alegría, L’Hospitalet, Barcelone* |  Galerie Maubert, Paris |  GALERIE HAYASHI + ART BRIDGE, Tokyo* | Gauli Zitter, Bruxelles* |  Beau temps, Chicago/Little Rock/North Little Rock |  Maison Chappaz, Barcelone* |  In Situ – Fabienne Leclerc, Romainville |  miłosc, Londres* |  mueve (galería), Lima* | Galerie PM/AM, Londres* |  Sabot, Cluj-Napoca x Galerie H’art, Bucarest* |  Saison 4 Épisode 6, Londres x LAILA, Sydney* |  Club Sissi, Marseille |  Sophie Tappeiner, Vienne |  Spiaggia Libera, Marseille x Galerie Punta, Sofia |  Spiritvessel, Espinavessa* |  TATSURO KISHIMOTO, Tokyo* |  La Galerie du Pont, Paris* |  GALERIE VELYCHKO, Paphos* |  Fenêtre quatorze, Genève* |  Zyrland Zoiropa, Berlin x The Horse, Dublin* éditions Atelier Arcay, Paris |  Atelier Michael Woolworth, Paris* | Atelier Vis-à-Vis, Marseille |  Éditions du Lavoir, Paris* |  Keijiban, Kanazawa |  Plus de projets, Paris | Pâme, Londres |  Royal Book Lodge, Montreuil |  TCHIKEBE, projet associé Marseille Pony, Montreuil* | artiste invitée 2026 Juliette George designer invitée 2026 Edda Rabold s how-room, prix région sud – commissaire d’art Pierre-Antoine Lalande |  Maïssane Alibrahimi |  Louise Belin |  Nina Boughanim |  Showroom Marine Pistien, prix région sud -commissaire d’exposition Justinien Tribillon |  Emma Faury Graziani |  Manon Garcia del Barrio |  Andrea Moreno |  Cassandre Thévenier

Infos pratiques :

Abdessamad El Montassir

Sur les ruines, les pierres fleurissent  تزهر حجارة الأطلال

Friche la Belle de Mai

Jusqu’au 27 septembre 

Commissariat : Gabrielle Camuset

www.fraeme.art

https://p-a-c.fr/les-membres/frame/evenements/abdessamad-el-montassir

Art-o-rama, 20ème édition

28-30 août

Friche la Belle de Mai

https://art-o-rama.fr/type/gallery