Drawing Now 2026 : coups de cœur au féminin !

Nazanin Pouyandeh-Sans titre 2023-technique mixte sur papier 335-×-48-cm © Nazanin-Pouyandeh et Courtoisie de la Galerie TEMPLON-Paris-Bruxelles-New-York.-Photographie-Laurent Edeline.

Drawing Now, fidèle à son ADN impose une vision résolument prospective en cette 19ème édition qui accueille 41% de nouveaux participants. Avec les secteurs : Inception et Digital (niveau -1), les jeunes galeries sont incitées à participer avec une offre attractive. De plus les parcours fléchés « Art Faber » et « Parallaxe » avec un accent mis sur les femmes renforcent une volonté curatoriale servie par de nombreux solo shows, tandis que l’exposition met en avant le FRAC Picardie et le CNAP sous le régime du « Numérique lyrique : nouvelles origines du dessin » par Joana P.R. Neves, directrice artistique et commissaire. 

Templon (Paris) : Nazanin Pouyandeh 

L’artiste iranienne réfugiée politique en France après l’assassinat de son père l’intellectuel Mohammad Jafar Pouyandeh en 1998, déploie une œuvre nourrie de multiples influences et une large iconographie de la Renaissance italienne aux maîtres flamands jusqu’à des influences plus contemporaines liées à des enjeux sociétaux et politique autour notamment de la place des femmes. Elle revisite actuellement le mythe de l’odalisque dans l’exposition « Par-delà les mille et une nuits, histoire des orientalismes » au Louvre Lens et avait fait partie de l’exposition fondatrice « Immortelle » au MO.CO. Montpellier. Ses visages de femmes aux multiples tatouages sont comme les strates d’une longue filiation de catastrophes. 

De plus Abdelkader Benchamma, exposé en ce moment dans l’espace parisien de la galerie livre une orchestration remarquable de ses recherches avec Signs and Wonders.

https://www.templon.com/exhibitions/signs-and-wonders

Eva Vautier (Nice) : Jeanne Susplugas (parcours Parallax) 

Dans le cadre de la sélection « Femmes du dessin » Jeanne Susplugas nous livre ses leporello et carnets intimes autour de l’enfermement, une notion toujours en filigrane. On s’éloigne de la réalité virtuelle qu’elle explore. Un complément sensible. 

Bien que ne se revendiquant pas féministe de prime abord, l’artiste aborde de nombreuses questions liées à l’émancipation. Parmi les artistes femmes qui l’inspirent Annette Messager et Louise Bourgeois. 

On remarque également Anne-Laure Wuillai qui a bénéficié d’une exposition à Nice au Palais Lascaris, dans le cadre de la Biennale des arts et de l’océan. Elle interrogeait notre relation à l’eau à travers un certain nombre d’échantillonnages, d’inventaires, de collectes. 

 Ellande Jaureguiberry, Mute, 2025 courtesy de l’artiste et 22,48m2

22, 48 m2 (Grand Paris) :  Ellande Jaureguiberry

Solo show de l’artiste (Beaux-arts de Paris) à travers un dialogue entre céramique et dessins dans une belle cohérence, non sans révéler un certain trouble en miroir. Non pas antinomiques ces deux médiums se répondent autour de la notion de corps absent. Des fragments : langues, torses, oreilles, mains, issus de planches anatomiques des années 1950 donnent place à une certaine sensualité. 

https://www.2248m2.com

Samira ABBASSY, Floral Mortal Coils, 2016 courtesy de l’artiste et Richard Saltoun gallery

Richard Saltoun Gallery (Londres) : Samira Abbassy 

Artiste iranienne basée à New york et ayant passé son enfance à Londres. Des indices, souvenirs tactiles et mémoires qui traversent son œuvre. A travers des récits mêlant l’intime et l’universel, elle met au jour les multiples strates du soi. Sa pratique s’inscrit au croisement de diverses influences : traditions artistiques européennes et irano-persanes, art pré-Renaissance, psychanalyse jungienne, auxquelles s’ajoutent des éléments autobiographiques, notamment liés à sa lignée matriarcale. Elle interroge ainsi les complexités de l’identité diasporique, en faisant dialoguer mémoire individuelle et histoire collective. Des motifs de transcendance et de métamorphose, tels que les oiseaux et les papillons, occupent une place centrale dans ses dessins. 

L’artiste ukrainienne Anna Perach se détache également. 

on travail convoque des narrations historiques à travers la représentation de figures féminines énigmatiques, évoluant de manière instable à la lisière de plusieurs états — à la fois à l’intérieur et en dehors de leur propre corps. Nourrie de références variées, allant des contes de fées à la théorie psychanalytique, et recourant à des procédés textiles archaïques tels que le tufting, elle transforme des archétypes féminins en hybrides sculpturaux, interrogeant les notions d’identité, de genre et de savoir-faire.

https://www.richardsaltoun.com/art-fairs/279/overview

Irène Laub gallery (Bruxelles) : Guillermo Mora

Première participation pour la galerie belge. 

Focus sur l’artiste espagnol, Guillermo Mora. La série murale « Si Pero No » se distingue par un dispositif à la fois simple et radical : des feuilles de papier colorées, agrafées à même le mur par centaines, forment un aplat monochrome. Mais loin de s’en tenir à cette surface lisse, l’artiste en orchestre la déconstruction lors d’une performance, arrachant progressivement la matière pour en révéler toute la tension et l’énergie.

www.irenelaubgallery.com

Sfiya, Monoloque 2025, courtesy de l’artiste, Chiguer art contemporain

Chiguer Art Contemporain (Montréal) : Sfiya

En plus de l’artiste inuit Shuvinai Ashoona, Chiguer Art Contemporain dévoile le talent de l’artiste maroco-canadienne Sfiya, riche de sa double appartenance et dont la palette pleine mélancolie interroge l’exil, les croyances, les histoires orales, la transmission. Sa jeune bergère nous fait face avec un regard plein d’assurance dans ce qui ressemble à un décor reconstitué entre réel et imaginaire.

Les collages de François Morelli, artiste focus, sont également à remarquer. Comme une fresque narrative où s’entrecroisent crises et préoccupations de notre époque et assemblages d’inspiration moderniste.

https://chiguerartcontemporain.com/actualites

Chloé Vanderstraeten, Colonne II, 2025 Oeuvre réalisée pour le Frac Amiens

Et le Prix Drawing Now revient à…Chloé Vanderstraeten ! représentée par Traits Libres Gallery (Inception)

Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris et de l’École des Arts Décoratifs. Elle a eu sa première exposition en galerie chez John Ferrère – l’Inlassable- en 2018 où je l’ai découverte. 

Inspirés tour à tour des cartes astrologiques, des schémas électriques, des plans de construction, du dessin technique ou encore des formes architecturales en arc, ces travaux se présentent comme des dispositifs de lecture. Ils s’apparentent à des cartes, des plans ou des outils d’orientation — non pas pour décrire fidèlement le réel ni proposer un projet constructif tangible, mais pour offrir des clés d’interprétation. À travers eux, c’est une invitation à se projeter dans une vision poétique du monde qui se dessine.

Dans ses installations de grande envergure, le geste guide l’œuvre au plus près de la matière : la main, en contact direct avec le matériau, engage le corps dans son ensemble. Le tissage, le pliage et l’assemblage de larges feuilles ou de bandes de papier relèvent ainsi de véritables pratiques corporelles. Ces processus physiques, menés à l’échelle du corps, impliquent une perte de vision globale. 

Les artistes nommé.es étaient :  Guénaëlle de Carbonnières (Galerie Binome), Roman Moriceau (Archiraar Gallery), Maxime Verdier (Galerie Anne-Sarah Bénichou) et Katarzyna Wiesiołek (Galerie Eric Dupont). D’excellents profils !

Le prix, soutenu par Conté à Paris et la Drawing Society, est doté de 20 000 euros : 5 000 euros de dotation pour l’artiste, 5 000 euros de dotation matérielle chez Conté à Paris à répartir entre les artistes nommés, 10 000 euros d’aide à la production pour une exposition de 3 mois au Drawing Lab et l’édition d’un catalogue monographique.

A noter que la planète Drawing Society s’élargit avec la Drawing Factory qui investit un immeuble en reconversion de la Rue de Richelieu.

Cet immeuble bientôt transformé en hôtel de luxe accueille 32 artistes répartis dans des ateliers de 20 à 40 m2 sur 6 étages. Contre un loyer encadré (10Euros/m2) cette forme d’occupation temporaire rejoint d’autres initiatives en vogue actuellement dans Paris (Poush) face à l’augmentation des coûts dans un contexte de crise.

Infos pratiques :

Drawing Now 2026

du 25 (preview) au 29 mars 2026 

Tarifs :

Plein 16 euros

Réduit 9 euros

Carreau du Temple

4, rue Eugène Spuller — 75003 Paris

www.drawingnowparis.com