The House by The Anonymous Project à Hangar, une première en Belgique ! « Family Stories » et autres miscellanées en ville, Photo Brussels Festival #10

Lee Shulman/ The Anonymous Project

Le centre névralgique de la 10ème édition de Photo Brussels Festival se joue bel et bien à Hangar autour de « The House » par Lee Shulman -The Anonymous Project, première occurrence belge du projet à partir des archives au long cours collectées par l’artiste britannique. Le plus grand stock au monde de diapos Kodachrome et des tonnes de vies anonymes se voient scénarisées par cet infatigable conteur qui pose ses malles aux trésors dans le plat pays.

Lee Shulman/ The Anonymous Project

Tout a commencé pour ce parisien d’adoption aux Rencontres d’Arles en 2019 dans une maison qu’il rhabille entièrement de mobilier vintage chiné, une esthétique kitsch et Do It Yourself qui devient sa marque de fabrique exportée dans le monde entier. A l’heure de la suprématie des écrans et du tout instagrammable, le public en redemande, fasciné par ces instants rétro et loufoques, notamment les jeunes. Un peu comme une communauté Wes Anderson, dans une version Mitteleuropa transposée aux Trente Glorieuses et intérieurs en Formica. Devant la caravane grandeur nature, une pelouse synthétique, des chaises de jardin et un transat : à l’intérieur des images de vacances défilent, comme un album de famille que l’on feuillette avec séances de pique-nique, la voiture garée face au paysage !

Lee Shulman/ The Anonymous Project

La salle à manger avec napperons en crochet, fleurs artificielles et papier peint jauni offre une autre surface de projection autour de ces déjeuners du dimanche qui s’étirent en sieste avec des corps avachis, des jupes qui se soulèvent, des baisers volés… Même l’intérieur du frigidaire devient une caverne en technicolor ! Un groupe d’hommes en costume sombre fait penser à Magritte et ses amis. On peut même visionner à la table lumineuse certaines diapositives issues de ces lots qui arrivent régulièrement à l’atelier de Lee. Fondé comme une association, The Anonymous Project est devenu un label artistique générant de nombreuses collaborations et livres avec Martin Parr, Omar Victor Diop, Thomas Lélu.. une petite entreprise qui ne connait pas la crise. 

A l’étage « Family Stories » interroge les contours de cette cellule nucléaire choisie ou imposée autour de 7 écritures photographiques. Je retrouve notamment l’artiste germano-américaine Francesca Hummler après les Photaumnales et Gen Z à Photo Elysée autour de son projet « Our Dollhouse » mené avec sa jeune sœur Masantu, protagoniste essentielle de sa démarche. La maison de poupée devient un espace métaphorique autour de la mémoire et généalogie familiale, des origines allemandes des grands-parents jusqu’à l’adoption de Masantu : un véritable cheminement comme Francesca me le confiait lors de notre interview.

Deanne Dikerman Leaving and Waving, courtesy the artist

L’américaine Deanne Dikerman pendant 27 ans immortalise ses adieux à ses parents depuis sa voiture. Un rituel est devenu projet au long cours affichant les morsures du temps sur les visages, le rythme des saisons, les floraisons… jusqu’à la dernière image : celle de la porte tristement vide du garage.

Le sud-coréen Daesung Lee se penche sur les inégalités dans une société patriarchale confucéenne où les femmes ont un rôle limité à la sphère domestique. La mère de l’artiste qui subit au quotidien cette discrimination apparait dans cette série intitulée « Nirvana » autour de l’idée de réincarnation.

Alma Haser, appartenant à la fois à la culture allemande et anglaise, traduit dans ses collages l’absurdité de certaines traductions littéraires face à des expressions par essence intransmissibles.

L’artiste italo-brésilien Danilo Zocatelli Cesco avec « Dear Father » interroge son identité queer à travers la figure de son père qui s’est laissé convaincre pour se mettre en scène dans un contexte drag. Une leçon de tolérance et d’apprentissage de l’autre. On l’a découvert cet été dans le cadre du Prix Dior à Arles.

La figure du père est également convoquée par le photographe mexicain Cristóbal Ascencio avec Las Flores mueren dos veces/ Les fleurs meurent deux fois. Le suicide de son père alors qu’il a 15 ans, jardinier, est le point de départ de ces images réalisées dans son dernier jardin à partir de sa lettre d’adieu. L’usage de glitches agit comme un perturbateur de cette mémoire.  

La photographe belge Sanne de Wilde qui nous avait convaincu à l’occasion du festival Circulation(s) autour de la série « The island of the colorblind » témoignant du phénomène de daltonisme, se dilue dans l’intime avec « The Trilogy of Togetherness » avec une certaine complaisance. 

Infos pratiques :

The House 

Lee Shulman, The Anonymous Project 

Family Stories 

Hangar photo center 

https://www.hangar.art/the-house-anonymous-porject-by-lee-shulman

En ville : ma sélection 

BRASS Centre culturel de Forest : le TW Fotoclub

« L’image latente- ce qui ne se voit pas encore ».

Très beau titre choisi par le collectif bruxellois passionné par la photographie argentique et les procédés expérimentaux, le FCTW se dévoile dans ce lieu emblématique de BRASS à Forest, le nouveau hub arty. L’argentique est revendiqué sous toutes ses formes : chambre noire, cyanotypes, liths, émulsions végétales… Une attention au geste et à la lenteur, au savoir-faire artisanal. 

Robert Mapplethorpe , Helmut, NYC, 1978

Galerie Eric Mouchet : Robert Mapplethorpe 

Cette période inaugurale de l’artiste, longtemps tenue à l’écart pour l’explicite de ses images, n’en constitue pas moins une matrice essentielle. Mapplethorpe y impose un regard incarné, sans détour, porté par une exigence formelle implacable. D’une beauté presque antique, ses photographies transfigurent la sexualité queer : le désir y devient architecture, et la provocation, une grâce.

Au centre du projet, le ‘Portfolio X’ de Robert Mapplethorpe, réalisé en 1978 et présenté pour la première fois en Europe en 1979 à la galerie Jurka à Amsterdam.

Tarrah Krajnak, Self Portrait as Walking woman with bag, 1979 courtesy the artist, Fondation A

Fondation A, Tarrah Krajnak

L’artiste Tarrah Krajnak est née à Lima en 1979 et a été adoptée aux États-Unis. Sa démarche s’articule autour de cette quête des origines. 

L’exposition s’articule autour de deux ensembles majeurs issus de la collection de la Fondation A. 1979: Contact Negatives (2019) entremêle cyanotypes, mises en scène autobiographiques et images empruntées à la presse péruvienne pour sonder les territoires fragiles de l’adoption et de la mémoire trouée. Avec Master Rituals II. Weston’s Nudes (2020), Krajnak réinvestit les poses des modèles d’Edward Weston afin de questionner les régimes de représentation et la place accordée aux femmes dans l’histoire de la photographie.

Ces séries dialoguent avec Master Rituals I. Ansel Adams (2018–2023), où l’artiste orchestre l’effacement symbolique des paysages nord-américains d’Adams, ainsi qu’avec RePose (2022–…), un répertoire de gestes et de postures puisés dans la mémoire collective de l’histoire de l’art.

Galerie Irène Laub : Guðný Rósa Ingimarsdóttir, Fingers in a red state but not yet bleeding

L’artiste islandaise dans une logique d’expérimentation continue retravaille les matériaux qui s’offrent à elle dans son atelier. Chutes de papier, découpes d’œuvres précédentes conservées, mots dactylographiés, traces, souvenirs… alimentent son processus créatif et organique. La photographie surgit comme des fantômes ou réminiscences dans ces compositions cycliques.

Spazio Nobile, Frederik Vercruysse, Panoramic, 15 Years of Art Photography  

Dans le champ de l’art contemporain, le panoramique ne se réduit plus à une affaire de format : il devient une position du regard, une manière d’embrasser le temps et l’espace dans un même élan. Il capte l’étendue d’un instant, offrant une vision continue, traversée d’une intensité émotionnelle singulière.

Cette rétrospective, qui retrace quinze années de pratique photographique, dévoile une écriture visuelle d’une grande justesse, à la fois épurée et profondément stratifiée.

L’œuvre de Vercruysse s’inscrit dans un territoire liminal, entre design et contemplation, structure et silence. Le réel y est distillé, réduit à l’essentiel, pour se recomposer en images qui célèbrent la beauté discrète des paysages naturels comme des espaces façonnés par l’homme.

Schönfeld gallery, Rivoli, Renée Lorie « I Thought We would Eat with Golden Spoons »

Chez les heureux du monde disait la romancière Edith Wharton…ou dans une version contemporaine derrière les pelouses de Wisteria Lane, dans la série Desperate Housewives, se cache ennui et secrets. C’est ce que tente d’éclaircir l’artiste belge Renée Lorie que j’ai rencontré à Rivoli. Elle a mené son projet dans les rues très privilégiées d’Uccle pour aller à la rencontre de ces happy few … peu ont accepté de lui ouvrir la porte (lire mon interview).

Retrouver l’ensemble des propositions

10ème édition, Photo Brussels Festival :

52 propositions,

le parcours, l’agenda :

https://www.photobrusselsfestival.com

Organiser votre venue :

https://www.eurostar.com/fr-fr

https://www.visit.brussels/fr