Réouverture du musée des Augustins, Toulouse : Interview Laure Dalon, directrice et conservatrice

Nouveau parcours de visite salles du musée des Augustins, Mairie de Toulouse photo Daniel Mini

Après une longue fermeture et moyennant un budget de 25 millions d’euros, le musée des Augustins de Toulouse donne à voir sa métamorphose ! Une renaissance portée par Laure Dalon à la tête de cette emblématique institution dont la particularité repose sur son architecture religieuse (ancien couvent du XIVème siècle) et ses collections transhistoriques : un équilibre à maintenir comme elle le souligne. Nouvelle identité graphique et visuelle, nouveau parcours de visite, place de l’art contemporain (Flora Moscovici, Pablo Valbuena et Stéphanie Mansy), dialogues et ouverture sur la ville (pavillon d’accueil, boutique, parvis végétalisé), l’ensemble du projet s’articule autour de trois valeurs fondamentales : convivialité, responsabilité et liberté. Parmi les nouveautés : des enjeux muséographiques déclinés autour de questionnements et de perspectives inattendues dans les salons de peintures comme avec le célèbre « Cauchemar » d’Eugène Thivier, chef-d’oeuvre en marbre blanc qui a trouvé son pendant avec la toile hantée « La Course à l’abîme » d’Henri Martin (salon rouge), tandis que différents stéréotypes en matière de représentation sont interrogés. C’est la thématique du ciel qui a été retenue pour cette année de réouverture dans une volonté d’ouverture à d’autres musées ou institutions de la ville, l’artiste et photographe Sophie Zénon faisant le lien avec la galerie du Château d’Eau, également au cœur de l’actualité toulousaine. 

Alors que le chantier se poursuit ce qui représente un véritable défi, Laure Dalon nous en détaille les prochaines étapes comme la réouverture de l’église et la restauration du cloître grâce au financement participatif, courant 2027. Elle a répondu à mes questions. 

Laure Dalon en salle romane, Mairie de Toulouse, musée des Augustins photo F. Maligne

Marie de la Fresnaye. Tout d’abord, quelle est selon vous la vocation d’un musée ?

Laure Dalon. C’est une vaste question. Il s’agit selon moi de vocations multiples. Tout d’abord la vocation d’un musée est de donner des clés de compréhension du monde dans lequel on vit, ce qui explique pourquoi l’on garde ces témoignages du passé, l’on en prend soin, comme la trace de là d’où l’on vient. C’est notre rôle pour nous qui travaillons dans les musées de faire en sorte que cette trace perdure et soit transmise aux générations futures. La deuxième vocation, même si les deux vont de pair, c’est offrir un lieu privilégié aux gens, au milieu d’une saturation d’images et de sollicitations, un lieu où l’on se sente autorisé à vivre une expérience qui soit de l’ordre du sensible, un moment où il est possible de laisser exprimer ses sentiments, ses émotions. Ce sont deux vocations complémentaires qui induisent d’une part une forme de responsabilité et en même temps une forme de contemplation.

Nouveau parcours de visite, musée des Augustins, Mairie de Toulouse photo Daniel Mini

MdF. Quel signal souhaitez-vous lancer aux Toulousains pour cette réouverture ? 

LD. Le signal, c’est un cri du cœur : « Venez vous faire plaisir et vous faire du bien ici, dans ce musée qui est à vous ! ». L’envie de donner une image de convivialité et d’énergie. Je voudrais que les Toulousains, les habitants sentent qu’il y a une énergie positive qui circule ici.

MdF. Une nouvelle identité qui se traduit dans la façade et un logo qui bouscule les lignes : quels enjeux ?

LD. L’identité visuelle autour du mot Augustins se veut vibrante et en mouvement, inclusive et généreuse. La nouvelle entrée et le pavillon d’accueil conçus par l’agence portugaise Aires Mateus en pierre blanche de Dordogne signent la nouvelle ambition du lieu, son ouverture sur la ville avec le parvis végétalisé en prolongement. 

La boutique-librairie-café en cours d’aménagement, Mairie de Toulouse, musée des Augustins

MdF. La boutique est à la fois très contemporaine et très ancrée dans le patrimoine avec cette grande statue « Le Génie de Toulouse » du sculpteur toulousain Carlo Sarrabezolles : un signal ?

LD. Cette sculpture donne un supplément d’âme à la boutique. Elle accompagne ce que j’avais envie de transmettre dans cet espace qui est un lieu hybride : boutique, librairie et café. Cette allégorie de la ville, je l’ai vue comme un phare, un signal, c’est tout à fait le mot.

Vue de synthèse du parvis et de la nouvelle entrée dumusée des Augustins.Crédit agence Aires Mateus

MdF. Maintenant, pour aller vers cette histoire à plusieurs épisodes, comment cette ouverture progressive est-elle possible ?

LD. Toute l’équipe a été mobilisée pour arriver à une sorte de séquençage.C’est un vrai défi pour nous, à la fois dans l’organisation, mais aussi dans la communication, ayant à cœur que cette réouverture soit un succès et que les gens qui entrent et redécouvrent le musée comprennent à quel point c’est un cadeau. Une fois la porte franchie, quelque chose se passe et je voudrais éviter à tout prix qu’il y ait de la frustration. Cela reste un vrai défi et je suis curieuse de voir comment cela va être perçu. Au-delà de cet aspect, nous sommes face à un véritable enjeu d’organisation dans la mesure où l’on ouvre tout en gardant une partie en chantier, ce qui nécessite d’assumer cette sorte de dualité. L’intérêt d’être ouvert tout en avançant dans les chantiers réside dans une obligation de bonne tenue du site. C’est une discipline qui n’est pas forcément facile à vivre et à imposer au quotidien.

Édouard Debat-Ponsan, Le Massage 1883

Mairie de Toulouse, musée des Augustins. Cl. Daniel Martin

MdF. Vous avez voulu créer de nouvelles perspectives et interroger un certain nombre de stéréotypes, autour de la représentation féminine notamment. Autant de nouveaux récits qui vous tiennent à cœur ?

LD. Cela me tient à cœur tout particulièrement parce que l’on peut assez facilement se dire qu’un musée, avec des peintures anciennes, mythologiques et religieuses ne nous parle pas forcément aujourd’hui. J’avais vraiment envie de tendre la main pour montrer que ces questionnements très contemporains peuvent être abordés à la lueur de ces œuvres anciennes, de ces représentations car nos regards, nos imaginaires sont imprégnés de ces images. Si tout le monde ne va pas au musée, en revanche, tout le monde voit des publicités, feuillette des magazines ou parcourt les réseaux sociaux. 

MdF. Et l’on songe à Cléopâtre notamment dont l’iconographie a simplifié le rôle 

LD. En effet, ces images sont bien le fruit d’une histoire, c’est pourquoi il me paraît intéressant de donner des clés ou en tout cas d’éveiller des questionnements, sans forcément imposer des réponses parce qu’en fait, elles sont multiples.

Berthe Morisot, Jeune fille dans un parc, 1888-1893 Mairie de Toulouse, musée des Augustins, photo Daniel Martin

MdF. Parmi les nouveautés du parcours de visite, autour du XIXᵉ, l’espace du cube : vers plus d’accessibilité ?

LD. Cela s’inscrit dans cette idée de renouveler la visite de ces grands salons qui souffraient de s’offrir en un seul coup d’œil. C’était dommage parce que cela ne servait pas les œuvres dont l’accumulation ne favorisait pas l’observation. Il y a cette idée d’enrichir la visite et de créer des perspectives. Après, c’est un pari dans la mesure où l’on modifie aussi le mode de fonctionnement et la raison d’être de ces salles. Je suis curieuse de voir comment les visiteurs vont s’approprier ces espaces reconfigurés. 

Axel Wilhelm Nordgren, Effet de lune, 1851-1888 Mairie de Toulouse, musée des Augustins photo Daniel Martin

MdF. Pour aller vers les synergies avec d’autres institutions toulousaines, qui prennent forme notamment avec l’accrochage autour du ciel et de l’artiste Sophie Zénon qui est exposée en ce moment au Château d’Eau, comment allez-vous poursuivre et développer ce volet ?

L’envie de travailler ensemble est réelle et partagée. Il fallait créer les conditions de ce dialogue et j’ai à cœur de les favoriser aussi régulièrement que possible.

Les échanges ont vocation à être réciproques et dans ce sens, nous avons prêté aussi des œuvres au Château d’Eau pour l’exposition de Sophie Zénon. C’est une circulation qui se fait dans les deux sens. Cet accrochage, selon moi, envoie ce message et j’espère que c’est seulement le premier dans cette dynamique !

Travail en cours de l’artiste Flora Moscovici, Mairie de Toulouse, musée des Augustins.

MdF. En ce qui concerne la place de l’art contemporain, vous avez donné carte blanche à trois artistes, Comment les avez-vous choisis ?

LD. J’ai déjà identifié certains espaces manquant d’identité et j’ai très vite pensé que c’était la création contemporaine qui pouvait s’emparer de ces interstices un peu oubliés. J’ai d’abord rédigé un dossier d’intention qui présentait le musée des Augustins, ses enjeux et pourquoi l’art contemporain. Avec un petit groupe, nous avons commencé à réfléchir et à identifier des lieux potentiels comme ce hall des ascenseurs où la démarche de Flora Moscovici est assez vite apparue dans nos recherches. Nous avons ensuite contacté les artistes tout en restant assez ouverts pour ne pas les enfermer. Flora a répondu rapidement et très favorablement. C’est une artiste qui ne craint pas les espaces un peu complexes. « Des briques et des pastèques » est une œuvre immersive créée pour le musée des Augustins, pour ce sas de circulation entre lumière et obscurité. Elle a créé tout un nuancier de couleurs selon sa démarche, pensé à partir des matériaux environnants : la brique, la pierre, le vitrail, le bois. Le titre est emprunté à un roman post-apocalyptique de Richard Brautigan. 

Nous avons pensé à Pablo Valbuena pour un escalier peu mis en valeur, joli mais étroit et mal éclairé. Pablo a réagi de la même manière que Flora : il a reconnu l’escalier Viollet-Le-Duc comme un espace un peu difficile mais justement très inspirant.

L’artiste Pablo Valbuena réalise un enregistrement dans l’escalier Viollet-le-Duc, Mairie de Toulouse, musée des Augustins photo Sébastien Vaissière

MdF. Comment a été imaginé l’installation « Escalier spectral » de Pablo Valbuena ? 

LD. Il était important d’avoir un projet qui joue sur la lumière, éventuellement sur le son et, en cherchant les artistes qui pouvaient intervenir, son nom est apparu. Il se trouve que Pablo est originaire d’Espagne mais qu’il vit à Toulouse. Il était déjà intervenu à l’occasion du Nouveau Printemps autour du Monument à la gloire de la résistance. Cela a été assez facile d’entrer en dialogue avec lui et il s’est montré tout de suite intéressé. Le défi que représentait cet escalier lui a plu. Avec une grande économie de moyens, son installation sonore et visuelle joue sur la notion de fantôme, sur la ligne du temps aussi puisqu’il diffuse des sons captés dans ce même escalier à un moment antérieur. Cette œuvre est pensée comme évolutive, elle sera enrichie par d’autres captations des mouvements et voix des visiteurs comme du personnel du musée.

 Stéphanie Mansy dans son atelier, photo S. Mansy

MdF. L’œuvre de Stéphanie Mansy pour les jardins du cloître : quels enjeux ?

LD. Il se trouve que je connaissais Stéphanie Mansy, artiste installée à Beauvais que j’avais rencontrée lorsque j’étais directrice du Musée de Picardie à Amiens. Son travail autour de la mémoire des murs et du papier comme trace et support m’avait interpellée. C’est une artiste que les lieux en transformation intéressent, interpellent, émeuvent et inspirent. Je trouvais intéressant de transposer cette démarche dans le cloître. Elle a mené des recherches autour des colonnes mais s’est également rendue à proximité des carrières de provenance de ces colonnes dans les Pyrénées : elle a dessiné sur ce temps de résidence et collecté de la poussière dans la carrière de Saint-Béat pour imaginer cette grande composition en noir et blanc : elle a créé des œuvres d’après des croquis réalisés in situ, qui ont été agrandies au moment de leur impression sur bâches. Comme un épiderme qui réagit aux évolutions du lieu. 

Nouveau parcours de visite, musée des Augustins, Mairie de Toulouse photo Suzanne Coarer

MdF. Combien y a-t-il de personnes qui travaillent dans le musée ?

LD. Nous sommes entre 25 et 30 strictement attachés aux Augustins, en sachant que la direction des musées et des monuments est une direction mutualisée de la mairie de Toulouse et que nous nous appuyons sur différents services pour les fonctions supports (administration générale, ressources humaines et finances, surveillance, boutique…), tandis que quelques missions sont externalisées (sécurité, entretien). Donc il est difficile de vous donner un chiffre global de toutes les personnes qui concourent au fonctionnement du musée.

Cloître en cours de restauration, Mairie de Toulouse, musée des Augustins

MdF. En matière de chantier, quelles sont les prochaines étapes ? 

LD. Les prochaines étapes sont pour nous l’ouverture progressive des salles encore fermées, c’est-à-dire normalement, et selon les derniers ajustements de calendrier, les salles gothiques en juin et l’église à la fin de l’année. Une réouverture progressive qui culminera au printemps 2027 avec la fin de la restauration complète du grand cloître.

Infos pratiques :

Réouverture du musée des Augustins

Découvrir le nouveau visage du musée ! 

La thématique du ciel 

La boutique-librairie-café

Horaires :

  • Lundi 12h-18h
  • Mardi réservé aux groupes accompagnés par le musée
  • Mercredi fermé
  • Jeudi 12h-18h
  • Vendredi 12h-18h
  • Samedi 10h-18h
  • Dimanche 10h-18h

Tarifs :

(Ouverture partielle, tarifs minorés)

  • Plein tarif 5 €
  • Tarif réduit 3 €

www.augustins.toulouse. fr