Beatrix Bourdon, managing director Brafa photo Guy Kokken
Le nombre exceptionnel des galeries participantes, 147 (contre 128 en 2025), en provenance de 19 pays, donne une dimension singulière à cette 71ème édition de la Brafa Art Fair qui reste fidèle à son Adn. Beatrix Bourdon se félicite de ce nouveau chapitre sous le signe de l’exigence, de l’éclectisme et de la convivialité, alors que la TVA en Belgique a été officiellement ramenée à 6%, un signal attendu par l’ensemble des professionnels. A noter que c’est la Fondation Roi Baudouin, partenaire depuis plus de 20 ans de la foire, qui est l’invitée d’honneur de cette édition à l’occasion de ses 50 ans d’engagement. Autre nouveauté : un hall supplémentaire dédié uniquement à l’offre de restauration permettant aux visiteurs de prolonger leur expérience dans les meilleures conditions. Beatrix Bourdon revient sur les évolutions du public et des marchands, avec une ouverture à de nouvelles générations, qui apprécient de voir exposé l’art contemporain autrement. Si l’influence des réseaux sociaux est grandissante selon une tendance générale, la digitalisation n’est pas le mot d’ordre de la foire qui tient à se démarquer sur ce point.
Ross Bleckner (New York, 1949)
Pushing Daisies, 1995 courtesy de l’artiste/ Maruani Mercier
Elle a répondu à mes questions depuis Knokke, dont elle est originaire et qui garde une place particulière pour elle et sa famille, en plus d’attirer une scène artistique très dynamique dont plusieurs représentants participent à la Brafa.

Brafa 2025- A&R Fleury © Emmanuel Crooy
MdF. Quelles sont les nouveautés de cette 71ème édition ?
BB. Nous passons de 128 exposants à 147, un chiffre auquel nous pensions de loin et sans y croire vraiment. Une extension qui se fait tout en gardant la qualité et l’essence de notre propre ADN : l’éclectisme et la convivialité d’une foire qui reste une grande famille. Autant de fondamentaux qui ne vont pas bouger même si cela représente un grand pas en avant, alors que d’autres foires traversent des turbulences. On est un peu à contre-courant de ce qui se passe ailleurs. De plus, nous voulions encourager le temps de visite et de découverte de la foire avec une plus grande offre de restauration dans un Hall dédié ; que les gens puissent vraiment profiter à la fois pendant les soirs de vernissage mais également tout au long de l’évènement. Là aussi, c’est le côté bon vivant belge !

BRAFA 2025 – General view © Olivier Pirard
MdF. Quel est le profil des nouvelles galeries participantes ?
BB. En cette année particulière la Brafa réunit 24 nouveaux participants dont 11 galeries d’art ancien, ce qui est un record ! A signaler également la place de l’art contemporain et du design, notamment brésilien. La foire revendique avant tout son éclectisme.

Thomas Devaux (Marcq-en-Barœul, 1980)
Shopper 5.01, 2023 courtesy of the artist/ La Patinoire Royale
Quelle est la provenance géographique de ces nouvelles galeries ?
Principalement européennes, de Stockholm à Lisbonne, en passant par l’Italie, Monaco et l’Angleterre, sans oublier la Suisse. Mais également le Brésil et les Etats-Unis.

Pol Bury, Bracelet Boules des deux côtes d’un carré, 1968
Or, H 6 x L 6.2 cm Collection Fondation Roi Baudouin. Acquisition du Fonds Christian Bauwens en 2025, en dépôt au DIVA – Musée des bijoux, de l’orfèvrerie et du diamant, Anvers
© Dominique Provost
MdF. La TVA qui a été réduite à 6% en Belgique, un signal fort et un soulagement pour vous ?
BB. Oui cela vient d’être adopté par le parlement, c’est officiel et définitif !
C’est une excellente nouvelle pour le marché belge parce que cette loi européenne qui prétendait harmoniser instaurait en réalité une concurrence déloyale.
C’est un signal envoyé à tout le secteur, tout l’écosystème lié au marché de l’art, tous les métiers qui gravitent autour. La Brafa, est un exemple parmi d’autres.
Sachant que 80 % des galeries vendent en dessous de 5 000 euros des œuvres d’art, ce n’était pas possible avec un taux de 21%. Les galeries qui ne font pas de tels bénéfices, ne pouvaient pas rentrer dans leurs frais, entraînant la fuite possible à l’étranger des galeries les plus importantes, les autres restant bloquées en Belgique.

Fondation Roi Baudoin, Cornelis De Vos Portrait de Jan Vekemans, 1624
Huile sur panneau, H 122 cm x L 79 cm
Collection Fondation Roi Baudouin. Acquisition de la Fondation Roi Baudouin en 2006, en dépôt au Musée Mayer van den Bergh, Anvers © Steven Neyrinck
MdF. L’invitée d’honneur 2026 est la Fondation Roi Baudoin, partenaire de longue date, qu’est-il prévu à cette occasion ?
C’est la vingtième édition de la Fondation Roi Baudouin avec la Brafa et son 50ème anniversaire. Nous les avons toujours soutenus étant donné leur implication en faveur de la défense du patrimoine belge. De nombreuses acquisitions muséales sont permises grâce à eux. Cette fondation est un modèle unique en Europe. Il existe beaucoup de collectionneurs en Belgique qui veulent garder une collection spécifique, ce qui est favorisé par la Fondation. Pour eux, être à la Brafa leur permet une visibilité directe auprès d’un public qui les intéresse.
Leurs actions, outre le patrimoine concernent l’éducatif et le champ social.
A l’occasion de cette 71ème édition de la foire, ils auront un stand plus grand afin de pouvoir montrer certains chefs-d’œuvre de leur collection comme chaque année ainsi qu’un palmarès de leurs plus importantes acquisitions pendant leurs cinquante années d’existence.
De plus ils offrent au public, en ce 50 ème anniversaire et dans une dimension festive, un cycle de conférences supplémentaires, les KBF Art Talks, et des concerts quotidiens.

Fondation Roi Baudoin, Bruxelles, dentelle à l’aguille (point de gaze), vers 1860-1880
Dentelle de Bruxelles, 200 cm x 195 cm
Collection Fondation Roi Baudouin. Acquisition du Fonds Marie-Jeanne Dauchy en 2025, en dépôt au Musée Mode & Dentelle, Bruxelles © Drouot-Etude Couteau-Bégarie
MdF. Pour aller vers le programme associé, le VIP programme et le Brafa City Guide, autre point fort de la Brafa : pouvez-vous nous en préciser les contours ?
Nous proposons un programme à Bruxelles autour d’une vingtaine d’événements pendant les quatre premiers jours de la foire. A l’échelle internationale, c’est tout un réseau qui se tisse autour de la foire avec beaucoup de groupes de collectionneurs qui se déplacent. Nous leurs proposons des visites avec des ambassadeurs, des personnalités belges, collectionneurs, qui partagent leurs coups de cœur sur la foire. De plus ils peuvent aussi participer au programme VIP. Il est important pour nous de leur donner envie de revenir chaque année au mois de janvier à Bruxelles qui n’est pas Paris, Londres ou New York, ce qui nécessite un réel investissement !

Ben Storms (Ghent, 1983)
Crushed room divider, 2024 / Objets with Narratives

Brafa 2025, De Jonckheere © Olivier Pirard
MdF. Quelle évolution vous avez remarquée dans le profil des visiteurs ? Est-ce qu’ils sont plus jeunes ?
BB. Il est certain que l’art contemporain est une section qui s’est beaucoup développée ces dernières années, selon l’évolution du marché. Une influence qui, couplée à celle des réseaux sociaux et aux nouvelles façons de communiquer, se note dans le profil de notre public qui est plus jeune. Cela se ressent aussi en termes de profil de collectionneurs avec l’apparition de certains d’entre eux qui ne fréquentaient pas la foire. Nous remarquons que les collectionneurs d’art contemporain apprécient de venir à la Brafa du fait de notre offre resserrée de galeries dans ce secteur. Ils ne se sentent pas noyés ou inondés par l’offre. De plus, ils peuvent découvrir des dialogues transhistoriques ou stylistiques inédits, ce qui change d’un certain formatage habituel. Les galeries contemporaines osent des curations différentes, ce qui est stimulant.

Zao Wou-Ki, Sans titre, 1978, encre sur papier, 70 x 70 cm © ADAGP, Paris, 2025 / Courtesy Galerie Jean-François Cazeau, Paris
MdF. La place des réseaux sociaux est-elle devenue déterminante pour vous ?
BB. Pas déterminante, dans la mesure où nous éditions toujours un beau catalogue de quelques 392 pages et nous envoyons encore de très belles invitations, même si naturellement beaucoup de choses se font de manière digitale. Nous sommes fidèles à un certain public qui apprécie toujours la belle invitation, le catalogue tout en restant très réactifs aux nouvelles formes de communication. Nous jouons sur les deux tableaux, ce qui est rare aujourd’hui. Même si cela entraine certains coûts, cela fait la différence et respecte une certaine tradition de savoir-vivre.

Léon Spilliaert (Ostende 1881-1946 Brussels)
The stairs with yellow twilight, 1922 Galerie Van Herck-Eykelberg

Milan Jespers (Brussels, 1992)
Delft Woman MKII, 2020
Watercolour on paper, courtesy the artist/ Huberty & Breyne
MdF. L’IA commence-t-elle à avoir un impact sur votre foire ?
BB. Pour nous, cela n’a pas d’impact organisationnel ou décisionnel. Nous pouvons utiliser l’IA à certains moments mais cela reste limité. Il convient de préciser notre mode de fonctionnement unique, à savoir une Asbl, association sans but lucratif. Dans ce sens, il est très important que ce soient les galeries, nos exposants qui invitent leurs clients. Nous n’avons pas de fichier central ; c’est chaque galerie qui gère sa clientèle, contrairement à beaucoup de foires où les exposants doivent donner leur fichier à l’organisateur et délègue ses invitations. Même si le collectionneur peut alors recevoir plusieurs invitations, ce n’est pas un problème car il va les distribuer et de manière qualitative et ciblée.
Lire en complément mes interviews Brafa 2026 : Greta Meert Galerie, Bruxelles, Frédéric Mariën, et Raf Van Severen gallery, Anvers.
Infos pratiques :
BRAFA 2026
Dates et horaires :
Collectors’ Preview
Vendredi 23 janvier 2026 12h00 – 22h00
Exclusive Saturday
Samedi 24 janvier 2026 11h00 – 19h00
Public Days
Dimanche 25 janvier 2026 11h00 – 19h00
Lundi 26 janvier 2026 sur invitation uniquement
Mardi 27 janvier 2026 11h00 – 19h00
Mercredi 28 janvier 2026 11h00 – 19h00
Jeudi 29 janvier 2026 11h00 – 22h00
Vendredi 30 janvier 2026 11h00 – 19h00
Samedi 31 janvier 2026 11h00 – 19h00
Dimanche 1 février 2026 11h00 – 19h00
Tarifs :
Tickets vernissage
Collectors Preview – 23 Janvier 2026 160 €
Exclusive Saturday – 24 Janvier 2026 110 €
Ticket standard 35 €
Tickets combinés
1 entrée + 1 catalogue 45 €
2 entrées + 1 catalogue 80 €
Brussels Expo



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