Beauford Delaney, James Baldwin, vers 1945-1950
Huile sur toile, 61 × 45,7 cm. © Estate of Beauford Delaney, by permission of Derek L. Spratley, Esquire, Court Appointed Administrator, Courtesy of Michael Rosenfeld Gallery LLC, New York Photo Courtesy of Michael Rosenfeld Gallery LLC, New York
Exposition fleuve, ambitieuse et déconcertante à la fois, « Paris Noir » est l’un des temps forts du Centre Pompidou avant sa fermeture pour 5 ans. Les deux commissaires Alicia Knock et Eva Barois de Caevel inscrivent la démarche dans une visée patrimoniale à la fois d’expositions et d’acquisitions, entamée depuis 10 ans.
Un panorama qui souligne le rôle fondateur joué par Paris pour de nombreux artistes des diasporas comme espace refuge et élément catalyseur des luttes. Les quelques 350 œuvres de 150 artistes afrodescendants (Afrique, Amérique, Caraïbes) réunies dont certaines plus inégales, dessinent une cartographie des années 1950 à 2000 des lieux incontournables de la capitale entre Surréalisme, abstraction et expressionisme abstrait, tous réinventés. Négritude et Atlantique Noire de Léopold Sedar Senghor au poète Edouard Glissant (le Tout monde), de Wilfredo Lam à Aimé Césaire, de l’activiste James Baldwin à son mentor Beaufort Delauney, peintre de la Harlem Renaissance, des généalogies méconnues de l’histoire de l’art sont révélées comme le souligne Alicia Knock.

Clem Lawson, Angoisse sur l’escalator, 1983 Perles de verre sur bois, 92 × 73 cm
Collection Philippe Lawson © Clem Lawson, 1983. Représenté par Philippe Lawson, Avocat Photo © Centre Pompidou/Bertrand Prévost
A noter que quatre installations produites spécifiquement à cette occasion par Valérie John, Nathalie Leroy Fiévee, Jay Ramier et Shuck One. L’installation immersive bleu indigo de l’artiste martiniquaise Valérie John est le point de départ de la scénographie. Ces « Secret(s)… Rêves de pays… Fabrique à mémoire(s)… Palimpseste… » 1998 – 2025 sont comme des lieux de créolisation du monde et chargés d’histoires personnelles et collectives, selon les mots de l’artiste. L’indigo porte une charge symbolique en Afrique et aux Antilles. Chevalière des Arts et des Lettres, l’artiste a été nommée en 2022 pour le prix AWARE.
Autre temps fort du parcours la salle « Nouvelles Abstractions » autour d’un dialogue franco-américain avec des artistes comme Diagne Chanel, Clem Lawson, Mary Lovelace O’Neal ou Faith Ringgold exposée au Musée Picasso en 2023 Black is beautiful.

Mary Lovelace O’Neal, Purple Rain de la série Two Deserts, Three Winters [Deux déserts, trois hivers], vers 1990 Technique mixte et peinture acrylique sur toile, 205,7 × 350,5 cm Courtesy of the artist and Karen Jenkins-Johnson Photo © Michael Covían
Dans le sillage des cafés et clubs de jazz, la librairie Présence Africaine fondée par Alioune Diop, les ateliers auto-gérés comme les Frigos ou l’Hôpital éphémère, des associations comme la Revue Noire sont autant d’espaces alternatifs qui émergent à Paris dans les années 1980. Une effervescence tous azimuts si l’on songe que la mannequin Grace Jones ouvre la salle mythique du Palace, tandis que la mezzo-soprano Axelle Saint-Cirel a chanté la Marseillaise sur le toit du Grand Palais pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques comme cela est souligné par une vidéo. Devant, une sculpture du sculpteur sénégalais Ousmane Show rappelle sa superbe exposition sur le Pont des Arts en 1999.

Diagne Chanel, Le Garçon de Venise, 1976 Huile, pigment sur toile de lin, 162 × 130 cm
Collection de l’artiste © Adagp, Paris, 2025 Photo droits réservés
Il est parfois difficile de s’orienter dans ces méandres circulaires où l’on tombe dans l’anecdotique à certains moments. Si l’on se souvient de la remarquable exposition The Color Line au musée du Quai Branly sur les pionniers de l’activisme noir et Ex-Africa par le critique d’art et journaliste Philippe Dagen dans un volet plus contemporain, le risque est souvent d’essentialiser ces artistes en ne les présentant pas dans la chronologie même de l’art aux côtés de leurs contemporains.
Et comme le pointe dans un post le chercheur Chris Cyrille, grand absent de l’exposition comme il le déplore, licencié du musée après avoir préparé l’exposition Basquiat et l’Afrique, annulée pour cause de Covid, il y a un discours dominant qui persiste. A chacun. e de se faire son opinion.
Pour compléter, le Centre Pompidou Metz propose avec « Après la fin. Cartes pour un autre avenir » une histoire archipélique de la pensée et cartographie décoloniales en rupture avec la vision eurocentriste dominante sous le commissariat de Manuel Borja-Villel, ancien directeur du MACBA Barcelone et Museo Reina Sofia, Madrid. (lire mon article)
Catalogue Paris noir très abondant de 305 pages, disponible à la librairie encore ouverte !
Infos pratiques :
Paris noir — Circulations artistiques, luttes anticoloniales 1950 – 2000
Centre Pompidou, Paris
Jusqu’au 30 juin 2025
Podcast
https://www.centrepompidou.fr/fr/programme/agenda/evenement
Billetterie
Tarifs 17€ / TR 14€
https://billetterie.centrepompidou.fr
Programmation en résonnance dans différents lieux :
https://www.centrepompidou.fr/fr/autour-de-paris-noir/echos-a-paris-noir
Les lieux du Paris noir contemporain :