AKAA, 4ème édition l’Afrique au coeur

Anjel, Didier Claes Gallery

Avec 42 galeries, 40 pays et 130 artistes représentés la 4ème édition d’AKAA s’inscrit dans une vision élargie de l’Afrique selon la volonté de Victoria Mann fondatrice, avec une plateforme de rencontres et performances qui pour la première fois propose 3 longs métrages exceptionnels comme “Système K” de Renaud Barret tourné pendant 4 ans dans la frénésie créatrice et chaotique de Kinshasa. L’espace urbain est le thème principal de ces Rencontres AKAA. Le projet spécial de Francisco Vidal (carte blanche) pour AKAA Underground (-1) illustre bien à travers la vigueur du street art la pluralité de ces paysages de l’Afrique et ses diasporas.

L’œuvre monumentale de la nef centrale cette année est confiée à Houston Maludi (Magnin-A galerie) qui traduit la vibration de Kinshasa à travers des lignes continues monochromes très denses où se superposent des routes, des arbres, des secousses, avec une volonté d’aléatoire et de hasard.

Alexandre Kyungu (Angalia, France) explore aussi cette veine effervescente de Kinshasa dans une démarche artistique qui combine cartographie des villes et scarifications du corps humain, des incisions qui renvoient à des rites bien particuliers. “La porte”est le symbole pour lui d’une ouverture à un nouvel imaginaire où les frontières sont effacées au profit d’un nouveau territoire à investir ensemble.

Mous Lamrabat

La couverture des supports visuels est un cliché de Mous Lamrabat (galerie Number 8, Bruxelles) qui n’a pas froid aux yeux quand il s’agit de détourner les symboles, quitte à prendre des risques. L’artiste Belgo-marocain autodidacte mêle vêtements traditionnels et marques mondialisées. Ici ce sont 2 visages d’hommes, un noir et un blanc (albinos vraisemblablement) dont les yeux sont recouverts. Ils ne peuvent que se frôler. Beaucoup de sous entendus. Autre artiste de la galerie, Djeneba Aduayom d’abord passée par la danse avant d’entamer une reconversion vers la photographie.

Djeneba Aduayom

Autre belge, le marchand Didier Claes qui dévoile l’artiste camerounais Anjel (Boris Anje Tabufor) virtuose du portrait et du détail dans lequel il parsème des clins d’œil aux marques de la mondialisation. En dialogue avec des œuvres d’art africain plus classiques.

Alexis Peskine (October Gallery, Londres) De nombreuses récompenses et expositions ont fait parler de lui. Très engagé autour de l’identité il a développé une technique, l’acupeinture qui consiste en des portraits fait de multiples clous sur du bois. Une métaphore de tous ces anonymes venus chercher un meilleur destin en Europe. Une vision plus lointaine donne une 3ème dimension à l’ensemble.

LR Vandy également October Gallery se remarque de loin avec ses sculptures de coques de bateau transformées en masques, ce qui suggère là encore les périlleux voyages des migrants. Entre objet décoratif séduisant et symbole menaçant.

Fatiha Zemmouri (Galerie 38- Casablanca) vue à la foire 1:54 Marrakech, investit des matériaux divers et variés, (céramique, charbon), bruts dont les états transitoires la captivent. Ses collages à bases de cartes disent les trajectoires et migrations forcées.

Johno Mellish (THK Gallery, Afrique du Sud) interroge dans ses photographies les leurres de la représentation et du vernaculaire. D’apparence séduisante et cinématographiques, ces scènes sont redoutables de cynisme et de cruauté.

Zanele Muholi (Carole Kvasnevski) et le projet itinérant Ikhono Lasenatali. Visage de Paris Photo cette année, temps fort de la Biennale de Venise, Zanele est retournée dans sa ville natale de Durban pour y promouvoir la scène artistique en invitant 25 artistes à revisiter son œuvre “Somnyama Ngonyama”explorant sans cesse la notion de blackness et de genre.

Joseph Obanubi

Chez les français, Magnin-A déjà cité, avec l’ artiste nigérian Joseph Obanubi surréaliste Pop et Marcel Miracle géologue de formation qui a parcouru le désert tunisien pour en rapporter des trophées bruts, chantre des collages poétiques est un incontournable.

Georgina Maxim (31 Project, Paris) artiste zimbabwéenne pratique l’art de la broderie et du tissage à des fins thérapeutiques dans une narration où la mémoire familiale (deuil de sa mère) se fond sur ces histoires de vêtements de seconde main.

Vallois avec notamment Julien Vignikin (diplômé des Beaux Arts de Dijon) exposé à la Fondation Dapper en 2014, qui part d’objets récupérés dans la rue, chez les brocanteurs pour ou en Bourgogne dans les domaines vinicoles pour interroger ses racines béninoises à travers des masques qui tendent au syncrétismes des formes dans une démarche très épurée.

Solo show de Pedro Pires (This is not a White Cube, Angola) avec l’installation monumentale “Gardens” où après un mur végétal nous découvrons deux séries sur papier qui explore les relations antagonistes entre naturel et superficiel, perception et connaissance.

Du côté du design, Cheick Diallo (Bamako Art Gallery) qui a remporté le premier prix du musée des Arts Décoratifs parisien pour sa chaise Rivale et sa lampe Ifen, revendique le “Made in Mali”dans son studio de Bamako, laboratoire ouvert à tous les possibles.

Infos pratiques :

Also Kown As Africa Art & Design fair

9-11 novembre

Carreau du Temple

AKAA

Tarifs : 16/10 €