Musée national Eugène-Delacroix – Karen Knorr, Sikander’s Entrance, Chandra Mahal, Jaipur City Palace, Jaipur, 2013
© Karen Knorr – Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris
PhotoSaintGermain fête sa 15ème édition du 5 au 28 novembre 2026 autour de 38 lieux (dont plusieurs nouvelles participations) et une douzaine de projets produits ou coproduits par le festival. Parmi les temps forts que nous décrit Aurélia Mercadier, directrice, une carte blanche à la commissaire d’exposition Martha Kirszenbaum pour le Room Service de l’Hôtel La Louisiane, la poursuite du partenariat avec le CNAP avec une exposition à la galerie du Crous, la photographe Denise Colomb Quai de Solférino ou un partenariat avec Un Week-end à l’Est autour de la maison d’édition RUST à la Librairie Polonaise. Si Aurélia Mercadier peut se féliciter des chiffres de la précédente édition, elle souligne une certaine fragilité du festival malgré l’engagement de partenaires fidèles. Une zone de vigilance accrue qui concerne l’ensemble de l’écosystème. Elle a répondu à mes questions.
Combien de visiteurs pour PhotoSaintGermain 2025 ?
Quelques chiffres parlent d’eux-mêmes. L’an dernier, l’exposition Étienne-Jules Marey, chronophotographie, sciences et arts a accueilli 7 228 visiteur·euse·s au Musée d’Histoire de la Médecine. Ailleurs est imminent, l’exposition collective présentée à la galerie du Crous en partenariat avec le Cnap, en a reçu plus de 1 500 ( sur 17 jours). Le parcours étant gratuit et sans billetterie, il est difficile d’établir un chiffre global. Mais l’ampleur du festival se mesure aussi à son étendue : cette année, 38 lieux participent, dont une douzaine d’expositions produites ou coproduites par le festival.
Qu’est-ce qui explique le succès et l’adhésion du public ?
Organisé chaque année au mois de novembre, le festival s’inscrit au cœur du Mois de la Photo à Paris. En se positionnant en parallèle de la foire internationale Paris Photo, il capte un public très large.
Le festival fête sa 15e édition cette année, une preuve de longévité ! Le festival s’appuie aussi sur un ancrage local très fort, Saint-Germain-des-Prés, un quartier emblématique de la rive gauche indissociable de l’histoire des arts et des lettres et fédère l’ensemble des acteurs culturels (galeries d’art, musées, centres culturels, librairies et grandes écoles) autour d’un parcours photographique.
Nous essayons de mêler l’exigence et l’accessibilité : le parcours est gratuit et libre d’accès (à l’exception du Musée de Minéralogie cette année). Mais surtout je dirais que le public apprécie de pouvoir pénétrer dans des lieux d’exception ou insolites comme l’Institut national des jeunes aveugles, la maison d’Auguste Comte ou l’Hôtel La louisiane pour le projet Room Service.
Enfin, cette 15e édition a aussi une saveur particulière : labellisé Bicentenaire de la photographie, le festival fait la part belle aux archives, de Denise Colomb à la Commune de Paris, en passant par la collection inédite de l’Institut national des jeunes aveugles.

Park Chan-wook, Face 16, 2023
©Park Chan-wook
Quels nouveaux lieux vous rejoignent ?
Comme tous les ans, nous proposons de nouvelles collaborations qui intègrent la programmation du festival : le Musée de Minéralogie de l’École des Mines de Paris, coproduction du festival qui présentera Laure Winants, la Spirale galerie, nouvel artist-run space, la Galerie VU’, la Galerie Arnaud Lefebvre, la Librairie & Galerie Saint Michel autour d’une collection privée sur la commune de Paris, la galerie Métamorphoses avec les livres photo pour enfants ou encore la Galerie Monbrison, dédiée aux arts anciens d’Afrique et d’Océanie.
Room service revient à Hôtel de la Louisiane avec la commissaire Martha Kirszenbaum : combien avez-vous reçu de propositions ?
Cette année nous n’avons pas fait d’appel à projets et avons directement confié le commissariat à Martha Kirszenbaum, commissaire d’exposition indépendante, critique d’art et éditrice qui a choisi d’explorer le thème de la contre-culture, dans l’esprit créatif de l’hôtel La Louisiane. Cela faisait longtemps que je souhaitais travailler avec elle et le projet de Room Service était l’occasion idéale. Sa proposition métamorphose l’hôtel en un territoire affranchi, un refuge poétique où dialoguent le désir, la nuit et le refus des normes. Les 9 chambres redonnent corps aux trajectoires oubliées et aux vies clandestines à travers archives intimes et travaux contemporains.
Renouvelez-vous le dialogue avec approche ?
Malheureusement, nos calendriers et nos contraintes de temps ne nous ont pas permis de faire un projet commun cette année, alors que nous fêtons deux anniversaires : les 10 ans d’Approche et les 15 ans de PhotoSaintGermain. Mais ce n’est que partie remise ! Cette année, le festival tisse d’autres dialogues. Il inaugure une première collaboration avec Un Week-end à l’Est, qui met Cracovie à l’honneur, avec trois propositions communes à la galerie Le Minotaure, à la Librairie Polonaise et chez delpire & co. Nous célébrons aussi les 15 ans du dispositif de soutien à la photographie documentaire du Cnap, avec une exposition à la galerie du Crous. Enfin, nous poursuivons notre partenariat avec le musée de l’Armée, en présentant à la Mairie du 7e le travail de Chloé Sharrock, troisième lauréate de sa résidence photographique.
Quels festivals photo vous inspirent ?
La trentaine de festivals du réseau Lux ! La diversité et la richesse de leurs propositions sur sont très inspirantes. Cette programmation foisonnante qui a lieu sur tout le territoire toute l’année est aujourd’hui présentée à la Maison des arts de Créteil à l’occasion de l’exposition collective 200LUX (jusqu’au 19 décembre 2026)
Jugez-vous la situation des photographes préoccupante ?
En effet, elle est préoccupante pour les photographes mais aussi pour toutes les actrices et tous les acteurs du monde de la photographie. Nous passons de plus en plus de temps sur la recherche de financements au détriment de la direction artistique.
Nous tenons à rémunérer chaque artiste exposé·e dans le cadre de coproduction. Nous le faisons avec une toute petite équipe, grâce à des soutiens fidèles : la Ville de Paris, le ministère de la Culture, le Cnap, Rubis Mécénat, la Fondation Louis Roederer ou encore la Fondation Antoine de Galbert. Nous les en remercions.
Mais faute de nouveaux partenaires financiers, notre modèle atteint ses limites alors même que les besoins des artistes et les attentes du public ne cessent de croître. Notre capacité à prendre des risques, à faire vivre des projets ambitieux en activant des lieux qui nous sont propres, est déjà menacée. C’est tout un écosystème qui se trouve mis en péril.
Infos pratiques :
PhotoSaintGermain
05 – 28 novembre 2026
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