Adeline Care, Éclipse, Escondelle, 2021 Tirage jet d’encre pigmentaire 16×24cm
Courtesy Adeline Care © Adeline Care
La Maison Guerlain à l’occasion d’Art Basel Paris 2026 propose de suspendre le rythme effréné de nos agendas pour se saisir d’un moment suspendu : l’heure bleue, un entre deux, synonymes de rêve et de mélancolie où rien n’est encore joué. L’exposition « L’heure des possibles » accompagne la naissance de ce nouveau parfum autour d’une trentaine d’artistes internationaux réunis par les commissaires Benoît Baume et Hervé Mikaeloff sous le prisme des mutations de l’image, la photographie étant très présente. Ainsi de SMITH à Juliette Angel, Caroline Corbasson, Marie Bovo, Pooya Abbasian, Marguerite Bornhauser & Léa Dumayet mais aussi Christian Boltanski, Mamma Andersson, Ugo Rndinone, James Turell,..il est question de vacillements, de géographie intérieure, de mystère et de repli, Un cheminement qui se voit magnifié par les créations olfactives de Delphine Jelk, Parfumeure de la Maison connues spécialement en écho. L’un de mes coups de cœur revient au diptyque photographique d’Adeline Care, pris à Marseille à la veille d’une tempête. Dans l’imminence de l’orage… Lauréate du Prix Picto de la mode 2019, Adeline Care est diplômée de GOBELINS. Elle a répondu à mes questions.
Quelle est l’origine de cette invitation ?
C’est la galerie Fisheye, avec qui j’avais fait ma première exposition personnelle en 2020, Aitho, je brûle, qui m’a recontactée pour me proposer de participer à cette exposition autour de l’art des possibles et de l’heure bleue. Quand les commissaires m’ont parlé du projet, de cet instant un peu suspendu entre le jour et la nuit, ça m’a tout de suite parlé. C’est quelque chose qui me touche particulièrement et sur lequel je travaille déjà depuis un certain temps.
Vous saisissez Marseille juste avant la tempête : à quand remonte cette inspiration ?
C’est vraiment arrivé par hasard. J’ai toujours photographié Marseille par petites touches, par bribes, sans jamais en faire une série suivie. Et puis, il y a eu cet orage, avec des couleurs absolument exceptionnelles, que je n’avais encore jamais vues. Quand j’ai reçu les premières images de la pellicule, je me suis dit que j’avais envie de photographier Marseille sous les orages. À partir de là, je me suis mise à regarder régulièrement la météo pour pouvoir y retourner, retrouver ces conditions particulières et prolonger ces premières images, jusqu’à en faire une série.
En quoi Marseille est-elle une ville fascinante ?
Oui, tout à fait, et j’envisage même peut-être de m’y installer un jour. C’est vrai que je travaille beaucoup autour du littoral, et Marseille est un territoire qui m’intéresse particulièrement, notamment pour cette confrontation entre la nature et les paysages urbains. Il y a quelque chose dans ce contraste, dans cette rencontre parfois un peu brutale entre les deux, qui me parle beaucoup et que j’aime explorer dans mon travail.
Deux parfums ont été créés en écho aux œuvres, que pensez-vous de résultat ?
J’ai été très surprise par le réalisme des parfums, et surtout pour L’Attente. Pour moi, il évoque vraiment un orage, avec quelque chose de très parfumé, presque palpable. À l’inverse, L’Éclipse joue sur un contraste assez fort, avec des notes très sucrées, vanillées.
Je trouve que les deux parfums se répondent très bien et qu’ils entrent vraiment en résonance avec mes images. C’est assez étonnant de voir mes photographies interprétées à travers un autre sens. Ça ouvre une autre façon de les percevoir et de les ressentir.

Adeline CARE L’ Attente, Jetée des Catalans, 2023 Tirage jet d’encre pigmentaire 25 x 38 cm Courtesy Adeline Care ©Adeline Care
Les images sont de taille relativement modeste. Est-ce volontaire ?
Pour cette série, j’ai choisi des formats assez modestes, ce qui n’est pas toujours le cas dans mon travail. Ce sont vraiment de petites bribes qui finissent par raconter une histoire. Comme les fragments d’un tout.
Vous entrez en dialogue avec d’autres photographies notamment celles de de Léa Dumayet et Marguerite Bornhauser, est-ce-que cela fonctionne ?
Je trouve que toute la sélection fonctionne vraiment bien. Les artistes se répondent les uns aux autres, et il y a un véritable dialogue qui se crée autour de cette notion de bascule, de transformation de l’image. Je trouve aussi qu’il y a un travail très intéressant autour de la lumière et de ses variations.
C’est quoi selon vous une image qui marque ?
C’est vraiment cette idée d’être aspiré par l’image qui m’intéresse. Qu’on ait envie d’y revenir, qu’on se sente attiré par elle, presque happé, et qu’on puisse vraiment plonger dedans. C’est ce que j’espère provoquer avec mes images : donner envie de s’y attarder, de s’y perdre.
Vous avez été formée aux Gobelins. Que retenez-vous de ces années de formation ?
C’était vraiment une période d’expérimentation, mes premières années de recherche photographique, où j’essayais différentes choses jusqu’à trouver ce que je voulais vraiment photographier. Et je pense que, dans les dernières séries que j’ai réalisées là-bas, j’ai fini par trouver ma voie. C’est un travail autour de la disparition, de ces failles qui peuvent apparaître dans le réel, avec une forme de réalisme magique. L’idée, c’est de chercher ce qui vient troubler notre perception du réel, ce moment où les choses basculent vers quelque chose d’un peu étrange, presque irréel.
Vous vous revendiquez photographe : depuis quel moment ?
Oui, depuis l’adolescence, en fait, dès la sortie du lycée, j’avais envie d’explorer autre chose que la photographie, d’apporter quelque chose de complémentaire à ma pratique. Et le cinéma s’est imposé assez naturellement. C’est quelque chose qui est très présent dans mes images, dans la manière dont je construis mes séries. Elles prennent souvent la forme de petits contes, dans une dimension narrative et un séquençage comme au cinéma.
Les artistes présents :
Pooya Abbasian, Juliette Agnel, Mamma Andersson, Maria Appleton, Maarten Baas, Vincent Beaurin, Christian Boltanski, Marguerite Bornhauser & Léa Dumayet, Yoann Bourgeois, Marie Bovo, Adeline Care, Kaï-Chun Chang, Caroline Corbasson, Robert Couturier, Rineke Dijkstra, Melonie Foster Hennessy, Valentin Fougeray, Todd Hido, Ann Veronica Janssens, Rinko Kawauchi, Friedrich Kunath, Annette Messager, Alexandra Mocanu & Retinaa, Jack Pierson, Laure Prouvost, Ugo Rondinone, SMITH, Barthélémy Toguo, James Turrell, Paul Valéry, Xie Lei, Zao Wou-Ki.
Infos pratiques :
L’heure des possibles
Jusqu’au 15 novembre
Maison Guerlain
(dans le cadre d’Art Basel Paris)
Entrée libre
68 avenue des Champs-Élysées, Paris











