Aux sources de la Nouvelle France : la Maison Saint-Gabriel et les Filles du Roy

Vue extérieure de la Maison Saint-Gabriel, musée patrimonial et vestige du XVII ème siècle

On plonge dans l’histoire et le patrimoine aux côtés d’une femme exceptionnelle, la française Marguerite Bourgeoys, née le 17 avril 1620 à Troyes et morte le 12 janvier 1700 à Ville-Marie. Fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame fait partie des pionnières de la nation tout comme Jeanne Mance, fondatrice de l’Hôtel-Dieu. Des entrepreneuses avant l’heure, dont la vision et l’engagement définissent l’avenir de la colonie alors que les conditions d’existence à Ville-Marie restent très aléatoires, tout comme les traversées vers la France que Marguerite entreprend à 7 reprises malgré la durée (plusieurs mois) et les conditions à bord. 

Marguerite Bourgeoys, à l’origine d’une école pour les filles autochtones sur la réserve sulpicienne de La Montagne (Kanehsatà:ke) revendique une pédagogie novatrice basée sur une démarche d’intégration linguistique. Les enfants étaient encouragés à parler leur langue en plus du latin et du français.  Elle ira jusqu’à adopter un bébé Iriquois qu’elle fera baptiser. 

Il convient de souligner néanmoins certaines zones d’ombre de cette histoire si l’on songe aux conséquences de cette politique assimilationniste de la France mise en place par Samuel de Champlain et Jean-Baptiste Colbert sur les communautés des Premières Nations et la délicate question des pensionnats pour autochtones.

Mais revenons à la Maison Saint-Gabriel acquise par Marguerite en 1668 pour y accueillir les Filles du Roy. La maison devient le « quartier général » de la ferme des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame et le restera pendant plus de trois siècles.

La visite nous transporte dans toute une épopée autour de cet épisode célèbre qui contrairement à la croyance populaire, ne concerne pas des filles de mauvaise vie. 

A l’origine, entre 1663 et 1673, le roi Louis XIV envoie en Nouvelle-France près de 800 jeunes filles pour équilibrer la population et encourager la survie de la colonie.

Qui étaient les Filles du Roy ?

Majoritairement issues de milieux modestes et souvent orphelines, les Filles du Roy étaient hébergées à l’Hôpital général de Paris, aux frais du roi, en raison de leur statut particulier — filles d’officiers ou issues de familles reconnues. Curieuses, courageuses et désireuses de bâtir une nouvelle vie, elles sont accueillies à leur arrivée par Marguerite Bourgeoys et Catherine Crolo, métayère à la Maison Saint-Gabriel (alors l’ouvroir de la Providence), elles apprennent l’auto-suffisance. 

Les préjugés ont la vie dure et ces amalgames avec d’autres colonies ne correspondent pas aux critères de la Nouvelle France. En ce qui concerne leur rencontre avec des colons et contrairement aux idées reçues, ces femmes avaient le dernier mot et pouvaient refuser un candidat. De plus elles étaient protégées juridiquement par un contrat de mariage signé chez un notaire. Malgré cela, elles avaient toujours un droit de résiliation après la signature. Pour la majorité d’entre elles l’adaptation dans leurs fermes se révélaient un vrai défi agricole et domestique, devant de plus surmonter la rudesse des hivers canadiens et de nombreuses grossesses. Un choc qui reposait aussi sur leurs relations avec les autochtones. 

La ferme La Providence est très productive et ne cesse de s’agrandir au XVIIIème siècle.

Avec la construction du canal de Lachine en 1870, le paysage de la Pointe-Saint-Charles se transforme progressivement. Le quartier s’industrialise, se développe et voit sa population augmenter. Peu à peu, les terres agricoles sont morcelées : les champs de la ferme disparaissent, puis les potagers à leur tour. La ferme cesse définitivement ses activités en 1960. Cinq ans plus tard, en 1965, la Maison Saint-Gabriel est restaurée avant d’être transformée, en 1966, en musée patrimonial.

Que propose la visite De la cave au grenier ?

Parmi la large collection d’artefacts, 3000 sont exposés au public entre objets de la vie quotidienne, du mobilier artisanal, des borderies et textiles. Les pièces sont restées dans l’ambiance comme si leurs habitants venaient de partir. La salle des mariages, tout en étant modeste, est un moment fort de la visite.

En complément découvrir : le Jardin de la Nouvelle-France 

En 2000, le musée a recréé, avec la collaboration de l’ethnobotaniste Daniel Fortin, du Centre de la nature de Laval et du Jardin botanique de Montréal, un potager à la mode du 17esiècle. Ce jardin rassemble des variétés anciennes de légumes, d’herbes médicinales et de plantes condimentaires que Marguerite Bourgeoys et les Filles du Roy cultivaient pour assurer leur subsistance.

Durant la belle saison, le site extérieur s’anime avec des guides en costumes d’époque, des démonstrations de savoir-faire traditionnels et un service de terrasse pour se détendre.

Dernière occasion de découvrir les jardins avant l’automne :

Les 10 et 24 septembre 26

« au temps des récoltes » 

Infos pratiques :

Maison Saint-Gabriel, musée et site historique

2146 place Dublin, Pointe-Saint-Charles,

Montréal, QC H3K 2A2

Places limitées, réservation recommandée (consulter la billetterie horodatée).

https://maisonsaintgabriel.ca/en

https://museesmontreal.org/fr/musees/maison-saint-gabriel-musee-et-site-historique

Si vous aimez l’histoire, à ne pas manquer en complément sur la vie de Marguerite, la Chapelle de Bon-Secours sur le Vieux port, Musée et site historique Marguerite Bourgeoys. Les conditions de son arrivée, ses rêves, sa vision laïque et non cloitrée, son héritage éducatif…Le site archéologique est passionnant avec de nombreuses fouilles actives autour d’une première chapelle et d’un lieu de campement des communautés des Premières nations. De plus la vue depuis la Chapelle est à couper le souffle !

Musée et site historique Marguerite Bourgeoys

& Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours

Exposition permanente Osez Marguerite !

la visite de la Chapelle est gratuite

400, rue Saint-Paul Est,

Vieux-Montréal, QC H2Y 1H4

www.margueritebourgeoys.org

Également le musée archéologique Pointe-à-Callière déroule toute l’histoire urbaine de Montréal depuis 4500 ans. Le parcours est ponctué d’œuvres d’art autochtones et de dispositifs interactifs. Un temps fort de la visite est le Collecteur de mémoire, souterrain aménagé sur le premier égout collecteur construit au XIXème siècle. Des expositions temporaires complètent l’expérience comme l’histoire des rues de Montréal. 

Musée Pointe-à-Callière

https://pacmusee.qc.ca/fr/expositions/detail/collecteur-de-memoires