Pauline Guerrier, solo show Ad Mire, Galeria Foco 2026 courtesy de l’artiste
Alors que l’exposition « Beyond our Horizons 未知なるクリエイション、その先へ de Tokyo à Paris » vient de s’achever au 19M rencontrant un vif intérêt du public pour ses dialogues artisans et artistes contemporains, rencontre avec Pauline Guerrier qui est partie du Tako-tsubo ou « syndrome du cœur brisé » au Japon pour imaginer une série de sculptures de cœurs-objets avec les ateliers de la Maison Desrues selon le principe de l’invitation du 19M. Aux confins de la philosophie du kintsugi (réparer les failles) et du wabi-sabi (les imperfections), l’ornement rejoint, selon elle, un geste de soin, de cicatrisation et de résilience ou comment les émotions impactent les corps. Les collaborations avec les artisans sont au cœur de sa démarche.
La quête de l’identité, l’empreinte, les traces, les rituels, les blessures invisibles autant d’explorations qui passent par les voyages, les résidences, les rencontres.
Pauline, résidente à POUSH depuis le début de l’aventure traduit ce que représente cette expérience alors que le nouveau lieu à Aubervilliers a été investi par les 270 artistes. Représentée par les galeries Romero Paprocki (Paris-Milan), Stems gallery (Bruxelles) et Galeria Foco (Lisbonne), son solo show à l’occasion de Drawing Now avec Romero Paprocki autour de l’aquarelle a été l’occasion de présenter sa démarche au départ plus intime. Prochainement, Pauline est exposée par le studio Liaigre (Paris) avec comme commissaire Carlos Sicilia. On la retrouvera cet été à la Fondation Thalie Arles avec l’exposition collective « Tisser les imaginaires ». Pauline a répondu à mes questions.
Depuis quand faites-vous partie de l’aventure Poush ?
Je fais partie de l’aventure POUSH presque depuis le début. Je suis arrivée lors de la première édition à Clichy, où j’avais la chance d’avoir un atelier au quinzième étage qui me permettait de surplomber l’ensemble de Paris.
Si vous deviez en quelques mots traduire la fabrique Poush…
En quelques mots, POUSH est un véritable écosystème d’artistes, au sein duquel chacun.e évolue et échange dans un même espace de création. Cette proximité nous permet de partager aussi bien nos contacts que nos techniques, nos savoir-faire ou encore notre matériel. Il existe une grande solidarité entre les artistes qui composent ce lieu.
La possibilité d’échanger quotidiennement nous apporte également le recul et les regards extérieurs nécessaires pour prendre certaines décisions dans nos pratiques respectives. Par ailleurs, tout ce que POUSH met en place : les rencontres, les visites, les appels à projets ou les mises en relation est essentiel pour la continuité et le développement de nos carrières.

Collaboration entre Pauline Guerrier et Desrues « Beyond our Horizons » le19M © Clarisse Ain
A l’occasion de « Beyond our horizons » au 19m tout proche, vous avez imaginé des sculptures inspirées du « syndrome du cœur brisé » : que vous a permis ce dialogue ?
Ces sculptures sont inspirées du syndrome du Tako-tsubo, aussi appelé « syndrome du cœur brisé ». Ce phénomène, observé par des cardiologues japonais dans les années 1980, provoque une déformation temporaire du ventricule gauche du cœur sous l’effet d’un choc émotionnel intense. Le cœur prend alors la forme d’un « tako-tsubo », un piège à poulpe traditionnel japonais en forme de esjarre.
À travers cette série, je m’intéresse à la manière dont les émotions, les blessures invisibles et les expériences de vie peuvent transformer physiquement et symboliquement les corps. Ces sculptures deviennent alors des sortes de cœurs-objets, fragiles et puissants à la fois, recouverts de milliers de perles, de nacre, de verre et de pierres semi-précieuses.
Le travail de perlage réalisé avec les artisans de la Maison Desrues au 19M agit presque comme une réparation de la peau. J’aime l’idée que l’ornement puisse devenir un geste de soin, de cicatrisation ou de résilience. Cette réflexion fait aussi écho à la philosophie japonaise du kintsugi, qui consiste à réparer les failles plutôt qu’à les cacher, ainsi qu’au wabi-sabi, qui célèbre l’imperfection et la fragilité des choses vivantes.
Ce n’est pas votre première expérience avec le 19m : comment s’est noué ce lien entre vous ?
La première collaboration que j’ai menée avec le19M est née dans le cadre d’une invitation faite aux artistes de POUSH pour imaginer une exposition collective. À cette occasion, j’ai créé une performance réunissant une quarantaine d’artistes autour de la réalisation d’une grande tapisserie collective, produite en quelques dizaines de minutes.
Cette performance mettait en lumière les liens invisibles qui unissent les artistes entre eux, mais aussi leur relation à l’espace de création et d’exposition. C’est à travers cette invitation que j’ai commencé à explorer cette forme de travail collectif et performatif, que j’ai ensuite développée dans d’autres projets, notamment lors de ma collaboration avec le19M au Sénégal.
Revenons sur Drawing Now et le solo show de Romero Paprocki « Journal des horizons » conçu comme un carnet de voyage et au gré des résidences : quelle est la place de l’aquarelle par rapport aux autres médiums que vous explorez ?
Le travail de l’aquarelle est pour moi avant tout un travail de mémorisation du voyage. Il me permet de retenir certains phénomènes, rituels, gestes ou scènes de vie quotidienne qui me semblent essentiels et qui pourront ensuite inspirer la production d’œuvres sous d’autres formes, comme la broderie, la tapisserie ou encore la marqueterie.
L’aquarelle agit un peu comme un carnet de voyage intime. C’est un médium très spontané et personnel, qui est longtemps resté à l’abri du regard du spectateur. Pendant plusieurs années, je considérais ces œuvres comme des fragments de recherche presque privés. Ce sont mes galeristes qui m’ont encouragée à montrer davantage ce travail et à le rendre accessible au public.
Je leur en suis aujourd’hui reconnaissante, car même si cette pratique reste très intime pour moi, je suis heureuse qu’elle puisse désormais être partagée et qu’elle permette aussi de mieux comprendre l’origine et la naissance de certaines de mes œuvres.

Pauline Guerrier, Art Brussels 2026, STEMS Gallery
Vous avez de nombreuses actualités : quel est votre principal moteur ?
Mon principal moteur est d’être en permanence en réflexion autour de nouveaux sujets. J’aime approfondir une thématique presque comme un journaliste pourrait le faire, en allant nourrir mes recherches auprès de scientifiques, d’anthropologues, de botanistes ou d’autres spécialistes selon les projets.
Ce qui me porte avant tout, c’est cette envie constante de creuser, de comprendre et d’apprendre. Ces recherches deviennent ensuite la matière première de mon travail artistique et me permettent de faire naître de nouvelles œuvres, de nouveaux récits et de partager de nouvelles histoires.
Des artistes femmes qui vous ont guidé, inspiré ?
Il y en a beaucoup. Je pourrais citer Berlinde De Bruyckere, Niki de Saint Phalle, Sophie Calle, Mona Hatoum, ou encore Olga de Amaral, qui sont des artistes ayant profondément nourri ma réflexion et mon regard. Mais il y en a bien d’autres encore. Ce sont simplement les premiers noms qui me viennent à l’esprit aujourd’hui.
Qu’est-ce qu’un geste transformateur selon vous ?
À partir du moment où un artiste s’inspire d’une histoire pour en recréer une autre à sa manière, afin de lui offrir un regard différent, plus poétique ou plus humain, il s’agit pour moi du plus beau geste de transformation possible.
L’art a cette capacité de transformer notre perception des choses, de déplacer les récits et de faire émerger d’autres sensibilités. Ce geste de réinterprétation, de transmission et de métamorphose est au cœur même de la main de l’artiste
Des rêves encore à accomplir ?
Énormément. Le jour où j’arrêterai de rêver, c’est qu’il n’y aura probablement plus de raison d’être là. Je rêve encore de territoires, de voyages, de découvertes, d’hommes, d’animaux et de populations. Je rêve presque davantage de ce que je vais voir, rencontrer et ressentir que de ce que je vais créer ensuite.
Mais j’espère aussi, intimement, avoir la chance d’explorer la sculpture à des dimensions plus monumentales, afin de pouvoir créer, moi aussi, mes propres territoires et paysages. J’ai des rêves d’espaces plus vastes, d’univers plus grands, dans lesquels le spectateur pourrait s’immerger totalement.
Le dîner d’idéal selon vous : quels convives ?
Simplement des amis: artistes, musiciens, cuisiniers, des journalistes, vignerons… toutes ces personnes qui m’entourent par leur sensibilité, leur bienveillance et leurs regards sur le monde.
Mais surtout, ce qui compte pour moi, c’est leur rire, l’énergie que nous partageons et tout ce que nous adorons faire ensemble: se déguiser, danser, Ce sont ces moments de simplicité, de joie et de liberté qui rendent, à mes yeux, un dîner exceptionnel.
Votre collection secrète serait…. ?
Plus un secret si je vous le dit 😉
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