Léonore Chastagner, Sans titre, 2022 grès, courtesy de l’artiste, galerie Anne-Sarah Bénichou
La galerie Anne-Sarah Bénichou participe pour la première fois à ceramic brussels avec un duo show de Léonore Chastagner, lauréate du prix du Jury 2025 et du prix Centrale for Contemporary Art et de Juliette Minchin, autre étoile montante. Anne-Sarah Bénichou revient sur les raisons de ce choix et son expérience de la scène belge. Elle dresse un bilan contrasté de l’année 2025 pour l’ensemble des galeries en France avec de nombreuses incertitudes qui pèsent dans le prolongement de son expérience au sein du bureau du Comité Professionnel des Galeries d’Art. Elle reste malgré tout optimiste ayant conscience de l’investissement toujours plus fort à consentir. A noter que la galerie qui représente 18 artistes français et internationaux, célèbre ses 10 ans d’existence en 2026. Anne-Sarah a répondu à mes questions.
Quelles raisons vous conduisent à participer à la 3ème édition de ceramic brussels ?
C’est très simple, dans la mesure où l’on représente depuis six mois, une nouvelle artiste Léonore Chastagner, qui est la lauréate du Prix du Jury 2025 et du prix Centrale for Contemporary Art et va à ce titre bénéficier d’un espace dédié et d’une mise en valeur. On s’est dit qu’il était dommage de ne pas saisir cette occasion pour participer pleinement à la foire.
Léonore va proposer une exposition autour d’une dizaine d’œuvres, nouvelles ou non autour de son travail que l’on a découvert au 68ème Salon de Montrouge dont elle ressort lauréate. Des sculptures en céramique de petits personnages, petites maquettes, fragments de corps suspendus.
Vous avez découvert Léonore Chastagner au Salon de Montrouge, c’est bien cela ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans sa démarche ?
Cela a été un vrai coup de cœur. Je fréquente régulièrement le Salon de Montrouge et sélectionne plusieurs artistes, 4 d’entre eux de la galerie sont passés par Montrouge, véritable incubateur et rampe de lancement. Je ne choisis pas systématique des artistes chaque année là-bas mais c’est un lieu que je trouve formidable pour la découverte de la jeune création.
Le travail de Léonore ne correspondait à aucun autre travail que je défends à la galerie. Elle a une vraie singularité et de plus j’ai trouvé sa démarche d’une poésie, d’une délicatesse, d’une intelligence, assez incroyables. Nous avons discuté, au cours d’un certain nombre de rendez-vous, jusqu’à ce qu’elle accepte de rejoindre la galerie.

Juliette Minchin, Bouquet, série Lucerna, céramique, raku sur grès, courtesy de l’artiste, galerie Anne-Sarah Bénichou, ©Nicolas Brasseur
Vous proposez aussi Juliette Minchin en dialogue ? Comment allez-vous orchestrer ça ?
En effet. A la faveur de mes échanges avec Jean-Marc Dimanche et sa vision élargie de la céramique à d’autres médiums, j’ai alors pensé à Juliette Minchin. Nous allons mettre en dialogue ses céramiques, des lampes à huile anthropomorphes en raku sur grès de la série « Lucerna », inspirées de lampes funéraires du Musée archéologique de Syracuse en Sicile. Un duo-show au féminin.
Comment percevez-vous cet engouement actuel pour la céramique ?
Je ne le perçois pas forcément très bien parce que peu d’artistes de la galerie explorent ce médium. Participer à cette foire bruxelloise sera l’occasion d’élargir les perspectives. Il est certain que l’on remarque une appétence des collectionneurs pour la céramique qui correspond à un retour à une certaine matérialité et à des médiums historiques et traditionnels comme avec la peinture.
Quelles sont vos expériences avec la scène belge ?
J’ai participé à Art Bruxelles l’année dernière. Auparavant j’ai proposé une exposition dans l’espace Été 78 avec un solo show Massinissa Selmani. Des expériences très positives.
Qu’est-ce qui fait, selon vous, que cette scène est particulièrement attractive et dynamique ?
Je pense que cela tient à l’histoire des collectionneurs belges qui ont vraiment une habitude d’acquisition, un de goût pour les collections. Une tradition et un engagement dans la durée, incomparables. Ils achètent selon leurs moyens, que ce soient des œuvres très chères par esprit de spéculation ou des œuvres plus accessibles entre 1 000 et 15 000 €, dans une volonté de vivre et évoluer avec.
Allez-vous participer à la prochaine édition d’Art Brussels ?
Sans doute pas étant donné qu’il faut faire des choix en termes de foires toujours plus nombreuses. Nous allons déjà participer à Art Genève puis ceramic brussels, Drawing Now et ARCO Madrid enfin Art Basel.
Si vous deviez faire un peu un bilan de l’année 2025, qu’est-ce qui ressort, selon vous ?
Je dirais que 2025 a été une année très mouvementée avec Trump, les élections, les taxations sur les douanes, les revirements politiques en France avec une imposition éventuelle des œuvres d’art en tant que « biens improductifs »… Cela représente beaucoup d’agitation politique autour du monde de la culture et une mise en danger de notre système économique. En même temps, de notre côté, je dois reconnaitre que nous sommes satisfaits de notre année. Pour cela, on doit se battre et deux fois plus !
En termes d’écosystème, quelles évolutions avez-vous remarquées, quels nouveaux enjeux se dessinent selon vous ?
Il est compliqué de répondre à cette question car nous aimerions tous savoir comment anticiper face au changement de modèle de galerie. S’il est en train de se renouveler, on ne sait pas forcément vers quoi il va. Franchement je dois admettre que je ne sais pas.
Vous avez été membre du board du Comité des Galeries : un observatoire de choix ?
Oui une expérience très enrichissante. On se rend compte de façon générale que les galeries françaises souffrent énormément, qu’il y a de moins en moins de collectionneurs, que l’âge des collectionneurs vieillit et que le renouvellement n’est pas forcément assuré. De plus il y a énormément de galeries, peut-être trop, et de ce fait l’on assiste à une hyper-concentration du marché français en faveur des grandes enseignes. Si l’on a beaucoup parlé d’un possible ruissellement de Paris à l’arrivée de certains méga-acteurs internationaux, ce phénomène n’a pas vraiment eu lieu à notre niveau.
Votre participation à Art Basel 2026 reste un signal fort
En effet et nous allons proposer un solo show d’Elise Peroi.
La galerie fête ses 10 ans en 2026, si vous deviez choisir 3 adjectifs pour qualifier l’expérience ?
Passionnant, déroutant, fort.
Infos pratiques :
ceramic brussels
du 21 au 25 janvier 2026
Tickets : → réservez-les ici
Tour & Taxis, Bruxelles
Actuellement à la galerie :
Chourouk Hriech
« Les ciels que nous portons »
Jusqu’au 15 janvier
Galerie Anne-Sarah Benichou







