Omid Shirazi, It’s just Jelly Babe, Want Some ? 2021 courtesy de l’artist, Exposition Cloud Seven The Memorial for Those Who Did Not Fall In War
En complément de mon interview avec Evelyn Simons et Laure Decock, fondatrices d’un festival qui imprime sa marque, petit tour d’horizon au sein des différents circuits :
Cloud Seven : « The Memorial for Those Who Did Not Fall in War »
Une exposition qui vous transforme de l’intérieur et redonne confiance en la capacité de changement et d’impact de l’art contemporain. Ici, on est loin du white cube et des paillettes. Dès le seuil, il faut traverser des gravats et ce qui ressemble à des déchets avant de s’apercevoir en levant la tête qu’ils proviennent d’un grand filet. Cette installation traduit la séparation stricte des communautés imposée à Hébron au sein même de l’espace urbain donnant lieu à des situations absurdes.
Après une première occurrence à Paris au siège de l’université de Columbia, le projet de recherche arrive à Bruxelles à Cloud Seven sur l’invitation de Frédéric de Goldsmith. La commissaire Hadas Zahavi, avec Casual/ Tease (traduisible par le flirt, la taquinerie) pose la question de la distance juste face à la violence, ce qui se cache derrière une apparente banalité des images et comment les technologies de guerre irriguent flux et circuits du quotidien. Sans pathos ni complaisance, les artistes réunis rendent visibles des réalités fluctuantes, des traumatismes, des traces et contaminations dans un face à face troublant entre œuvres de la collection de Frédéric et artistes internationaux invités.
Dans la première salle, l’installation de l’artiste indienne Shilpa Gupta « Blame » soulève la question du jugement et du contrôle avec ces petites bouteilles sur étagères remplies de liquide rouge (sang artificiel) portant des étiquettes sur lesquelles il est écrit « Vous blâmer me procure un tel sentiment de bien-être. Donc je vous blâme pour ce que vous ne pouvez pas contrôler : votre religion, votre nationalité. Je veux vous blâmer. Cela me fait du bien ». L’environnement façon supermarché les rend artificiellement accessibles et banales. L’artiste en a fait une performance dans un train afin de réagir face à des conflits entre l’Inde et le Pakistan sur fond d’émeutes du Gujarat.
L’on retrouve également l’artiste palestinien Shareef Sarhan qui nous a touché avec son phare rescapé de Gaza, Re-lighthouse,sur le port de Marseille à l’occasion de l’ouverture de la Saison Méditerranée. Un symbole fort. Pour Bruxelles il propose des assiettes conçues selon le principe de l’imperfection et de la fragilité, Kintsugi, technique et principe philosophique. La gastronomie et le partage sont également au coeur de sa pratique.
Il y a aussi la gelée rouge cerise du photographe iranien basé à Paris Omid Shirazi qui avait transformé une laverie en espace informel de galerie. Avec cette cuillère photographiée en gros plan et cette adresse au regardeur « Babe, Want some ? », il surfe sur l’engouement du food porn sur les réseaux et déjoue nos attentes.
L’artiste indien Baptist Coelho, en résidence en région parisienne à la Fondation Fiminco (2021-2022), s’attache à soulever l’impact physique et psychologique de la guerre. Avec cette gerbe florale souvent posée sur les cercueils ou utilisée dans les mariages, en réalité constituée de bades de gaze médicale, de lames métalliques, les roses blanches sauvages qui poussent sur un glacier dans une zone frontalière entre l’Inde et le Pakistan perdent toute leur connotation première. La réparation, le vécu des corps, la commémoration font partie de ses recherches et questionnements.

Vue de l’exposition Cloud Seven, For Those Who Did not Fall in War, Photographe : Anatole Mélot
L’artiste sud africain installé à Bruxelles, Kendell Geers avec ces livres d’artistes perforés par des balles « Point blank », à bout portant, incarne la puissance de la résilience et l’activisme artistique. Le colonialisme, la mémoire oblitérée, la restitution du patrimoine africain sont parmi ses revendications . Ayant fui l’apartheid dès l’âge de 15 ans et arrivé à Londres en tant que réfugié politique, il a trouvé à Bruxelles une mixité unique comme il le souligne.

Vue de l’exposition Cloud Seven, For Those Who Did not Fall in War, Photographe : Anatole Mélot
L’artiste iranien Reza Aramesh basé à Londres, que j’avais découvert à l’occasion de la Biennale de Venise détourne l’imagerie héroïque de la sculpture occidentale pour redonner leur dignité à des hommes réfugiés ou des prisonniers. A partir d’images prises dans un contexte de violence il isole ces figures masculines dont l’érotisme sous-jacent renvoie aux canons de l’histoire de l’art et notamment le motif du martyr.
D’autres artistes agissent de concert sur notre regard, tandis que tout le lieu devient une caisse de résonance et un laboratoire des réflexions engagées tout le temps de l’exposition (février 2027).
Programmation spéciale Week-end d’ouverture :

Île/Mer/Froid Au centre d’un atelier ciel (Elisabeth Joulia janvier 1983), 2026 courtesy des artistes, Adagp Paris 2026
La Verrière Fondation d’entreprise Hermès, Elle/Terre/Chaude
Le duo Île/Mer/Froid constitué de Hugo Lemaire et Boris Geoffroy, livre ses dernières expérimentations menées à la Borne auprès du potier Hervé Rousseau, dans un solo show augmenté de présences, de gestes, de traces… suivant le principe curatorial qui anime Joël Riff. Comme un grand feu qui embrase et qui étreint. Les engobes, les émaux, les plantes tinctoriales pour les tentures participent d’une même éclosion brute aux côtés des sculptures du duo Daniel Dewar & Grégory Gicquel, tandis que les photographies de Marianne Marić introduisent le féminin fontaine et bousculent ces totems victorieux. Savoir-faire et transmission sont au coeur d’une démarche plurielle dans l’espace perpétuellement rejoué de la Verrière.
Dès l’entrée un rideau comme un seuil flottant constitué des expériences textiles du duo en pleine nature, bouscule la perspective. Pouvons-nous entrer ? On se glisse alors à l’intérieur de l’atrium, vaste arène, matrice, four, caverne… pour découvrir les grandes sculptures d’argile que l’on pourraient qualifier de phalliques. Puis surgit un pied géant faisant office de vase d’un autre duo, Dewar & Gicquel ou un torse masculin fragmenté et plein de boursouflures. Dans un geste de retour aux sources, Daniel Dewar a souhaité rendre hommage à son père le potier-céramiste anglais installé en Bretagne, Richard Dewar.
Parmi les autres ponts celui que dessine le corps photographié par Marianne Maric de la série Chair/Pierre entre sculpture pétrifiée, prouesse chorégraphique et sensualité retenue. Egalement la série des « Femmes fontaines » vient contrebalancer ces grands torses masculins. Du côté du peintre et musicien Julien Meert les correspondances sont moins évidentes si ce n’est les couleurs chaudes qui rappellent la combustion du four. A chacun.e de se laisser dériver pour trouver ses propres échos à la lecture du texte du potier Philippe Godderidge qui accompagne le tout.
Interview à suivre de Marianne Marianne Marić autour des liens entre céramique et photographie.
https://www.fondationdentreprisehermes.org/fr/projet/elleterrechaude-la-verriere

Installation views of Hans Op de Beeck ‘Vanishing Point’, Almine Rech Brussels,2026 / © Hans Op de Beeck – Courtesy of the Artist and Almine Rech – Photo: Hugard & Vanoverschelde
Hans Op de Beeck, Vanishing Point, Almine Rech
Vanishing Point est ce point de bascule, ce point de fuite, ce moment de suspension où tout vacille. Ce solo show de l’artiste à Bruxelles est un évènement, l’artiste ayant eu plus de nombreuses expositions en dehors de son pays. Impliquant une large palette de médiums et l’introduction de la couleur, le parcours très immersif introduit des ambiances, des émotions, des réminiscences.
https://www.alminerech.com/exhibitions/12586-hans-op-de-beeck-vanishing-point
Tatiana Trouvé, The Auxiliairies, Xavier Hufkens
Qui sont ces auxiliaires ? Après les gardiens de musée, l’artiste pour sa première exposition solo en Belgique repousse les frontières entre atelier et espace d’exposition. Dès la première salle L’Inventaire/ The Inventory, installation récente, donne le ton avec cette grammaire de style, ce répertoire de formes, cet espace de stockage aux allures de nature morte.
Les Colliers des villes /Colliers de villes composés d’objets recueillis par l’artiste au fil de ses voyages et coulés en bronze, en laiton, en acier ou en aluminium, puis peints, ces fragments deviennent autant d’itinéraires condensés et d’expériences vécues. Ils évoquent les parcours interconnectés qui traversent le roman Les Villes invisibles d’Italo Calvino (1972).
Le voyage et la temporalité sont également au cœur de la dernière version de I cento titoli /Cent titres, une œuvre dont le titre change chaque année pendant cent ans (1968–2068). Coulée en bronze, cette valise « désajustée » semble flotter entre deux formes de déplacement : l’une temporelle, l’autre conceptuelle.
https://www.xavierhufkens.com/exhibitions/the-auxiliaries

Vue de l’exposition Folkert de Jong, Old DNA, Christophe Gaillard, courtesy de l’artiste
Folkert de Jong, Old DNA, Christophe Gaillard
Première exposition personnelle de l’artiste hollandais à Bruxelles. Réunissant plusieurs installations, Old DNA invite le visiteur à questionner les récits qui lui sont transmis, les rôles qu’il est amené à endosser et les futurs qu’il imagine à partir de cette mémoire. Entre décrépitude et renaissance, héritage et invention, Folkert de Jong compose un univers où les croyances anciennes resurgissent sous des formes tour à tour inquiétantes, absurdes ou familières, révélant ainsi toute leur profonde humanité. Entre Goya et les grands maîtres flamands, ses personnages conçus en en mousse de polystyrène et en mousse de polyuréthane, matériaux polluants et toxiques, sondent les zones d’ombres des récits officiels et le grotesque caché sous une harmonie apparente. Quand la marge devient énergie et flux.
https://galeriegaillard.com/exhibitions/255-folkert-de-jong-old-dna/
Kristof Santy, Bolero, Sorry We Are Closed
On pourrait croire des trompe-l’oeil il n’en est rien. Coupe glacée, brosses, clés, débardeur, échelle suspendue, panier de fruits et légumes.. l’artiste flamand s’inscrit dans la riche tradition tout en dépassant le simple enregistrement du banal dans une mise en tension dont il a le secret. L’exposition s’étend sur les 3 étages de la galerie.
Prochainement à Bozar, à l’occasion de la rétrospective Jean Brusselmans. Peintre par nature, l’artiste contemporain a été invité à recréer deux décors aujourd’hui disparus. Une démarche singulière pour Santy, qui s’inscrit dans une véritable filiation avec Jean Brusselmans. Santy choisit délibérément de ne pas reconstituer à l’identique les images originales. Sans recourir à des projections ni à aucun procédé technique, il cherche plutôt à imaginer la manière dont Brusselmans avait autrefois conçu et construit ces décors. Plutôt qu’une reproduction fidèle, il propose ainsi une nouvelle interprétation : une œuvre qui ne cherche pas à restituer le passé, mais à le faire revivre.
http://www.sorrywereclosed.com/en/exhibitions/presentation/208/kristof-santy
Infos pratiques :
RendezVous
11-13 septembre
Itinéraires, visites, programmation…











