Art Paris 2026 : Promesses et La réparation, Prix aux artistes Sara Ouhaddou et Elsa Sahal 

Portrait de Sara Ouhaddou, lauréate du Prix BNP Paribas Banque Privée « Un regard sur la scène française », – À la recherche des étoiles je suis revenue avec des fleurs © Galerie Polaris

Parmi les nouvelles enseignes participantes (30%) à cette 28ème édition d’Art Paris, l’on remarque : Esther Schipper, In situ-fabienne leclerc, Papillon ou encore Pietro Sparta, la plupart habituées à Art Basel. D’autres reviennent et pas des moindres : Waddington Custot au moment de son ouverture à Paris au 36 rue de Seine, Galleria Continua, Almine Rech, Templon…donnant un coup d’envoi qualitatif à l’ensemble. Selon un équilibre entre global et local : 60% de galeries françaises pour 40% internationales, Art Paris revendique sa singularité autour de deux thématiques cette année : « Babel – art et langage » par Loïc Le Gall et « La réparation » par Alexia Fabre qui marque par sa justesse en cette période troublée où les vestiges, la mémoire, les récits, les soins n’ont jamais été aussi sous-jacents chez les artistes. Art Paris reste résolument prospectif avec le secteur Promesses, piloté depuis 2025 par Marc Donnadieu, véritable catalyseur, qui réunit 27 galeries sur les balcons supérieurs du Grand Palais. 

Dans le secteur général :

Galerie Polaris : Sara Ouhaddou, lauréate du Prix BNP Paribas Banque Privée « Un regard sur la scène française », 3èmeédition 

Sélectionnée parmi seize artistes nommés par le commissaire invité de l’édition 2026, Loïc Le Gall, directeur de Passerelle, centre d’art contemporain de Brest, elle s’inscrit dans le parcours thématique « Babel – Art et langage en France ».

Selon Loïc Le Gall, Sara Ouhaddou, artiste franco-marocaine née en 1986, développe une recherche centrée sur le langage envisagé comme un système de signes, façonné par des histoires culturelles, sociales et politiques souvent reléguées en marge des récits dominants. À travers la céramique, la sculpture, l’installation ou encore le dessin, son travail interroge la circulation des formes, des motifs et des gestes entre les cultures, leurs transformations, leurs transmissions, mais aussi leurs possibles disparitions.

Également sur le stand de Polaris, l’on remarque l’artiste Lassana Sarre dont la peinture regarde du côté de Manet, Goya, Velazquez tout en plaçant la figure noire en premier plan. Il va bénéficier d’une exposition au Palais de Tokyo à partir du mois de juin. 

Elsa Sahal lauréate du Prix Her Art 2026 (c) courtesy Galerie Papillon

Galerie Papillon : Elsa Sahal remporte le Prix Her Art 2026 (Marie Claire, Maison Boucheron)

Représentée par la galerie Papillon et diplôme des Beaux-arts de Paris, l’artiste française remporte le Prix Her Art 2026 pour les artistes femmes, initié par Marie Claire en partenariat avec la Maison Boucheron. Lancé en 2025, ce Prix, doté de 30 000 euros est décerné par un jury prestigieux composé de personnalités du monde de la culture et de la création, et présidé par la comédienne Louise Bourgoin, actrice et dessinatrice, vient récompenser un parcours de femme singulier et une œuvre forte qui fait bouger les lignes parmi une douzaine de finalistes sélectionnées au sein des galeries participantes d’Art Paris 2026. Le médium de prédilection d’Elsa Sahal est la céramique dont elle repousse la limite dans une volonté de bousculer le regard autour du désir au féminin. Avec audace, elle déconstruit les stéréotypes et les codes avec irrévérence et humour. 

Vue du stand Galerie Dina Vierny, Art Paris 2026 Photos © Graysc

Un appartement Art Déco par la Galerie Dina Vierny (Paris)

Il fallait oser, ils l’ont fait ! Une recréation d’un intérieur typiquement parisien qui réunirait : Madeleine Castaing, Marcel Duchamp, Judit Reigl, Pablo Picasso, Giorgio Morandi, Serge Poliakoff entre idéal antique et résurgences contemporaines :  Marcella Barceló et Stéphane Bordarier. Pour composer cet intérieur, la galerie a collaboré avec la Maison Leleu, la Maison Pouenat ainsi que la Galerie MCDE – édition Pierre Chareau.

Une ambiance feutrée qui permet le repos du regard et le calme au milieu du tumulte général. J’avais interviewé lors de la Brafa Pierre et Alexandre Lorquin, petits-fils de Dina Vierny qui incarnent avec bio la filiation dans la continuité. 

La réparation par Alexia Fabre

La vingtaine d’artistes réunis par Alexia Fabre, actuelle directrice déléguée du Centre Pompidou Francilien à Massy, sous un prisme international rejoignent quelques jalons posés lors de la dernière Biennale de Lyon. Elle soulève cette interrogation essentielle : « Tout est-il néanmoins réparable ? Le manque peut-il l’emporter sur ce qu’il reste à sauver ? Le silence a-t-il tout recouvert ? » Elle précise : « Les fils, les liens, les souvenirs, les agrafes, les mots, sont tels des ponts lancés entre les deux rives du passé et du présent ». 

Rachel Labastie (France), galerie La Forest-Divonne 

J’ai découvert l’artiste à la galerie Odile Ouizeman il y a quelques années. 

Denses ou fragiles, précieux ou bruts, les matériaux que Rachel Labastie met en œuvre traduisent, par leur usage, toute l’ambivalence de sujets complexes. Ils donnent à ressentir la tension et la blessure de corps exploités : leur fragilité et leur résilience. 

À travers un travail patient, nourri d’enquêtes de terrain et de recherches historiques et iconographiques menées sur plusieurs années, elle fait émerger de l’oubli des figures féminines invisibilisées, comme dans son projet autour des « reléguées de Guyane » présenté à l’abbaye de Maubuisson, une exposition qui m’avait marquée. 

A Bruxelles son installation conçue comme le « hors-champ » de La Mort de Marat de Jacques-Louis David (1793) pour réhabiliter Charlotte Corday et acquise par les musées Royaux des Beaux-arts, fait partie de l’accrochage actuel Art x Gender. 

Otobong Nkanga (Nigéria), In Situ, fabienne leclerc & Lumen Travo Gallery 

Née au Nigeria et aujourd’hui installée en Belgique, l’artiste a récemment fait l’objet d’une exposition remarquée au Musée d’Art moderne de Paris. Son travail, qui intègre fréquemment une dimension performative engageant son propre corps, interroge de manière récurrente les relations asymétriques héritées de l’histoire. Elle met en lumière les dommages durables causés par la domination des puissances et des industries occidentales sur les pays du Sud, et leurs répercussions profondes sur les existences comme sur les paysages.

Ces dynamiques irriguent également ses tapisseries et ses installations, où se déploie toute l’ambivalence de ces relations, entre interdépendance et déséquilibre. L’artiste y explore les tensions d’un lien symbiotique entre l’humain et la planète, marqué à la fois par ses potentialités et ses dérives : violence, prédation des ressources, exploitation des corps et des territoires, autant de forces à l’origine de destructions et de souffrances durables.

Nguyễn Duy Mạnh (Vietnam), Galerie Bao 

S’il inscrit son travail sculptural dans la tradition vietnamienne ancestrale de la céramique vernissée de Nam Sách (du XIIIe au XVIIe siècle), réputée pour son excellence, c’est pour mieux en subvertir les codes et remettre en question l’idéal de perfection qui a fondé sa renommée. Il entaille, altère, mutile les surfaces, faisant de chaque incision et de chaque blessure le cœur même de l’œuvre.

Chaque pièce, volontairement imparfaite, devient ainsi un corps vivant, une matière qui enregistre et conserve les gestes de l’artiste. 

Parfois, il recoud et répare ces plaies, esquissant une forme d’espoir au sein d’une œuvre qui donne à voir les fractures profondes de la société vietnamienne — meurtrie autant par son histoire que par une fuite en avant consumériste et moderniste que l’artiste juge peu réparatrice.

Alison Saar (USA), galerie Lelong 

L’artiste américaine a été choisie pour le monument Olympique dans le jardin Aznavour, proche du Petit Palais. 

Elle s’appuie sur des archives historiques, des images issues de la culture populaire et des traditions culturelles pour explorer les processus de mémoire et de transmission propres aux récits diasporiques. Reconnue pour son approche centrée sur la matière et son utilisation expressive de matériaux récupérés, elle développe depuis près de quarante ans une œuvre sculpturale et graphique en dialogue avec la mythologie, le folklore caribéen, l’histoire du blues et du jazz, ainsi que les expériences vécues par les femmes noires aux États-Unis.

Terase Gancedo (Espagne), Galeria RocioSantaCruz

Teresa Gancedo se renouvelle sans cesse, intégrant dans son œuvre des éléments issus d’autres cultures. Elle enrichit ainsi son univers féminin en y faisant apparaître des figures, déesses et idoles venues d’ailleurs, qu’elle réinvente pour donner naissance à un monde singulier — à la fois poétique et allégorique, évoquant autant la permanence que la fragilité et la puissance de ces présences féminines.

Dans une démarche proche d’une archéologie intime, son univers se peuple de créatures dotées de pouvoirs mystérieux, toujours en lien avec les éléments naturels — végétation, insectes — à partir de réemploi de papiers du XVIIème siècle. 

Promesses 

Anne Laure Buffard : Trio Show
Ilanit Illouz, Gregory Hodge
Yoshimi Futamura

Les tirages cristallisés au sel de Méditerranée et à la cendre d’Ilanit Illouz explorent les processus subtils de sédimentation. Les corpus Au bord du volcan et Falling Flowers d’Ilanit Illouz, réalisés dans des zones volcaniques de Méditerranée, créent un écho entre végétal et minéral qui structure le stand. 

Les sculptures de Yoshimi Futamura, mêlant grès et porcelaine, évoquent une réflexion sur le temps et les vestiges géologiques. Dans le même élan, les peintures de Gregory Hodge capturent un mouvement : ses forêts et motifs floraux, peints de manière vibrante, sont traversés d’effets de tremblement et de dédoublement rappelant le brouillage numérique ou la persistance rétinienne des écrans.

Culturi Gallery : solo show Mahalakshmi Kannappan

À l’occasion d’Art Paris, Cuturi Gallery, implantée à Singapour et à Londres et récemment installée à Paris, (Palais-Royal), met à l’honneur la sculptrice singapourienne Mahalakshmi Kannappan. Au cœur de sa pratique, les multiples nuances du noir deviennent le vecteur d’un spectre sensible d’expériences et d’émotions, déployé à travers de subtils jeux de textures. Les tonalités les plus profondes traduisent ainsi la densité et le poids du temps, tandis que les noirs plus clairs suggèrent des dynamiques de transition et de mouvement.

Bryce Delplanque, Joan Didion Woman,Society and Self Section, 2026, fusain et huile sur bois. Courtesy de l’artiste et Prima

Prima, duo show Bryce Delplanque et Gaspard Girard d’Albissin

L’hommage de Bryce Delplanque à l’écrivaine américaine Joan Didion m’a particulièrement séduit. Diplômé de la Villa Arson, résident Poush, la pratique de l’artiste explore le vocabulaire figuratif en peinture et la mécanique du regard en interrogeant la façon dont les images se fabriquent, circulent et se transforment. Après la mort de l’autrice au moment de la mise en vente aux enchères de ses biens et ses souvenirs en 2021 (bibliothèque, mobilier, carnets..) il sélectionne différents fragments qu’il photographie pour mettre en scène ce décor entre fusain, encre, aquarelle. Il va même jusqu’à recréer les fameuses lunettes portées par Joan qu’il agrandit pour s’en servir comme une toile sur laquelle il projette des images du paysage californien cher à la poète. L’ensemble de cette narration est actuellement visible à Orléans, à l’espace « Pays où le ciel est toujours bleu ». 

Écho 119 (Paris) trio : Aurore de la MorinerieManon Lanjouère et Laure Winants

Ces artistes sont réunies autour de la thématique des fonds sous-marins, toutes les trois ayant connu une expérience à bord de Tara Expéditions, ce bateau laboratoire du vivant financé par Agnès b qui parcourt les oécans. J’ai découvert Laure Winants à Hangar, Bruxelles. Artiste-chercheuse, embarquée dans des expéditions polaires à bord de la goélette Tara Expéditions, elle capture des phénomènes optiques de cette région qu’elle traduit dans des expérimentations géosensibles. Elle faisait partie de la très belle exposition Becoming Ocean à la Villa Arson dans le cadre de la Biennale des arts et de l’océan de Nice. Actuellement elle est en résidence à la Fondation Camargo, Cassis. 

Manon Lanjouère, lanceuse d’alerte, était également exposée à la Biennale des arts et de l’océan à la galerie du musée de la photographie de Nice à la suite d’une résidence à bord de Tara Expédition.

Aurore de la Morinerie a réalisé une traversée à bord de Tara des Galapagos à l’Equateur avec un carnet de croquis et un appareil photo. 

Grège Galerie (Bruxelles) : Chidy Wayne et Juliette Lemontey

Pour sa première participation à Art Paris, Grège Galerie, basée à Bruxelles, présente un duo show réunissant l’artiste espagnol Chidy Wayne et la française Juliette Lemontey. L’exposition explore les tensions du corps, pris entre présence et absence, ancrage et envol, permanence et passage.Chez Chidy Wayne, la figure humaine s’impose dans une dimension monumentale et enracinée, traversée d’intensités intérieures. À l’inverse, Juliette Lemontey privilégie une approche plus évanescente : les formes, à peine esquissées, se dérobent à la précision du détail, laissant affleurer des images fragiles, proches du souvenir et de l’impression fugace.

Porte B : Marguerite Bornhauser et Marion Flament

Pour sa première participation à Art Paris, Porte B, galerie parisienne, propose une immersion sensible où lumière et couleur se donnent à éprouver comme de véritables matières, invitant à reconfigurer la perception du temps et de l’espace. Les photographies de Marguerite Bornhauser, associées à des plaques de verre peintes, explorent les multiples états du territoire et composent une expérience sensorielle oscillant entre apparition et dissolution. En résonance, Marion Flament dévoile des œuvres issues de ses séries « Combler le jour » et « Tout a la même couleur », ainsi que plusieurs pièces de la série « Les Témoins », réalisées en collaboration avec Marguerite Bornhauser.

Pauline Renard : Lara Boyer

Fondée en 2025, Pauline Renard (Lille) galerie que j’ai interviewée à l’occasion de ceramic brussels, pour sa première participation à Art Paris, se concentre sur l’artiste Lara Bloyer et sa série Les égarées. J’ai rencontré Pauline lors d’un interview à la foire ceramics brussels 2026. Lara Bloy explore ainsi dans chacun de ses tableaux la condition humaine, l’intériorité du geste et l’intimité domestique en les inscrivant au cœur d’espaces quasi métaphysiques. 

AA galery (Casablanca) : Yasmine Hadni

Dimension domestique également avec l’artiste marocaine Yasmine Hadni mise en avant par AA gallery. Diplômée de la Villa Arson et de la School of Art Institute of Chicago, lauréate du Prix Mustaqbal de la Fondation TGCC (Maroc), elle a été en résidence à la Friche la Belle de Mai à Marseille et fait partie de l’exposition du Mucem Bonnes Mères. C’est une valeur montante de la scène marocaine. Son travail autour de la construction de l’identité au sein d’un milieu bourgeois marocain part de la sédimentation des souvenirs pour explorer la construction sociale entre fiction et réalité. 

Infos pratiques :

Art Paris 2026

Jusqu’au 12 avril 2026

Grand Palais

Billets

https://www.artparis.com/fr/tickets