100 % L’EXPO 2026 : Rencontre Julia Bonich 

Julia BONICH, DEPOSITA IN PACE IN MMXXVV 025 Courtesy de l’artiste

Parmi les 35 artistes sélecionné.es par Inès Goeffroy sur la quarantaine d’écoles d’art françaises (nouveauté !) pour la 8èmeédition de 100% L’EXPO jusqu’au 26 avril, à la Grande Halle de La Villette, l’univers de Julia Bonich a retenu mon attention. Diplômée des Beaux-arts de Marseille, elle récupère un certain nombre de jouets (ceux de son enfance dont elle a rêvé sans y accéder) pour les sublimer d’un certain nombre d’éléments bon marché liés à la représentation féminine : miroirs, dentelles, strass, peignes… le tout contribuant à effriter et mettre à mal certains mythes et légendes. Quand la préciosité et ses promesses se heurtent à la confusion et la convoitise. Julia qui a déjà été exposée à plusieurs occasions à Marseille (Spiaggia Libera), revient sur la période post-diplôme réputée comme très exigeante où elle commence à rencontrer visibilité et succès commercial. Elle a répondu à mes questions.

Julia, quelle est l’origine de votre démarche ?

Artiste franco-espagnole, diplômée des Beaux-Arts de Marseille en 2025 et en histoire de l’art, je développe une pratique ancrée dans la mémoire du désir et de l’enfance. Mon travail prend racine dans une démarche de collecte : à Marseille, je récupère dans la rue des jouets autrefois convoités, mais jamais possédés.

Animée par une véritable pulsion de réappropriation, je les restaure et les transforme, les poussant vers une forme d’excès. Surchargés, exagérés, parfois presque saturés, ces objets retrouvent une nouvelle intensité visuelle, gagnant en éclat et en présence.

Au cœur de ma démarche se déploie ainsi l’idée d’un prolongement de la convoitise : ces jouets, autrefois désirés, deviennent aujourd’hui le support d’une réinvention plastique. J’y injecte de nouveaux codes — ceux de la préciosité, de la séduction et d’une ornementation foisonnante — prolongeant et reconfigurant le désir initial à travers une esthétique de la profusion.

Qu’est-ce-qui se joue dans vos installations ? 

Au centre, l’installation articulée autour de la fontaine évoque une présence laiteuse, presque organique. Elle s’inscrit dans un ensemble plus vaste réalisé pour mon diplôme aux Beaux-Arts de Marseille l’année dernière. J’y avais conçu un environnement immersif, proche du décor total, comprenant notamment une coiffeuse, des lits, et une grotte installée au cœur de l’école. Ici, je présente une sélection de cet ensemble, en collaboration avec Inès Geoffroy.

Ayant grandi en Espagne, j’ai été très tôt confrontée à des objets rituels marqués par une forte brillance, liés à des formes de sacralisation particulièrement puissantes. Je cherche à désacraliser ces imaginaires en produisant des formes de « fausses reliques », réalisées à partir de matériaux précaires. 

J’ai poursuivi des recherches liées à l’imagerie de la féminité depuis l’Antiquité, notamment à travers des espaces comme les gynécées, ces chambres historiquement réservées aux femmes. J’explore la manière dont ces représentations ont traversé le temps, se transformant et se diffusant dans l’histoire de l’art.

Ce qui m’intéresse, c’est la façon dont cette imagerie s’est progressivement fluidifiée, glissant des espaces antiques vers des formes plus contemporaines, jusqu’à se retrouver dans les contes, et dans les jouets. Mon travail s’inscrit dans cette forme de continuité. 

Quels ont été vos partis pris scénographiques avec Inès Geoffroy ? 

Avec Inès Geoffroy, j’ai souhaité imaginer un décor volontairement délaissé, comme figé dans une forme de rancœur fossilisée. Cet environnement convoque des récits issus de contes intergénérationnels, souvent traversés par des structures patriarcales.

J’y propose un espace où tout devient relique ou vestige, vidé de toute promesse narrative : il n’y a ni miracle, ni prince, ni baiser, ni résurrection ! 

Quelles sont vos impressions sur cette période post-diplôme, réputée comme difficile pour les artistes ?

Récemment diplômée en juin dernier, j’ai encore de peu de recul. Néanmoins, depuis environ deux ans, mon travail connaît une dynamique encourageante, notamment à l’international. J’ai ainsi eu l’opportunité de présenter mes œuvres dans le cadre de la Vienna Design Week, entre autres manifestations.

Parallèlement, la réception commerciale de mon travail s’avère positive, avec des ventes régulières. Avant l’obtention de mon diplôme, j’ai eu l’opportunité d’exposer en galerie, à Marseille et à Paris. Ces opportunités s’expliquent peut-être car je travaille des esthétiques qui dégagent un fort pouvoir d’attraction.

Où avez-vous été exposée à Marseille ? 

A Marseille, j’ai participé à l’exposition collective « Désenchantée » à Spiaggia Libera lors d’art-o-rama 2025. 

J’ai également été exposée dans plusieurs artist-run spaces marseillais : spf.cinquante, Shifting Frames ou encore Agent Troublant.

Infos pratiques :

100% L’EXPO

8ème édition 

Grande Halle, La Villette 

Du 8 au 26 avril 2026 

www.lavillette.com