Bilan Salon du dessin 2026 : une dynamique plus que jamais internationale ! 

Salon du dessin 2026 vue du stand Laforeste-Divonne galerie photo Tanguy de Montesson

Florence Chibret-Plaussu, directrice Galerie La Présidence, que j’avais interviewée avant le coup d’envoi, restait positive malgré un contexte global tendu. Elle a vu juste tant cette édition dont elle assure à présent la co-présidence avec Hervé Aaron, a conforté l’élan et l’exigence générale du Salon du dessin. Elle déclare dans ce sens :  

« Une très belle édition 2026 avec beaucoup de conservateurs de musées dont de nouveaux musées et collectionneurs américains, nous permettant de rencontrer notre public et de faire de nombreuses ventes »

Avec plus de 14 000 visiteurs, dont 2300 réunis dès le vernissage, des centaines de dessins acquis et près de 500 conservateurs venus du monde entier, la 34ème édition du Salon du dessin s’impose. Une réussite française à l’échelle mondiale. 

Les institutions, nombreuses, affluaient des États-Unis comme de toute l’Europe, procédant à leurs acquisitions dans une atmosphère d’effervescence studieuse. Au détour des allées, l’on pouvait croiser les représentants du Metropolitan Museum of Art de New York, du Getty Museum de Los Angeles, du Musée d’art de Cleveland, du Rijksmuseum d’Amsterdam, du Staatliche Museum de Karlsruhe, de la Hamburger Kunsthalle de Hambourg, du Musée des Beaux-Arts d’Ottawa, du British Museum ou encore du National Museum de Stockholm.

Les grands musées français n’étaient pas en reste : le Louvre, le Petit Palais, le Musée d’Orsay, le Centre Pompidou, ainsi que les châteaux de Fontainebleau, de Chantilly et de Versailles comptaient parmi les présents, aux côtés de nombreuses institutions régionales, d’Amiens à Lille, en passant par Dijon, Orléans et Rennes.

Vue générale MuMa, invité d’honneur 2026 photo Tanguy de Montesson

Invité d’honneur de cette édition, le MuMA du Havre contribuait à l’éclat de l’événement.

Du côté de l’émergence, la Fondation Daniel et Florence Guerlain a décerné son dix-neuvième Prix de dessin contemporain à l’artiste néerlandaise Renie Spoelstra, déjouant un certain nombre de pronostics en faveur de l’artiste française Cathryn Boch représentée par la galerie Papillon (Paris). 

Fondation Daniel et Florence Guerlain, Prix de dessin contemporain, proposition de Cathryn Boch photo Tanguy de Montesson

Du côté des solos shows nombreux, le londonien James Butterwick révélait un solo show très remarqué par les visiteurs et collectionneurs, qui découvraient l’œuvre de l’artiste ukrainien Dmitry Lebedev (1899-1922) décédé prématurément en 1922 à l’âge de 23 ans. Stéphane Danant (Galerie Demisch Danant), nouveau participant, faisait une exposition formidable consacrée à Eugène Isabey, qui eut les faveurs du MET et du Getty dès l’ouverture, tandis que plusieurs autres œuvres étaient rapidement cédées à des collectionneurs. La galerie Françoise Livinec qui faisait deux expositions monographiques consacrées aux femmes artistes Yahne Le Toumelin (1923-2023) et Natalia Gontcharova (1881-1962), cédait une quinzaine d’œuvres.

Yahne Le Toumelin (1923-2023) Sans titre, c.1955

Huile sur papier 17,5 x 18 cm ©Galerie Françoise Livinec

Du côté de l’art moderne, les stands offraient un saisissant théâtre de transactions et de redécouvertes. La galerie Dina Vierny présentait ainsi une mine de plomb sur papier de Pablo Picasso, réalisée en 1920 et figurant un nu debout, proposée autour de cent mille euros.

La galerie Berès, quant à elle, concluait promptement la vente d’une tête cubiste d’Henri Laurens, datée de 1918, acquise par un collectionneur absent de ses registres depuis trois décennies ; elle cédait également un dessin recto-verso de Pierre Bonnard, représentant une femme et son chien, à un amateur de renom.

À la galerie Traits Noirs, L’Ânier de Jean Dubuffet, technique mixte sur papier de 1949, suscitait un engouement tel qu’il aurait pu être vendu à maintes reprises avant de rejoindre une collection mexicaine. La même galerie proposait aussi une encre d’Eugène Delacroix, Étude d’homme allongé, issue de l’ancienne collection de Richard Garcia.

La galerie Stern Pissarro enregistrait de belles ventes, notamment une nature morte de Morandi datée de 1928, un dessin de Picasso figurant une colombe vers 1953, une feuille de Camille Pissarro ainsi qu’un portrait de Paul Cézanne signé par son fils, Georges Manzana Pissarro.

Serge Poliakoff (1900 -1969) Composition abstraite, circa. 1958

Gouache sur papier – 65,5 cm x 48 cm ©Galerie Laurentin

Au centre du stand de la galerie Antoine Laurentin trônait une imposante gouache de 1958 de Serge Poliakoff, dont la singularité ne manqua pas de séduire les collectionneurs. La galerie de la Présidence cédait pour sa part un remarquable fusain de Suzanne Valadon, aux côtés de plusieurs œuvres de Sonia Delaunay, réunies en un ensemble cohérent occupant tout un pan de mur.

La galerie Alexis Pentcheff se distinguait par la diversité de son accrochage, vendant des dessins de Paul Signac, Paul Jouve et Henri-Edmond Cross, ainsi qu’une trentaine de feuilles de Pierre Bonnard issues de la succession Françoise Terrasse, proposées entre mille et quatre mille euros. Bonnard était également mis à l’honneur à la galerie AB, qui présentait notamment un délicat portrait à la pierre noire de Berthe Schaëdlin, assise dans un intérieur vers 1892.

Vue du stand Galerie Jean-François Cazeau © Photo : Galerie Jean-François Cazeau, Paris

Parmi les nouveaux venus, la galerie Jean-François Cazeau se signalait en vendant dès le vernissage une œuvre d’André Masson ainsi qu’une encre de T’Ang Haywen. Elle exposait en outre le plus grand format du Salon : une feuille monumentale de Bernard Requichot, artiste au destin fulgurant, dont la carrière, brève mais intense, fut soutenue par le galeriste Daniel Cordier et demeure aujourd’hui largement représentée dans les collections du Centre Pompidou. Intitulée Les reptiles ensevelis, cette encre et gouache de 1957 trouvait acquéreur auprès d’un collectionneur français.

Enfin, la galerie La Forest Divonne, nouvellement admise au Salon, présentait des artistes contemporains tels que Vincent Bioulès et Alexandre Hollan. Elle se déclarait particulièrement satisfaite de sa participation, soulignant qu’exposer au Salon du dessin contribue à inscrire les artistes dans une véritable reconnaissance institutionnelle.  Jean de Malherbe, directeur, a répondu à mes questions (relire son interview). 

Louis Léopold BOILLY (1761-1845)

Portrait de Blanche Charlotte de Roncherolles, comtesse de Ferragut (1791-1862) Pierre noire, estompe et rehauts de blanc, 240 x 185 mm Porte au revers une étiquette ancienne portant l’inscription « Blanche Charlotte de Roncherolles / comtesse de Ferragut / née à la Guadeloupe / morte à Paris en 1862 »  Dessin inédit qui sera inclus au supplément du Catalogue Raisonné de L.L. Boilly, par MM. Bréton et Zuber ©Didier Aaron & Cie

Dans le domaine de l’art ancien, les galeries ont connu une effervescence remarquable, chacune rivalisant de prestige et de rareté. La galerie Didier Aaron & Cie dont le directeur Hervé Aaron assure la co-présidence, céda rapidement à un collectionneur américain un pastel de Jean Pillement (1728-1808), Paysage de forêt avec des bergers, d’une fraîcheur saisissante. Elle vendait également une sanguine de François Boucher, Feuille d’étude avec deux putti, dessin préparatoire à la grande composition L’Aurore et Céphaleconservée au Yamazaki Mazak Museum de Nagoya, à un collectionneur français, ainsi qu’un dessin inédit de Léopold Boilly (1761-1845) représentant Blanche Charlotte de Roncherolles, comtesse de Ferragut, acquis par un musée allemand.

La galerie anversoise Lowet de Wotrenge, participant pour la première fois au Salon du dessin, écoulait une dizaine de dessins, dont trois rejoignaient des musées français et étrangers, et notamment le saisissant Portrait de l’archevêque Philippus Rovenius par Cornelis Wisscher (1628/29–1658).

Vue générale Salon du dessin 2026 photo Tanguy de Montesson

La galerie Terrades cédait rapidement un très beau dessin à la pierre noire de Charles Le Brun (1619-1690), La fidélité distinguant la Religion et la Justice royale, allégorie en l’honneur de François Sublet de Noyers, vers 1640. La galerie de Bayser, quant à elle, vendait une vingtaine de pièces, dont deux magnifiques allégories de Grégoire Huret (1606-1670), acquises dès le vernissage par un collectionneur américain pour cent mille euros, destinées à un musée. Elle cédait également Autoportrait à l’antiquaire, 1851, d’Adolph von Menzel (1815-1905), une sanguine de Tête d’homme barbu de Domenico Beccafumi (1486-1551) et Tête de jeune femme endormie, crayon noir et rehauts de craie blanche sur papier bleu, de Dominique Papety (1815-1849).

N’oublions pas de souligner le rôle essentiel joué par Louis de Bayser, président du Salon du dessin que j’ai interviewé à plusieurs reprises durant son mandat. Sa vision engagée et ouverte a su rassembler et convaincre. 

La galerie Michel Descours vendait trois pièces de Louis Cretey (1643-1713) tandis que cinq autres étaient réservées, et laissait partir La décollation de saint Jean-Baptiste, un très beau dessin à la pierre noire, sanguine et aquarelle de Jean-Louis Appian (1862-1896).

Enfin, la galerie Paul Prouté enregistrait la vente de 35 dessins, parmi lesquels une étude pour une fresque représentant un chasseur de 1897 de Fernand Cormon (1845-1924), réservée par le Musée du Petit Palais, et un dessin de Merry-Joseph Blondel (1781-1853), Archer nu vers 1820, acquis par le Musée de Fontainebleau.

Rendez-vous l’année prochaine pour la 35ème édition ! 

du 7 au 12 avril 2027

www.salondudessin.com