Art Brussels, 42ème édition : Interview Nele Verhaeren, directrice générale 

Art Brussels 2025, vue générale photo David Plas

Avec un nombre de galeries volontairement ciblé à 139, la 42ème édition d’Art Brussels qui se tient du 23 au 26 avril dans les halls 5 et 6 de Brussels Expo, affiche un changement de direction audacieux autour d’une expérience de visite  plus qualitative. Parmi les nouveautés 2026 : la nouvelle section “Horizons” dédiée aux grands formats sous le commissariat de Devrim Bayar (KANAL-Centre Pompidou), un hommage aux galeristes belges avec « Not Everything Is For Sale » par le journaliste et commissaire Bernard Micelis ou encore le projet artistique de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Nele Verhaeren souligne un recentrage régional et une internationalisation constante, Bruxelles offrant une véritable densité culturelle et géographique et une circulation des idées et des publics. Elle se félicite du nombre de solo show (26) soulignant un réel engagement curatorial. Nele a répondu à mes questions. 

En quoi le format plus compact de la foire cette année (16% d’exposants de moins qu’en 2025) favorise-t-il une meilleure expérience de visite ? 

Le format plus compact est un véritable choix de modèle. Nous avons voulu éviter la “course à la taille”, qui conduit souvent à une saturation visuelle et à une fatigue du visiteur. Réunir 139 galeries dans une configuration plus resserrée permet de proposer un parcours plus clair, où l’on peut réellement voir les œuvres plutôt que de simplement les survoler.

Ce format favorise aussi les échanges : les collectionneurs et les professionnels ont davantage de temps et d’espace mental pour discuter avec les galeristes, revenir sur certains stands, découvrir des artistes dans de meilleures conditions. Cela renforce la qualité des rencontres, plutôt que de multiplier les contacts superficiels.

Enfin, cette compacité s’inscrit dans une attente très nette du public d’aujourd’hui : ils recherchent moins un marathon de stands qu’une expérience lisible, dense et bien éditée. Une foire plus concentrée, avec un haut niveau de sélection, valorise le travail des galeries et rend la visite plus agréable et plus efficace, que l’on soit collectionneur confirmé ou visiteur curieux.

A quoi correspond cette baisse du nombre d’exposants ?

Il est important de rappeler que ce chiffre n’a rien d’alarmant ou d’étrange. Depuis que je suis impliquée dans la foire (depuis 2006), le nombre de galeries a toujours oscillé entre 130 et 190. Cette année, nous accueillons 139 galeries de 26 pays, avec une très belle sélection de galeries reconnues.


Nous travaillons avec deux comités de sélection, qui se concentrent avant tout sur la qualité des candidatures, sans objectif chiffré. Le nombre de galeries dans Discovery est identique à l’an dernier ; la légère baisse vient uniquement de Prime, dédiée aux artistes mid-career et établis. À noter que 85 % des galeries de Prime reviennent, et que 65 % de nos galeries sont fidèles, ce qui montre un réel attachement à Art Brussels.

Par ailleurs, participer à une foire est devenu un choix hautement stratégique. Beaucoup de galeries privilégient aujourd’hui les foires régionales, limitent leurs déplacements à l’étranger et réduisent les participations intercontinentales, en raison de la multiplication des foires, de la hausse des coûts (transport, assurance, énergie) et d’un contexte mondial peu propice aux voyages.

Dans ce contexte, la Belgique reste très attractive, grâce à une base solide de collectionneurs et à sa position au cœur de l’Europe. La baisse de 16 % du nombre d’exposants reflète donc surtout une sélection exigeante et une évolution structurelle du marché, plutôt qu’un simple effet conjoncturel des crises.

Art Brussels 2025, photo David Plas

Vous déclarez : La Belgique est peut-être petite, mais elle est exceptionnellement bien connectée.  Cette année, 29% de nos galeries sont belges, parmi un total de 26 pays représentés. Que traduisent ces chiffres ? 


Quand je dis que « la Belgique est peut-être petite, mais elle est exceptionnellement bien connectée », cela se reflète très clairement dans la composition d’Art Brussels cette année.

Nous accueillons des galeries provenant de 26 pays : 29 % sont belges et 29 % viennent de nos pays limitrophes, dont 17 % de la France. Autrement dit, 58 % de nos exposants viennent de notre région immédiate, ce qui correspond à une tendance de fond du marché : un recentrage sur des scènes régionales très fortes, où la qualité artistique est au rendez-vous et où la base de collectionneurs est particulièrement active.

En parallèle, 10 % des galeries proviennent de l’extérieur de l’Europe, même si le cœur de la foire reste européen (90 % des exposants viennent du continent). 

Ce qui est particulièrement remarquable cette année, c’est le retour de trois galeries autrichiennes majeures, installées à Vienne, dont nous sommes très fiers : Krinzinger, Galerie Elisabeth & Klaus Thoman et Galerie nächst St. Stephan Rosemarie Schwarzwälder. Ce sont d’anciens exposants d’il y a plusieurs années, et leur décision de revenir à Art Brussels est pour nous un signal très fort de confiance dans la foire et sa communauté.

Ensuite, la Belgique est remarquablement bien connectée en termes de réseaux et de communautés. Il existe ici une tradition de collection très solide, avec des collectionneurs curieux, exigeants et engagés, en dialogue constant avec les galeries et les artistes, en Belgique comme à l’étranger. Bruxelles est devenue un point de rencontre naturel : entre les institutions, les espaces indépendants, les fondations privées et les galeries, la circulation des idées et des publics est permanente.

Enfin, la “petite taille” du pays est presque un avantage : les distances sont courtes (venant de Paris, Londres, Köln ou Amsterdam), les synergies rapides, et il est possible, en quelques jours, de visiter la foire, découvrir plusieurs expositions en ville, rencontrer des galeristes, des artistes et des collectionneurs. Cette densité géographique et culturelle contribue fortement à l’internationalisation d’Art Brussels : pour beaucoup de galeries, venir ici, c’est bénéficier d’un concentré de contacts, de visibilité et de rencontres de très haut niveau, dans un format à la fois efficace et convivial.

Robin WEN, Fleur, 2025, ballpoint pen on paper, 130 x 97 cm Photo @ the artist, Belgian Gallery

On remarque un nombre important de SOLO SHOW avec 26 stands : quelles propositions se dégagent ? 

Il y a 26 artistes impliqués, représentés par 26 galeries venant de 15 pays différents. 42 % des artistes sont des femmes, et tous les artistes présentés sont vivants. Un prix sera attribué à la présentation la plus convaincante, jugée par un jury international.

L’offre est très variée. Parmi les propositions , pour en citer quelques-unes, on trouve des peintres comme Ritsart Gobyn (Sofie Van de Velde), spécialisé dans le trompe-l’œil, ou Loïc Zeebroek avec ses paysages marqués par une absence de la figure humaine. Les peintures figuratives plus théâtrales de Patrizio Di Massimo (rodolphe janssen) côtoient le travail de Nicola Tyson (Nino Mier), qui présente des figures féminines déformées. Johnny Abrahams (Vigo Gallery), quant à lui, propose des œuvres méditatives, nourries par ses voyages au Japon. Les peintres Lais Amaral (Mendes Wood DM) et Cassi Namoda (Xavier Hufkens) sont toutes deux influencées par des expériences personnelles et des contextes socio-politiques. Le travail d’Amaral s’inscrit notamment dans le paysage socio-politique brésilien, abordant des questions telles que la dégradation environnementale ainsi que les identités raciales et de genre. Chez Namoda, la notion de diaspora africaine est centrale, tout comme les références à l’histoire de l’art moderne.

Certains artistes travaillent le textile, comme Lawrence Calver (De Brock Gallery), formé dans la mode, qui crée des œuvres bidimensionnelles à partir de différents tissus, ou Ria Bosman (Tatjana Pieters). D’autres intègrent le textile dans des œuvres sculpturales, comme Joana Vasconcelos (Artemis) ou Stéphanie Baechler (Whitehouse Gallery). Herman de Vries (Settantotto) développe quant à lui une pratique fondée sur des matériaux organiques, explorant la relation entre l’homme et la nature.

Enfin, parmi les artistes remarquables en sculpture, on peut citer Sopheap Pich (Axel Vervoordt), qui réalise des formes organiques minimalistes en bois. Dans un registre également minimaliste mais plus rigide, on peut penser aux sculptures avec des référence à l’architecture de Renate Nicolodi (Ron Mandos).

Art Brussels 2025 photo David Plas

La section ’68 Forward se poursuit autour de 11 galeries : que permettent ces dialogues ? 


’68 Forward fait référence à l’histoire de la foire, lancée en 1968 sous le nom de Foire d’art Actuel. La section se concentre sur la période 1968-2000, une période de création très variée, explorant toutes sortes de techniques et de pratiques, encore influente pour les artistes du XXIᵉ siècle. Elle permet à la fois des redécouvertes et de voir des œuvres d’artistes établis.

À titre d’exemple, la galerie Isabel Hurley (Malaga) présente des peintures de trois artistes nés dans les années 1940 et 1950 — Cybéle Varela (Brésil), Pepa Caballero (Espagne) et Chema Cobo (Espagne) — réalisées entre les années 1970 et 1990. Les œuvres montrent une grande diversité de techniques et de styles, combinant abstraction, figuration et explorations formelles, tout en reflétant des enjeux personnels et socio-politiques. 

Autre exemple, le stand de Studio G7 (Bologne) réunit Franco Guerzoni, Giulio Paolini et David Tremlett, trois artistes dont le travail a été façonné dès la fin des années 1960 par des questionnements toujours actuels. Appartenant à des générations différentes, ils ont redéfini l’image, le rôle du spectateur et l’espace de l’exposition. Leur pratique reste active, ouverte et en mouvement, parlant toujours au présent.

Gommaar Gilliams, Rosenblad, 2025
Oil, oil stick, acrylic on painted and stitched fabrics courtesy the artist, Sofie van de Velde

Parmi les nouveautés, la section Horizons autour de 7 œuvres monumentales confiée à Devrim Bayar : quels enjeux ? 

La section Horizons présente sept œuvres monumentales sélectionnées par Devrim Bayar, offrant aux artistes l’espace et la liberté de déployer pleinement leurs propositions. Cette sélection intergénérationnelle (il y en a deux artistes non vivant) et pluri média (peinture, sculpture, design, tapisserie) explore des motifs architecturaux revisités, des espaces méditatifs et des formes picturales énergétiques. Elle interroge la monumentalité, le regard et les récits qui traversent nos sociétés, tout en affirmant la diversité et l’ambition de la création contemporaine.

Precious Okoyomon, Trauma slut, 2025
polyurethane, polyamide, flocking, acrylic paint, resin, clear, varnish, sillicone, synthetic ceramic, polyvinyl chloride foil, tulle and lace
Courtesy of the artist and Mendes Wood DM, São Paulo, Brussels, Paris, New York
Photo credit: Nicolas Brasseur

Également « Not Everything Is For Sale », hommage aux galeristes belges sous la direction artistique de Bernard Marcelis :  pourquoi ce focus ? 

Pour nous, il est important de souligner les galeristes qui nous soutiennent depuis des années et qui ont marqué le paysage de l’art contemporain et le marché belge. Cette exposition, la neuvième dans le cadre du partenariat entre Art Brussels et Stibbe (un cabinet juridique de premier plan basé au Benelux), rend hommage aux galeries belges ou installées en Belgique dont l’activité remonte à au moins vingt-cinq ans. 

Quinze galeristes participent à cette édition, parmi lesquels Daniel Templon, actif depuis 60 ans, ainsi que d’autres figures emblématiques du marché belge. Templon a choisi un portrait de Leo Castelli réalisé par Andy Warhol, Xavier Hufkens une œuvre de Walter Swennen, et Greta Meert une pièce de Jeff Wall. L’ensemble est particulièrement riche et révélateur. Chacun a été invité à sélectionner une œuvre qu’il ne voudrait jamais quitter et à en expliquer le sens, offrant ainsi un aperçu de leur parcours personnel, de leur relation avec l’art et de plusieurs décennies d’histoire de la création contemporaine. Cette dimension humaine, parfois surprenante, constitue l’un des points forts de l’exposition et propose de nouvelles perspectives sur le rôle du galeriste, au-delà de l’aspect commercial.

Zélie Nguyen, Le promeneur de feu, 2025 courtesy the artist, By Lara Sedbon

L’art Advisory Desk arrive d’Anvers : à qui correspond selon vous le succès de cette formule ? 

Le succès de l’Art Advisory Desk repose sur sa capacité à créer un véritable lien entre visiteurs et galeries. Nous avons lancé cette idée pour la première fois à Art Antwerp en décembre, et la formule a immédiatement rencontré son public. À Art Brussels, nous présentons désormais la version 2.0 : il est possible de prendre des réservations, plus d’expertes sont présentes, et un espace confidentiel permet de discuter avant de commencer son parcours avec un expert. L’objectif reste le même : faire du « matchmaking » entre le galeriste et le curieux, amateur d’art ou collectionneur.

Grâce à nos experts, chaque visiteur peut découvrir des œuvres adaptées à ses goûts et à ses ambitions, comprendre le contexte des pièces et bénéficier de conseils personnalisés. La formule rend l’expérience d’achat d’art plus accessible, transparente et agréable, tout en valorisant le dialogue avec les galeristes.

L’installation à l’entrée de la foire est confiée à l’artiste Natasja Mabesoone, représentée par la galerie Sofie Van de Velde : un signal fort, comment est choisie la proposition chaque année ?

L’installation à l’entrée de la foire est confiée cette année à l’artiste Natasja Mabesoone, représentée par la galerie Sofie Van de Velde, ce qui constitue un signal fort. Chaque année, nous choisissons la proposition en pensant avant tout à soutenir notre propre écosystème. Il pourrait sembler plus naturel de faire appel à un architecte pour repenser l’entrée, mais en tant que foire d’art, nous voulons créer des opportunités pour les artistes qui ont un lien avec la foire à travers leur galerie. 

Il est évidemment essentiel de travailler avec des artistes ayant une vraie notion de l’espace, capables de prendre en compte les multiples contraintes comme les desks, le sens de circulation du public, et la fonction première de l’entrée. J’ai invité Natasja Mabesoone sur la base des expositions que j’avais vues, en appréciant sa capacité à penser dans l’espace et à créer un univers unique, sans qu’on me l’ait suggéré. L’année passée, nous avions travaillé avec Céline Conderelli, représentée par Vera Cortes.

Le stand de la Fédération Wallonie Bruxelles est transformé par Bertrand Cavalier sous la curation d’Olivier Grasser en « états d’espace » : une nouvelle expérience. 

Sous la curatelle d’Olivier Grasser, Bertrand Cavalier transforme le stand de la Fédération Wallonie-Bruxelles en une expérience immersive avec États d’espace. Sculptures en aluminium et mobilier mobile en plexiglas créent un espace à la fois ouvert et contraignant, invitant le visiteur à interagir physiquement. Photographie, vidéo et dessin prolongent les thèmes de compression, friction et géométrie contrainte, rendant perceptibles les normes invisibles de nos environnements et questionnant l’espace de vie contemporain.

Proposez -vous des Ambassadeurs de la foire comme à la Brafa ? Combien de groupes de collectionneurs et d’amateurs sont-ils accueillis par vos équipes ? 

Oui, nous comptons 13 ambassadeurs internationaux et 4 ambassadeurs belges, chacun représentant son entourage. Grâce à eux, nous accueillerons plus de 65 groupes de collectionneurs internationaux et de mécènes. Ce nombre a même augmenté par rapport à l’année précédente, signe d’un intérêt croissant pour Art Brussels. 

Quelles expositions incontournables en ville recommandez-vous pendant Art Brussels ? 

Parmi les expositions à ne pas manquer, on peut citer Burning the Days de Lutz Bacher au Wiels, Picture Perfect, une exposition de groupe dédiée à la photographie contemporaine à Bozar, une œuvre performative de Jeppe Hein présentée par The Vanhaerents Collection, Sarah Caillard avec la commissaire d’exposition Charlotte Crevits au CC Strombeek, ainsi que Daylighting ; mais c’est l’eau qui parle d’Euridice Zaituna Kala à La Loge.

Infos pratiques :

Art Brussels 2026

du 23 au 26 avril

Brussels Expo

Tarifs

Standard 20euros

Youth 10 euros

OPENING DAY
Thursday 23 April 2026
Preview | 11am – 4pm
Vernissage | 4pm – 9pm

PUBLIC DAYS 
Friday 24 April 2026 | 11am – 7pm
Saturday 25 April 2026 | 11am – 7pm
Sunday 26 April 2026 | 11am – 6pm

Tickets

www.artbrussels.com