Yemen, Brule parfum 1er-3e-s. calcaire Musée d’archéologie méditerranéenne, Marseille en dépôt au Musée du Louvre, Paris photo Raphaël Chipault
Des échanges diplomatiques et commerciaux entre les ports d’Aden et de Marseille sont réactivés à la Vieille Charité à travers la remarquable exposition Aden-Marseille, d’un port à l’autre, organisée par les Musées de Marseille et le musée du Louvre, qui retrace de manière inédite, ces routes maritimes et l’imaginaire suscité en Europe par cette « Arabie heureuse ». Rimbaud est l’un des personnages clé de cette histoire et communauté cosmopolite comme négociant parti faire fortune et non pour sa plume. Le café, les aromates, les objets archéologiques transitent à bord des bateaux des Messageries Maritimes, tandis que de véritables maisons de négoce françaises et marseillaises s’installent à Aden. Ces entrepreneurs pionniers s’intéressent volontiers aux Antiquités et collectionnent des œuvres léguées par la suite aux Musées de Marseille. Puis plusieurs vagues de migrations voient la communauté yéménite prendre ses quartiers dans la cité phocéenne. L’occasion d’en savoir plus sur ces destins et de leur rendre hommage, tandis qu’un dernier volet plus contemporain donne place à des artistes biculturels qui traduisent dans leur démarche cette double appartenance et les traces de cette mémoire. Ann Blanchet, Conservatrice en chef du patrimoine au sein des Musées de Marseille et co-commissaire de l’exposition revient sur l’exigence scientifique du propos et sa traduction dans les espaces d’exposition de la Vieille Charité, les partis pris des commissaires et l’important catalogue réunissant 25 auteurs internationaux. Elle a répondu à mes questions.
Marie de la Fresnaye. Quelle est la genèse du projet ?
Ann Blanchet. Le point de départ du projet s’organise autour de deux ensembles d’Antiquités issus du Yémen préislamique qui ont été donnés aux Musées de Marseille au tournant du XXᵉ siècle et les recherches menées autour de leur provenance, parcours et circulation. Ces objets s’avèrent être assez uniques dans les collections françaises en région, quatre d’entre eux sont aujourd’hui en dépôt au musée du Louvre, au sein du département des Antiquités Orientales, dans la section « Arabie Heureuse ». Nous avons essayé de mieux comprendre le parcours de ces objets, la manière dont ils étaient entrés dans les inventaires du Musée d’archéologie. Les échanges sont en effet très riches et fréquents entre Marseille et le sud de la mer Rouge, depuis l’époque moderne jusqu’à nos jours, et ces échanges, ces circulations, à la fois d’hommes, d’objets, étaient encore aujourd’hui très féconds autour du commerce, notamment. Nous avons voulu retracer l’histoire de cette route maritime avec cette exposition.

Jeanne Mercuriali-Bonnefoy, Collection de l’artiste
MdF. Quels en sont les enjeux ?
AB. L’un des enjeux du projet était de ne pas nous enfermer dans l’illustration d’un ouvrage ou d’une thèse, mais, à partir d’une problématique, d’essayer, avec un comité scientifique, de réunir des compétences, des histoires autour de disciplines très diverses pour définir un fil rouge. Cela a nécessité un travail de recherche en amont assez considérable.
MdF. A quel moment intervient la Compagnie des Messageries Maritimes ?
AB. La Compagnie des Messageries Maritimes, c’est d’abord une ligne dans l’inventaire du Musée d’Archéologie de Marseille, c’est-à-dire un ensemble d’objets qui a été donné par la Compagnie en 1898 au musée. Des objets issus de ce qui est aujourd’hui le Yémen et qui datent pour les plus anciens du VIIIᵉ siècle avant notre ère et pour les plus récents du IIᵉ – IIIᵉ siècles.
MdF. Pourquoi une compagnie maritime est-elle détentrice de ces objets d’art ?
AB. Les Messageries maritimes s’étaient retrouvées propriétaires de ces objets, ce qui semblait assez étonnant. Au cours de nos différentes recherches notamment dans le au Centre des archives diplomatiques de Nantes, les archives des consulats de France et à Marseille aux archives départementales, dans le fonds du tribunal de commerce, nous avons découvert que ces objets, avaient été donnés à Marseille au Musée d’archéologie en 1898 mais qu’ils étaient arrivés dans le port de Marseille 17 ans plus tôt, en 1881, parce que chargés depuis la mer Rouge, à bord du paquebot Scamandre. Une fois déchargés dans le port de Marseille, la personne qui devait les récupérer faisait défaut.
La Compagnie des messageries maritimes les a alors conservés dans un entrepôt, l’entrepôt dit du transit Traverse de la Joliette. On a retrouvé au dos de certains des objets des étiquettes portant la mention Vardoucas, Yémen Arabie. A la faveur de recherches à Nantes, on s’aperçoit que c’est une maison de commerce et de négoce, essentiellement du café, installée entre Sanaa et Hodeidah à la fin du XIXᵉ siècle, juste après l’ouverture du canal de Suez, le commerce du café, se mêlant à celui des Antiquités. Ces objets restés pendant 17 ans dans un entrepôt encombraient le directeur de l’exploitation des Messageries maritimes qui a proposé d’en faire don au Musée d’Archéologie de Marseille. Ils ignoraient tout de ces pièces et avaient juste noté, on le voit dans la correspondance des conservateurs, qu’il y avait cinq caisses contenant des inscriptions dites Assyriennes et des hiéroglyphes.

Yémen, Dossier de trône portrait une dédicace à Almaqah 7è s.av. Albâtre, Musée d’archéologie méditerranéenne, Marseille en dépôt au Musée du Louvre, Paris photo Raphaël Chipault
MdF. Comment avez-vous organisé le parcours ?
AB. Il est séquencé en quatre parties. La première partie est consacrée aux royaumes sudarabiques. C’était important pour nous, puisque cette civilisation qui s’épanouit entre le VIIIᵉ siècle avant notre ère et le VIᵉ siècle, n’avait jamais fait l’objet d’une exposition à Marseille.
Cette civilisation est caractérisée par une étonnante unité culturelle qui se traduit dans l’usage d’une même écriture et d’un même répertoire iconographique partagés par l’ensemble des royaumes. Elle est caractérisée aussi par le commerce trans-arabique caravanier, autour de grandes cités oasis qui vont bénéficier de ce commerce des résines aromatiques, notamment l’encens, la myrrhe, issus du sud du Yémen, de la région de l’Hadramaout, et transportées par caravanes sur 2 600 kilomètres jusqu’aux ports de la Méditerranée orientale, notamment le port de Gaza, pour être redistribuées ensuite. Ces grands royaumes s’enrichissent, ce qui leur permet de bâtir des cités puissantes avec une architecture essentiellement caractérisée par de grands temples, des villes avec des murailles puissamment fortifiées. Ces royaumes partagent un même panthéon, autour d’une centaine de divinités et une pratique très développée de l’irrigation, avec des grands barrages, des systèmes de canaux qui permettent d’alimenter des territoires assez vastes. On sait que, par exemple, que l’oasis de Marib, représentait un terroir agricole d’à peu près 22 kilomètres de long, irrigué grâce à la captation de ces crues de mousson. C’est la raison pour laquelle on appelle ce territoire l’Arabie heureuse.
Après cette première partie, la seconde partie nous permet de comprendre comment ces pièces antiques sont arrivées jusqu’aux musées européens, puisque les pièces qui sont présentes dans la première partie, ont été données pour l’essentiel par des diplomates, des négociants, des médecins, des militaires à des grands musées comme le British Museum, le Musée des Civilisations de Rome… Cette deuxième partie s’intéresse à la présence de ces Européens à Aden, assez tôt, présence et intérêt pour ces territoires qui est sont renouvelés par le négoce du café. À partir de la seconde moitié du XVIIᵉ siècle, il y a vraiment ce goût pour la consommation du café qui se répand sur les tables de l’aristocratie européenne.
MdF. Des Européens à Aden : le commerce du café
AB. Les Européens commercent pour l’essentiel du café, mais également des plumes d’autruche, des métaux précieux etc.. Marseille est devenue la porte d’entrée du café en France et aussi en partie pour l’Europe durant la seconde moitié du XVIIe siècle. Une vaisselle spécifique à la consommation de ce breuvage se développe. Au départ, il s’agit plutôt d’une vaisselle d’importation d’Extrême-Orient, de Turquie ou de Gênes, mais aussi de fabrication locale avec la présence de pièces un peu exceptionnelles, de grandes fabriques provençales comme Gaspard Robert à Marseille au XVIIIᵉ siècle. les négociants s’intéressant au commerce du café, s’installent plus nombreux au Yémen, surtout après l’ouverture du canal de Suez. Peu à peu va se développer une sociabilité européenne à Aden et notamment française, autour de ce négoce. Des personnes qui, en plus de cette activité commerciale, vont s’intéresser au territoire, à la géographie, à l’histoire, à l’Antiquité et vont collecter des objets archéologiques.
MdF. Quel est le profil de ces négociants ?
AB. Les Anglais dominent ces territoires et le sud du Yémen, d’abord à Aden à partir de 1839, puis les sultanats du sud. L’objectif est de sécuriser la route des Indes. Il y a aussi des Européens, des Français, des Grecs, mais aussi beaucoup d’Indiens et des populations qui viennent plutôt du nord du Yémen, des montagnes et aussi de la Corne de l’Afrique via le détroit de Bab al-Mandeb, à quelques dizaines de kilomètres de l’Afrique. C’est une petite communauté qui se connaît, qui s’entraide et qui partage ce goût pour l’ethnographie, la géographie de ces territoires. Certains comme les frères Bardey sont des correspondants des sociétés savantes parisiennes et du ministère de l’Instruction publique. Nous avons travaillé avec les descendants de ces familles qui conservent encore dans leurs archives, des objets comme cette petite tête en albâtre. Ici, une carte du Yémen dressée par Alfred Bardey. Un espace est consacré à Antonin Besse, un personnage tout à fait particulier, qui domine le commerce à Aden durant l’entre-deux-guerres et qui va fonder le St-Antony’s College à Oxford. Nous avons aussi les Riès, qui sont les donateurs des collections sudarabiques des musées de Marseille. Ces grandes figures jalonnent cette histoire. Tous ne sont pas des amateurs d’art au départ. Certains gravissent les échelons comme César Tian, le premier marseillais présent à Aden. Il arrive avec l’ouverture du canal de Suez en 1869. Il s’installe à Aden et fonde une grande maison de commerce et il fait venir, à partir de 1876, Maurice Riès, qui est le fils de la femme de ménage de son frère, issu d’un milieu plutôt modeste et à qui il donne un poste d’agent comptable avant de fonder ensuite une succursale à Hodeïda. Maurice Riès sera son successeur au tout début du XXᵉ siècle avec ses fils.
MdF. Rimbaud, héros malgré lui de cette histoire ?
AB. Aden est à la fois le nom de cette grande ville de la péninsule arabique qui est installée dans le cratère d’un ancien volcan et également porteuse à Marseille, d’un imaginaire assez fort que l’on retrouve dans le parcours de Rimbaud autour d’un aspect plus poétique de l’exposition.
Rimbaud arrive à Aden en 1880, ayant renoncé à l’âge de 20 ans à la poésie. Il va avoir une vie très aventureuse alors. Après avoir travaillé à Chypre dans une carrière comme surveillant de travaux, il échoue en mer Rouge. Il passe par tous les ports, il est désargenté, malade. On lui conseille de se rendre à Aden où une maison de négoce vient d’ouvrir. C’est la maison Bardey. Alfred Bardey va lui donner sa chance et l’emploie tout d’abord pour surveiller une usine de tri de café à Aden. Il passe les 11 dernières années de sa vie, entre 1880 et 1891 au sud de la mer Rouge, entre Aden et Harar, en Abyssinie, où il va ouvrir une succursale de la Maison Bardey et développer des routes commerciales pour essayer de vendre aux populations autochtones des produits européens. Il est connu dans ce territoire, dans ce petit milieu de négociants franco-britanniques comme un négociant et non comme un poète.
Rimbaud est présent à divers titres sur cette route Aden-Marseille puisqu’il est en contact avec les Bardey, mais aussi avec les Riès, étant associé des Riès et de César Tian. Maurice Ries ira le visiter à l’hôpital de la Conception quelques semaines avant sa mort. Son dernier voyage est à Marseille où il est amputé d’une jambe. Il arrive à retourner dans sa famille durant quelques semaines à Charleville-Mèzières, mais de nouveau, son état s’aggrave. Il meurt à’ l’hôpital de la Conception en novembre 1891. Dans cette vitrine, il y a quelques objets et documents qui évoquent la présence de Rimbaud à Aden. On a ici Jules Borelli, un explorateur marseillais avec qui Rimbaud va ouvrir une nouvelle route à l’est de l’Afrique en mai 1887, qui déclare dans son journal de voyage paru en 1890 : « Notre compatriote a habité le Harar. Il sait l’arabe et parle l’amharique et l’oromo. Il est infatigable. Son aptitude pour les langues, une grande force de volonté et une patience à toute épreuve le classent parmi les voyageurs accomplis. »
Nous avons son contrat de travail avec Pierre Bardey qui est le donateur des collections sudarabiques du Louvre et deux objets qui lui ont appartenu : cette timbale et cette montre qui l’ont suivi durant toutes ses pérégrinations en mer Rouge.

Youssef Nabil, The Yemeni Sailors of South Shields , 2006, tirages argentiques colorés à la main, © Bourse de Commerce, Pinault Collection. © Youssef Nabil
MdF. Quels facteurs expliquent l’arrivée à Marseille d’une communauté yéménite ?
AB. Nous abordons ensuite un phénomène migratoire assez méconnu : ces Yéménites qui se sont installés à Marseille. Il y a beaucoup de publications sur l’histoire des migrations à Marseille, mais la migration yéménite est assez peu étudiée. On est toujours dans l’histoire de ces grandes compagnies de navigation, notamment des Messageries maritimes, mais plus largement de compagnies britanniques comme la P&O. La main d’œuvre yéménite était embauchée sur ce type de bateau non pas en tant que marins mais pour alimenter les chaudières dans les salles des machines. Ils sont recrutés via des intermédiaires locaux et ils viennent pour l’essentiel des montagnes. Ils s’embauchent souvent par village, par fratrie, pour aller exécuter le métier de chauffeur ou de soutier. Ils profitent parfois d’une escale à Marseille pour y rester et y tenter leur chance. Ils sont accueillis par d’autres intermédiaires locaux souvent Yéménites installés à Marseille, qui ont ouvert des pensions, des garnis, des hôtels, qui leur fournissent le gîte, le couvert et qui les placent à l’embauche dans certaines compagnies maritimes sur le port. Cela a donné naissance à une petite communauté yéménite à Marseille dont l’histoire est assez riche aujourd’hui, puisque lors de nos recherches nous avons enquêté auprès de leurs descendants, Il y avait un vrai quartier yéménite à Marseille. Il se situait dans le quartier de La Joliette, rue Mazenod, boulevard des Dames, il y avait des restaurants, des lieux de sociabilité yéménite. C’est un peu cette histoire que l’on raconte ici autour de la maquette du bateau et des portraits de l’artiste Youssef Nabil ou ces fiches d’identité de chauffeurs soutiers employés par la Compagnie générale transatlantique.
Cela permet d’incarner les parcours de ces hommes.
Entre 1869 et 1946, en ajoutant aux centaines de chauffeurs embarqués à Aden ceux partis de Djibouti avec un livret de navigation français, on peut considérer que des milliers de yéménites ont bien « touché » le port de Marseille.
MdF. Une destinée yéménite exceptionnelle
AB. Parmi eux, il y a une trajectoire assez exceptionnelle, celle d’Hayel Saeed qui, arrivé dans les années 20 avec ses frères, comme soutier dans un bateau de la Compagnie des Messageries Maritimes, se fait embaucher comme ouvrier dans une huilerie-savonnerie à Marseille. Il va y rester une dizaine d’années. Une petite carte postale est le seul vestige de la présence de cette fratrie à Marseille, conservée dans les archives familiales qui sont maintenant au Yémen, prise à Marseille dans les années 30. Il va, au fur et à mesure, monter en grade et devenir contremaître dans cette huilerie.
Quand il rentre de manière définitive au Yémen à la fin des années 30, il fonde lui-même sa propre maison de négoce. Il se remet en contact avec Antonin Besse, dont on a parlé tout à l’heure. Il maîtrise le français, il a vu aussi d’autres manières de travailler ici à Marseille. C’est une maison de négoce qui va devenir aujourd’hui le premier groupe industriel et commercial du Yémen. Cette société dont il est le fondateur, le HSA Group est un conglomérat qui regroupe aujourd’hui de nombreuses usines et emploie 35 000 employés. Marseille est d’ailleurs au cœur du storytelling de l’entreprise.
Nous présentons également une série d’entretiens menés avec des anthropologues auprès de marseillais et marseillaises dont l’histoire individuelle ou familiale est liée au Yémen.

Nasser Al Aswadi, Alphabet sudarabique , 2023, musée de l’Institut du monde arabe, donation Claude & France Lemand © Musée de l’IMA / Nasser Al-Aswadi
MdF. Perspectives contemporaines : que cherchez-vous à évoquer ?
AB. Notre souhait était de fonctionner en miroir avec la première partie et de pouvoir travailler avec des artistes qui se nourrissent de ce passé préislamique, de ces formes, de ces répertoires iconographiques, de ces imaginaires de l’Arabie Heureuse et de la reine de Saba pour nourrir une identité commune. Un imaginaire également européen, occidental et dont la présence de Rimbaud contribue largement aussi à mythifier ces territoires. Au départ ce sont plutôt des romanciers français qui s’en sont emparés avec Henry de Monfreid ou Joseph Kessel et également une nouvelle génération de romanciers yéménites qui, pour certains, sont réfugiés en France, comme Ali al-Muqri et qui, suite au conflit, se réemparent de cette mythologie, de ces imaginaires, autour d’une forme de nostalgie d’un d’âge d’or cosmopolite.
On retrouve aussi cette vision orientaliste fantasmée dans le film de René Clément, qui date de 1937, « L’Arabie interdite ». René Clément accompagne Jules Barthoux, un archéologue français avec l’objectif d’aller filmer les ruines du royaume de Saba. Si l’expédition se solde par un échec, il en reste des pellicules très abîmées ou en partie perdues mais qui documentent d’une certaine manière le Yémen de la fin des années 30 : Des images de paysages, de villes, de populations, de petits métiers.
MdF. Pouvez-vous nous présenter les 3 artistes contemporains ?
AB. On commence par Nasser Al-Aswadi qui vit et travaille à Marseille. Son atelier est installé dans le quartier de la Joliette. Il est né en 1978 à Taïz. Il a fait des études d’architecte, puis a beaucoup fréquenté le Centre culturel français de Sanaa quand il existait encore. C’est à travers cette fréquentation et notamment du rayon Beaux-Arts de la bibliothèque qu’il a confirmé sa vocation d’artiste. Il a fait beaucoup d’allers-retours entre le Yémen et Marseille pour s’installer de manière un peu définitive dans la cité phocéenne depuis le conflit en 2015. Il travaille différents médiums : sculpture, dessin, peinture. Il déroule de véritables palimpsestes en référence à l’alphabet sudarabique et à la calligraphie. Un travail de répétition de certains mots de façon incantatoire comme pour résister à l’effacement du temps et de la mémoire de son pays.
Jeanne Mercuriali-Bonnefoy
La céramiste a vécu à Sanaa et vit en France. Elle réinterprète notamment la statuaire funéraire où l’on retrouve les caractéristiques de la représentation des défunts avec des formes simples et géométriques: les têtes plates, les arcades sourcilières marquées, le petit nez en triangle, la bouche à peine esquissée. Pour l’exposition et en hommage à l’architecture de Zabid, elle a créé un ensemble de stèles en grès qui nous renvoie à la destruction que subit le patrimoine historique, parfois mis en pièce par les bombes dans un Yémen en guerre depuis 2015, mais aussi remplacé par des matériaux moins chers .
Thana Faroq
Elle est née au Yémen et basée vit aux Pays Bas. Photographe, autrice, elle a une approche multidisciplinaire autour du thème de la mémoire et de l’identité. Elle est retournée il y a une dizaine d’années au Yémen, avec sa mère, sur la trace d’archives familiales. Elle interroge dans cette installation Imagine me a country of love la notion de double appartenance, de la trace, du deuil et la question de la résilience.
La place des femmes est au cœur de son travail. Elle travaille notamment à la Haye auprès de groupes de réfugiées.
MdF. Le catalogue, quels partis pris ?
AB. Notre enjeu était au-delà d’un regard marseillais, d’aborder une focale plus large à l’échelle européenne et de proposer à travers le catalogue une comparaison autour de la constitution des collections sudarabiques par ces grands musées dans un mouvement plus vaste. C’est pourquoi dans une même salle sont réunis trois fragments d’une même inscription, le fragment central appartement au British Museum et les deux fragments latéraux appartement au musée du Louvre participent de ce contexte historique de rivalité coloniale, de course au déchiffrement par des savants et d’appropriation des œuvres. Mais au-delà de cette longue histoire de liens, de circulation, d’échanges en lien avec le négoce se tissent de vraies aventures humaines.
Le catalogue réunit 25 auteurs engageant des disciplines très différentes. Cela a été un vrai défi à relever.
MdF. Comment vous positionnez-vous autour de la question de la restitution éventuelle de ces objets ?
L’exposition souhaitait porter des regards multiples sur ces objets et leurs circulations, et bien entendu il faut accepter qu’il y ait la possibilité d’apporter de nouvelles réponses de gestion et de propriété pour certains d’entre eux.
Catalogue 272 pages, bilingue français-anglais, 30 euros, Silvana Editoriale
Infos pratiques :
Aden-Marseille, d’un port à l’autre
Exposition organisée par les Musées de Marseille et le musée du Louvre
Jusqu’au 29 mars 2026
Centre de la Vieille Charité, Marseille
https://vieille-charite-marseille.com/archives/aden-marseille-parcours-d-hommes-parcours-d-objets







