Brafa 2026 : Rencontre Alexandre Fleury, AR Fleury galerie (Paris) 

Vue du stand AR Fleury galerie, Brafa 2026 photo E. Crooÿ

La galerie AR Fleury fondée par Alexandre et Richard Fleury dans le triangle d’or parisien participe pour la 17ème fois à la Brafa. A cette occasion est dévoilé un projet inédit de l’artiste belge Pol Bury de collages-montages aux confins de l’art cinétique et de la photographie, en lien avec la ville de Nice. Aux côtés de ces cinétisations expérimentales, deux artistes femmes pionnières sont réunies Maria Helena Vieira da Silva et Alicia Penalba en hommage à leur participation à la Biennale de Sao Paolo de 1961. Autres incontournables masculins : Serge Poliakoff, Le Corbusier ou André Lhote. 

Alexandre Fleury revient sur les raisons de la fidélité de la galerie à la foire, la sélection d’oeuvres et les excellents débuts de l’édition 2026. A Paris la galerie a inauguré cette semaine une exposition dédiée à Geneviève Claisse selon la ligne défendue. Alexandre a répondu à mes questions.

Alexandre et Richard Fleury, fondateurs AR Fleury galerie, Paris

En quoi la Brafa est-elle une foire exceptionnelle à laquelle vous êtes fidèles ?

Nous sommes fidèles depuis 17 ans. La Brafa se distingue par son éclectisme et reste en début d’année un excellent baromètre. Il y a cette diversité qui plaît et qui s’adresse au plus grand nombre dans une grande exigence de qualité. Pour nous par rapport à Paris où nous sommes situés avenue Matignon, nous avons l’opportunité de développer ici des contacts avec de nouveaux collectionneurs qui viennent principalement dans cette partie de l’Europe. 

Pol Bury, Maison de Matisse, 1989. Photography, digital print, “Cinetisation” and collage. Unique work

Parmi votre proposition un focus inédit autour de Pol Bury : les cinétisations, de quoi s’agit-il ?

À travers nos collectionneurs, nous avons évoqué Pol Bury (1922-2005) parce qu’on s’adresse au marché belge. De plus il y a ce clin d’œil avec le sud de la France, notre région d’origine. Un double hommage à la Belgique et à la ville de Nice, à travers une série de photomontages, des cinétisations. Ce sont des découpes circulaires à l’emporte-pièce, progressives en termes de diamètre qui sont ensuite recollées en simulant un mouvement. Finalement, l’artiste arrive à créer un déséquilibre à partir de quelque chose d’assez statique. On a une finalité extrêmement réussie avec un travail qui est long et minutieux. 

Vue du stand AR Fleury galerie, Brafa 2026 Focus Pol Bury

On peut considérer que Bury est l’inventeur de ce processus ?  

Bury reste un sculpteur qui, à partir des années 60, a le souhait de revenir, à la peinture ou à l’œuvre graphique à partir de ce processus. 

La totalité de ces cinétisations exposées à New York en 1963 /65, ont été vendues parce qu’elles s’inscrivent dans une approche différente des bâtiments, des photos qu’il faisait lui-même. 

Ces cinétisations sont classées en plusieurs thèmes : Paris, le Midi de la France et de nombreuses zones géographiques.

Le monde entier a subi cette cinétisation ! 

Pol Bury, Nice, Le Negresco, 1989. Digitally printed photography, “Cinetisation” and collage Unique work

Comment s’organise le reste de la sélection ?

Nous sommes plus spécialistes du second marché et même si Bury reste dans cet axe, nous le considérons à travers son recours au médium photographique, dans un esprit plus contemporain. Le seul artiste avec qui nous travaillons, mais de manière à respecter cette idée du second marché, avec des œuvres uniquement exceptionnelles est Bernar Venet. Nous n’achetons que les œuvres historiques que nous revendons. C’est ce que nous appliquons comme système à tout le reste de notre sélection qui est plus ancrée dans l’art moderne et après-guerre.

Allons vers le tableau de Poliakoff : en quoi est-il exceptionnel ? 

Nous l’avons sélectionné, parce qu’il est dans cet équilibre subtil entre tension et méditation.

Nous avons un tableau avec ce vert, bleu, gris clair très transparent, où chaque zone est particulière et différente des unes des autres, avec un spectre de couleurs identiques. Finalement, ça fait rayonner le motif jaune qui vient littéralement construire ce tableau. Et en opposition, il y a ce noir qui apporte cette tension indispensable à la réussite de la composition.

Le mot composition est retenu par l’artiste pour laisser le spectateur libre d’apprécier. C’est un tableau réussi dans la mesure où quand on enlève un élément chez Poliakoff, le tableau tombe. C’est bien le cas, il n’y a pas un élément qui pourrait être autre ou disposé différemment.

Vous proposez un dialogue entre Vieira da Silva et Alicia Penalba : quelle en est la genèse ?

Il y en a six autour d’un dialogue entre deux femmes artistes selon la ligne que nous défendons. 

Alicia Penalba et Maria Helena Vieira da Silva sont toutes les deux lauréates de la Biennale de São Paulo en 1961. Ce rapprochement nouveau aujourd’hui à travers une collaboration sculpture et peinture se joue entre deux femmes pionnières et singulières dans leur approche artistique. Leurs travaux sont totalement différents. Dans les années 50, nous voulions montrer les différentes voix que l’artiste portugaise Vieira da Silva a exploré dans cette décennie avec quelque chose de plus construit, plus architectural jusqu’à aller vers la couleur pure. Ce tableau important et rare sur le marché, provient d’une des plus belles collections privées au Portugal. 

Alicia Penalba est une sculptrice sud-américaine d’origine argentine, qui s’est établie à Paris après la guerre où elle était défendue par de grands marchands de l’époque, Alice Paoli en Suisse, Claude Bernard à Paris.

Nous avons repris la succession de cette artiste il y a quelques années et nous nous consacrons à la galerie et dans d’autres lieux, à sa redécouverte.

Un tableau de Le Corbusier se détache également 

L’œuvre provient d’une collection particulière qui possède une trentaine de collages de l’artiste, technique à laquelle il recourait beaucoup. 

Cette œuvre sort de celles que l’on connait habituellement, souvent en clin d’œil à l’architecture.

Elle est très moderniste, concentrée sur la femme et chaque personnage est très sculptural, rehaussé, coloré, avec ses éléments indispensables que nous avons ici comme la main et les visages qui font écho à toute son œuvre.

Autre artiste emblématique : André Lhote 

C’est un tableau chef-d’œuvre. C’est une recherche sur le rugby avec l’aboutissement de son travail très synthétisé, très anguleux même. 

Au niveau des premières ventes, quelle est la tendance ? 

C’est très positif et nous avons à ce stade cédé́ le tableau de Maria Helena Vieira da Silva, Nuit (1968), ainsi que le bronze d’Alicia Penalba, Relief japonais de 1959. 

Infos pratiques :

Brafa 2026

jusqu’au 1er février 2026

Brussels Expo

Tickets 

standard 35 €

combinés : 

1 entrée + 1 catalogue 45 €
2 entrées + 1 catalogue 80 €

Lire en complément mon interview avec Beatrix Bourdon, directrice (lien vers)

le stand de AR Fleury à la Brafa :

https://www.brafa.art/fr/exhibitor-detail/391/aandr-fleury

Organiser votre venue à Bruxelles :

https://www.eurostar.com/fr-fr

https://www.visit.brussels/fr

Actuellement à la galerie (Paris) :

Geneviève Claisse

Geometry of Color

jusqu’au 28 février 2026

www.galeriefleury.com