Tobias Desmet, Secrétaire général de la Brafa, photo Guy Kokken
Fondateur avec son père Tom de la galerie bruxelloise Desmet Fine Arts située dans le quartier du Sablon, Tobias Desmet est Secrétaire Général de la Brafa. Premier rendez-vous de l’année et véritable baromètre, la Brafa souhaite élargir son public autour d’une nouvelle génération de marchands et renforcer son internationalisation. Tobias Desmet qui incarne cette brillante relève revient sur les nouveautés de cette 71ème édition, sa sélection d’œuvres dont un rare plateau de marbre romain du XVIème siècle, deux montants de sarcophage du prête Horudjia, Egype, XXVIè dynastie exceptionnellement réunis, une toile de Silvio Bicchi autour d’un épisode célèbre de l’Enfer de Dante ou des études académiques du XVIème. Si la sculpture fait partie de l’ADN de la galerie, elle entre en conversation avec d’autres mediums dans un esprit néo-classique d’une grande cohérence et subtilité. Tobias revendique en cela une véritable éduction du goût et du regard, permise par la Brafa dont l’exigence de qualité se mesure par son vetting. Il nous livre quelques éléments de son musée personnel et ses réflexions en matière de goûts et de profils de collectionneurs. Il a répondu à mes questions dès les premières heures d’ouverture.
Pouvez-vous nous donner vos premières impressions ?
Hier, nous avions le dîner qui s’est très bien passé. On attend avec impatience ce signal qui est d’abord et avant tout un moment très festif. Quand surgit l’alignement de toutes les tables dans les allées centrales, c’est toujours très impressionnant.

Parmi les nouveautés de cette édition, outre le nombre de galeries élargi, un effort a été fait autour d’une scénographie immersive
D’une part le décor de la foire a changé en effet. Dès l’arrivée le visiteur emprunte un passage, comme un sas, une transition douce entre ce qu’on laisse derrière soi et ce que l’on s’apprête à vivre. Cet écrin enveloppant d’une colométrie apaisante, signé Volume architecture : Nicolas de Liedekerke et Daniel de Laveleye, invite à pénétrer dans un autre monde.
De plus, la taille des stands est légèrement plus grande de sorte que les galeristes puissent présenter les œuvres avec plus d’espace, que le visiteur gagne en recul, le tout offrant une plus grande respiration.

Vue générale, Brafa 2026 photo Olivier Pirard
Un nouveau hall a été ajouté autour de l’offre de catering
En effet l’offre des restaurant est clairement différenciée du reste du parcours. Une fois encore, un passage amorce le trajet autour d’une mise en situation d’œuvres. Plusieurs types de restaurants sont proposés. On peut de poser ou grignoter quelque chose. Le service est plus fluide, cela évite des temps d’attente. Cela nous a permis de gagner de l’espace pour pouvoir accueillir de nouveaux exposants. Le résultat est très concluant.
En ce qui concerne l’invité d’honneur, il s’agit cette année d’une fondation : comment sont faits les choix ?
Le profil de nos invités est très varié.
L’année dernière nous avions l’artiste portugaise Johanna Vasconcelos, l’année d’avant Paul Delvaux. Une autre année, il s’agissait du mur de Berlin avec l’organisation d’une vente visant à aider le financement de la restauration des salles art nouveau du musée du Centenaire et d’autres projets.
Les 50 ans de la fondation Roi Baudoin : un évènement et des liens fondateurs
La Fondation fête sa 20ème participation à la foire et son cinquantenaire. L’occasion d’une présentation de leurs dernières acquisitions et donations mais sous la forme d’une véritable rétrospective autour des œuvres emblématiques. Cela permet aux visiteurs de découvrir leurs différents programmes en matière de culture et patrimoine mais aussi à vocation sociale. La Brafa représente pour la Fondation une plateforme importante et l’occasion de sensibiliser de nouveaux publics aux enjeux de la philanthropie.
Quel est votre rôle en tant que Secrétaire général de la Brafa ?
J’agis aux côtés de Raffaella Fontana, responsable presse et communication. Au sein du conseil, la fonction de Secrétaire Général était auparavant occupée par Christian Vrouyr. Il avait repéré mon profil international ayant vécu à Londres, ce qui me permet une réelle aisance à l’anglais. Un atout pour cette responsabilité.
De plus vous représentez une jeune génération de marchands
Oui et il y a six ans, encore plus !
Même si vous parcourez la liste des participants, il y a de nombreuses galeries encore plus jeunes. Cette relève est importante.

Plateau de table en pietra dura. Marbre coloré. albâtre et onyx. Atelier romain vers 1565-1600. Desmet Fine Arts
Vous proposez une sorte de cabinet de curiosités miniature, de quoi s’agit-il ?
Ce sont des objets de provenance archéologique que j’ai combiné avec des échantillons de marbre qui restent des supports de présentation même si quand on les regarde de près, ils sont très rares.
Je les appelle des marbres nobles avec si l’on remarque du porphyre rouge égyptien, un « brecha de la flagelacion » ou le jaune du giallo antico. Tous ces marbres de provenance romaine étaient considérés comme des chefs d’œuvres de l’Antiquité. Leur typologie répond à des critères de valeur très particuliers. De plus, ces marbres contextualisent les œuvres présentées.
Pour ma part, j’adore les marbres colorés. J’en ai quelques spécimens chez moi.
Vous avez une âme de collectionneur
On ne peut pas ne pas être collectionneur quand on est dans ce métier !
Pour en venir aux œuvres elles-mêmes : pouvez-vous nous présenter certaines ?
Si l’on prend cette petite terre cuite Campana. Elle représente une muse. Ce qui est singulier est son socle de qui est du sculpteur et ébéniste japonais Kichizo Inagaki, actif à Paris auprès de Rodin ou d’Eileen Grey. Cela donne une belle indication de provenance dans la mesure où il proposait du sur mesure avec la précision japonaise. Un travail tout à fait fascinant.
Ce que j’aime au-delà du côté fragmentaire est le côté intime.
Allons vers le tableau d’inspiration néo-classique
Ce tableau, dans la tradition de l’Académie française à Rome, date de 1780. Cette scène représente Hector qui est blessé, juste avant de mourir. Des sujets que l’on retrouvait chez tous les artistes français qui étaient à Rome à l’époque. Cette œuvre s’inscrit dans tout l’esprit du stand qui est néo-classique.
D’où provient cette esquisse ?
Cela relève de mon petit musée personnel dans la mesure où j’adore les esquisses. J’ai découvert ce tableau par hasard dans une vente à Bruxelles. Après l’avoir fait nettoyer cela s’est révélé un fragment par Gaspar de Crayer. La toile peinte à l’origine pour l’Abbaye d’Affligem est conservée au Musée d’Ontario. De dimension gigantesque, elle est intitulée Saint Benedict Recevant Totila, Roi des Ostrogoths. C’est une brunaille, technique qui n’utilise que de l’encre brune contrairement à la grisaille.

Deux fragments d’un poteau d’angle en bois d’un sarcophage du prêtre Horudja XXVIè dynastie, vers 664-525 ap JC
Vous êtes plutôt une galerie de sculpture mais avec des incursions dans d’autres domaines
En réalité, à l’époque, un sculpteur au XVIIIe siècle ou XIXe siècle ne se limitait jamais à cette pratique, il était aussi un dessinateur. Si l’on prend par exemple, Vincenzo Gemito, un napolitain de la fin du XIXème-début XXème, il est autant célébré pour ses sculptures que pour ses dessins.
C’est une fixation moderne de considérer qu’il faut absolument se spécialiser, mais pour se spécialiser dans une chose, on ne peut pas nier le reste. En sculpture, si l’on veut comprendre la sculpture néo-classique, il faut commencer avec l’archéologie. L’un ne peut pas vivre ou exister sans l’autre !
En ce qui concerne le vetting, la Brafa possède son propre laboratoire, une marque de fabrique ?
C’est à la fois rassurant et très efficace. En général les experts ne disposent que d’une journée et demie pour répondre aux demandes, ce qui n’est pas facile. Or l’organisation doit faciliter le plus possible le travail des experts. J’ai accompagné une experte dont l’intuition première s’est vue confirmée par le laboratoire, qui donne une certitude ou permet de lever certains soupçons.
Au niveau de l’évolution des collectionneurs, est-ce qu’il y a des goûts qui se dégagent, notamment en ce qui concerne les jeunes générations ?
Ce que je remarque, c’est que pour être passionné par l’art, il faut s’engager dans un chemin exigeant et assez sophistiqué. Quand les collectionneurs viennent, ils arrivent avec leur propre goût, leur propre style et ne se laissent pas enfermer.
Le côté éclectique n’a rien de contemporain en réalité, cela s’est toujours pratiqué. Au XIXème on rapprochait un objet archéologique d’une sculpture de la même époque. Cela relève d’une histoire de goût et montre une ouverture d’esprit.
A la Brafa on a toujours eu la volonté de mixer les profils avec des stands contemporains, modernes, classiques, de sculpture, d’Art Nouveau.. Cela rend l’expérience de la foire plus agréable dans la mesure où il est impossible dans un musée d’absorber autant, il faut toujours une pause. De plus à la foire on peut être surpris par quelque chose sans être attiré de prime abord ou si l’on est amateur d’art déco par exemple, on peut en faire un fil rouge de visite.
Par rapport aux maisons de ventes, considérez-vous que cela reste une forme de concurrence déloyale ?
C’est toujours une concurrence, dans la mesure où les salles de vente ont déployé beaucoup d’énergie pour capter le client en prenant une part de marché aux galeries. A présent nous sommes arrivés à une forme d’équilibre avec des clients qui au-delà de leur expérience en ventes aux enchères, préfèrent acheter auprès des interlocuteurs que représentent les galeries.
Pour résumer, vous revendiquez à la Brafa une forme d’éducation du regard
Oui c’est important et je dis toujours : une chose est de voir, une autre est de regarder. Il y a beaucoup de gens qui voient quelque chose, mais ils ne regardent pas. Ils ont une opinion sur tout et n’importe quoi sans prendre le temps d’observer ni de se faire un jugement. J’applique souvent cette réflexion à moi-même.
Infos pratiques :
Brafa Art Fair, 71ème édition
Brussels Expo
Jusqu’au 1er février
Tickets
standard 35 €
combinés :
1 entrée + 1 catalogue 45 €
2 entrées + 1 catalogue 80 €
Lire en complément mon interview avec Beatrix Bourdon, directrice (lien vers)
Le stand de la galerie Desmet :
https://www.brafa.art/fr/exhibitor-detail/372/desmet-fine-arts
Organiser votre venue :







