Van Cleef & Arpels/ le Museum : rencontre Lise Macdonald, des convulsions de la terre à la main de l’homme

Lise Macdonald, Van Cleef & Arpels, droits réservés.

Au commencement, les météorites…

Retracer l’histoire des pierres précieuses, c’est plonger dans les strates immémoriales de la terre aux confins du vivant. Ce voyage onirique et scientifique, signé le Museum d’histoire naturelle et la Maison Van Cleef & Arpels témoigne des liens qui unissent les deux univers portés à un niveau inégalé par ces savoir-faires et collections patrimoniales uniques au monde. Une première exposition à Singapour en 2016 « Van Cleef & Arpels. The Art and Science of Gems » scellait le destin commun entre les deux institutions qui ne cesse de se poursuivre à travers de nouveaux projets. Ainsi des principes régissant la formation des pierres précieuses : pression, température, fluides, eau, oxygène, vie et métamorphisme (350 minéraux et gemmes du museum) en dialogue avec la maîtrise lapidaire (250 créations joaillères de Van Cleef &Arpels) nous assistons à de prodigieuses métamorphoses, Paris restant plus que jamais la capitale des savoirs.

Lise Macdonald, directrice du Patrimoine et des expositions de Van Cleef & Arpels revient sur la genèse de cette exposition hors norme et les ambitions partagées de Nicolas Bos, président Van Cleef & Arpels et Bruno David, président du Museum, tandis qu’une création spéciale de la Maison « Le rocher aux merveilles » conclut le parcours sous le signe de l’émerveillement.

Directrice du patrimoine Van Cleef & Arpels, en quoi consiste votre rôle au quotidien ?

Le patrimoine de la Maison Van Cleef & Arpels est un département qui a pour mission de conserver, préserver, étudier et transmettre le patrimoine historique de la Maison fondée en 1906 place Vendôme et qui possède des trésors dans ses collections notamment plus de 1700 pièces de joaillerie, haute joaillerie, objets d’art et horlogerie mais aussi un fond d’archives merveilleux composé de plus de 100 000 dessins, photographies, ektachromes, livres de créations et carnets de joailliers, livres de débit, de production…qui constituent notre histoire.

Arbre aux tourmalines © MNHN / F. Farges  

En quoi ce que l’univers et la philosophie de la Maison Van Cleef & Arpels se devait de rencontrer l’expertise scientifique du Museum ?

La Maison a toujours souhaité partager et faire connaitre à un nombre plus grand ce fascinant métier de la joaillerie mais aussi des savoir-faires et transmettre l’histoire de notre Maison, l’histoire de notre création, de notre patrimoine. Notre volonté est de montrer que l’art joaillier est un art et qu’il mérite tout autant d’être connu. C’est une rencontre qui a eu lieu déjà dès 2016 autour d’un projet d’exposition qui s’est tenue à Singapour entre le Museum d’histoire naturelle de Paris et la Maison Van Cleef & Arpels et qui se traduit aujourd’hui par cette exposition qui est un regard croisé entre l’art et la science.

« La Cime », agate – Mexique ; ancienne collection Roger Caillois,
don Van Cleef & Arpels, 2017, © MNHN / F. Farges

Quelles sont les pièces phares du parcours, dont certaines ont appartenu à des personnages célèbres, comme le “Diamant bleu” sont présentées pour la première fois, ayant appartenu à d’illustres propriétaires ?

Effectivement le Diamant bleu est un très bon exemple. Il y a aussi dans la création de la haute joaillerie et de nombreux historiens la citent comme la pierre fondatrice : la Grande Toison d’Or de Louis XV, représentée par une reproduction ayant été volée puis détruite lors de la Révolution française. Il y a d’autres exemples cette fois-ci créations de Van Cleef & Arpels de provenance royale telle que le collier plastron tout en diamant de 1939 ayant appartenu à la reine Nazli ou également le collier d’émeraudes art déco de 1929 ayant appartenu à sa fille, la princesse Faiza, chef d’œuvre de composition, le clip pivoine autre chef d’œuvre en serti mystérieux rubis, à savoir une technique joaillière qui permet de sertir les pierres sans qu’aucune monture ne soit visible. Elles tiennent comme par magie. Autres exemples, un collier corde qui a appartenu à la princesse Soraya la seconde épouse de Mohamed Reza Phalavi ou des bracelets transformables en un collier en platine émeraude et diamants ayant autrefois appartenu à Daisy Fellowes.

Tourmaline elbaïte polie de 65,04 ct – Mozambique
Collection Van Cleef & Arpels, © F. Farge  

Le parcours et la scénographie signée Patrick Jouin et Sanjit Manku invitent le visiteur à un voyage sensoriel et immersif aux confins des convulsions de la terre…

C’est un travail de curation mené avec François Farges, professeur au Museum d’histoire naturelle qui invite dans la 2ème partie du parcours à entrer dans la fabrique des minéraux, leur processus de formation, quelles forces telluriques de la terre président à leur émergence. Il en a sélectionné 7, chiffre qui nous paraissait assez juste pour pouvoir bien appréhender certains mécanismes. On commence par les entrailles de la terre à savoir la pression, et petit à petit on remonte à la surface de la terre, jusqu’à ce que l’on appelle la vie, c’est-à-dire des créations minérales qui traversent ces différents systèmes de composition. On passe de la pression à la température, ensuite on remonte vers les fluides, on va peu à peu vers l’eau, l’oxygène, la vie et enfin ce que l’on appelle le métamorphisme, ces mouvements telluriques qui grâce à la tectonique des plaques font redescendre les cristaux dans les profondeurs de la terre. Dans la réalité ce sont évidemment des systèmes plus imbriqués et plus complexes mais ces 7 phénomènes de création sont là pour créer une sorte de continuum, de colonne vertébrale du discours curatorial de l’exposition.

Clip Pivoine, 1937
Platine, or jaune, Serti Mystérieux rubis, rubis, diamants
Ancienne collection de SAR la princesse Faiza d’Égypte
Collection Van Cleef & Arpels
Patrick Gries © Van Cleef & Arpels SA

Quelles valeurs incarnées par l’exposition vous semblent-elles résonner particulièrement dans cette période troublée que nous traversons ?

Cette exposition donne beaucoup d’humilité face aux premières vitrines du parcours au début de l’histoire de la terre avec ces merveilles de minéraux crées au fil de milliards d’années depuis les premières météorites jusqu’aux premiers bijoux, ce coquillage percé datant d’environ 90 000 ans et l’on se rend compte à quel point nous ne sommes qu’un élément minime de toute cette chaine. Un autre élément émouvant est le travail joaillier, le travail de la main de l’homme, la merveille de la taille des pierres, des compositions qui permettent des créations époustouflantes aux références symboliques qui font partie intégrante d’un style.. Ces deux regards, le travail de la terre et celui de la main de l’homme nous permettent de nous positionner et d’être émerveillés, éblouis et admiratifs par ce tout qui nous entoure.

Collerette 1929  Ancienne collection de la Princesse Royale Faiza d’Egypte Collection Van Cleef & Arpels
Patrick Gries © Van Cleef & Arpels SA

Catalogue sous la direction scientifique de François Farges, existe en version trilingue, français, anglais et chinois. Coédition Museum d’histoire naturelle/Flammarion 304 pages, 39 €

Infos pratiques :

Pierres Précieuses

Van Cleef & Arpels – Museum d’histoire naturelle

Jusqu’au 14 juin 2021

Grande galerie de l’évolution

36 rue Geoffroy St Hilaire, Paris

Programmation culturelle associée

https://www.vancleefarpels.com/

https://www.jardindesplantesdeparis.fr/

Afin d’assurer un accueil en toute sécurité, la réservation d’un créneau horaire est obligatoire lors de l’achat de votre billet en ligne.

Prochainement à l‘Ecole des Arts Joailliers : Jean Vendome

à partir du 8 octobre

Née en 2002 place Vendôme avec le soutien de la Maison Van Cleef & Arpels, l’Ecole des Arts Joailliers initie le public au monde de la joaillerie à travers son offre de cours, conférences, expositions, vidéos et publications…

https://www.lecolevancleefarpels.com/