Esprit es-tu là ? Art spirite au musée Maillol

Les soeurs Fox, Margaret, Kate et Leah photo akg-images/Fototeca Gilardi

Vous aimez sortir des sentiers battus et ressentez un penchant pour tout ce qui relève de l’occulte ? Cette exposition est pour vous ! Le musée Maillol après les artistes naïfs se penche sur d’autres artistes à la marge, les spirites, dans une traversée captivante en coproduction avec le LaM de Villeneuve d’Ascq où l’exposition a été montrée à l’automne 2019. Entre magnétisme, somnambulisme, ésotérisme, la vague anglo-saxonne déferle sur une Europe dévastée par les guerres en 1870 et trouve un écho auprès de nombreuses personnalités telles Victor Hugo qui aime faire tourner les tables en exil à Jersey, Honoré de Balzac, le dramaturge Victorien Sardou, l’inventeur Thomas Edison, l’astronome Camille Flammarion, Sigmund Freud, Pierre et Marie Curie ou encore l’homme politique Jean Jaurès, comme cela est rappelé en début de parcours. L’avènement des sciences n’est pas incompatible avec cette intrusion du surnaturel et la photographie spirite qui nait à cette période accompagne et atteste de tels phénomènes paranormaux qu’il faut prouver. Les sœurs Fox sont aux origines du spiritualisme américain, ces 3 adolescentes qui imaginent en 1848 un moyen d’entrer en communication avec l’esprit perturbateur de leur maison hantée à Hydesville, petit hameau de l’Etat de New York. Ce qui n’était qu’un jeu au départ – et se révélera plus tard un canulard, selon l’aveu de Margaret- devient un véritable phénomène de société et les sœurs lancent dans tous les Etats-Unis, le Canada et la Grande Bretagne des cabinets de consultation spiritualistes “Fox & Fish”, assurant leur fortune et légende. Sont exposés différents objets destinés à communiquer avec l’au-delà notamment en public : les mains spirites très populaires aux Etats-Unis mais aussi tablette ouija, guéridon, trompette, télégraphe… tous appartenant à l’illusionniste Christian Chelman, créateur du Surnateum à Bruxelles, cabinet de curiosités surnaturelles. C’est le français Allan Kardec qui théorise ce courant le spiritisme dans Le livre des Esprits en 1857.

Augustin Lesage, Nefertiti LaM Villeneuve d’Ascq Adagp Paris 2020

L’exposition met à l’honneur 3 figures emblématiques de cette mouvance : Augustin Lesage, Victor Simon et Fleury-Joseph Crépin qui viennent tous du bassin minier du nord de la France. Miniers mais aussi cafetier, plombier-zingueur, ils ont chacun à des moments différents de leur vie, une révélation par l’intermédiaire de voix qui les incitent à peindre. Sourciers, guérisseurs, médiums, ces autodidactes spirites sous l’emprise de l’inconscient développent un style intemporel d’obédience judéo-chrétienne et messianique où l’Egypte ancienne croise l’orientalisme, Byzance et Léonard de Vinci. Une volonté de syncrétisme universel et de concordance des arts les anime, que l’on retrouve chez Klee et Kandinsky qui publiera “Du spirituel dans l’art” en 1912. C’est André Breton et les artistes surréalistes qui se réclameront de leur héritage, de même que Dubuffet.

Auguste Lesage en tenue de mineur vers 1925, LaM Villeneuve d’Ascq

La place des femmes est évoquée au sein des cercles spirites par Nicole Edelman dans son livre “Voyantes, guérisseuses et visionnaires en France”même si peu sont reconnues exceptées Elise Müller, alias Hélène Smith (1861-1929) adapte des paysages martiens, Eusapia Palladino, star des mediums italienne ou Magde Gill. Yvonne Cazier et ses gouaches d’inspiration aquatique, Madame Bouttier et ses dessins automatiques et les collages de Katharina Littauer véritables incantations visuelles à la paix, complètent ce panorama.

Victor Simon, La Toile Judéo-Chrétienne 1937, LaM DR

En regard, des artistes contemporains réactivent cet héritage, comme Abdelkrim Doumar qui revisite le soufisme, le germano-iranien Timo Nasseri et les combinatoires géométriques, l’autrichien Elmar Trenkwalder qui s’inscrit dans le sillage de Lessage ou le français Rainier Lericolais musicien et plasticien, qui cherche à traduire des phénomènes invisibles comme le premier phonautographe d’Edouard Scott de Martinville (enregistrement de la voix humaine) ou l’écriture automatique à partir des traces d’une toupie lancée sur une plaque de verre.

Rainier Lericolais

Dans la dernière salle vous vivrez une expérience spirite à travers un hologramme qui ressuscite ces pionniers de l’occulte au destin si singulier. Parmi les nombreux prêteurs, hommage est rendu à Antoine de Galbert qui a su tisser des liens féconds entre art contemporain et art brut.

Infos pratiques :

Esprit es-tu là ? les peintres et les voix de l’au-delà

jusqu’au 1er novembre

Réserver : Billetterie en ligne obligatoire

https://www.museemaillol.com/

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