Jean-Pierre Blanc : « Etre solidaire, se parler, échanger avec des gens qui font le même métier que le nôtre même avec des configurations différentes a toujours été indispensable et l’est encore plus aujourd’hui »

Jean-Pierre Blanc, Hyères, photo : Anne Combaz

Chaque année la mode se transporte en tribu d’aficionados à la Villa Noailles, écrin emblématique pour ce qui relève d’un petit miracle : son Festival de mode, créé en 1986 par un autodidacte convaincu, Jean-Pierre Blanc. Trente-cinq ans plus tard le pari un peu fou du jeune homme des Salins a dépassé l’audace de départ et sa vision de la mode s’est imposée plaçant l’émergence au cœur en ouvrant toujours plus le champ des possibles. C’est toute une génération de créateurs qu’il a contribué à révéler (Viktor & Rolf, Felipe Oliveira Baptista, Anthony Vaccarelo, Julien Dossena..) qui se retrouve aujourd’hui aux commandes. Venir au Festival d’Hyères c’est à la fois s’inscrire dans les pas de ce couple de légende Charles et Marie-Laure de Noailles, qui continuent à insuffler leur folie et leur enthousiasme sur l’esprit du festival et vivre un temps suspendu et unique de révélations, rencontres, performances…
Entretien post confinement sans détour alors que cette période de crise a donné lieu à une commande spéciale de la Villa Noailles en hommage à tous ces héros qui se sont battus au quotidien pour nous permettre de continuer de vivre et d’y croire et la 35 ème
édition du Festival de mode maintenue et décalée à cet automne. Un signal fort alors
que le rayonnement de la Villa Noailles s’inscrit résolument dans le dynamisme de
tout un territoire. Cet été sera Plein Sud !

En réponse à la crise plusieurs structures et acteurs culturels de la Région Sud dont la Villa Noailles, ont uni leur stratégie et leur programmation afin de créer Plein Sud, une initiative fédératrice et novatrice au service d’une une offre élargie : genèse et enjeux


Pour remonter à l’origine nous étions trois à échanger très régulièrement pendant cette période : Sam Stourdzé (les Rencontres d’Arles), Anne Racine (Fondation Carmignac) et moi et il nous est vite apparu évident qu’à la sortie de cette crise il faudrait sans doute communiquer différemment avec le public étant donné les changements qui semblaient s’opérer. Etre solidaire, se parler, échanger avec des gens qui font le même métier que le nôtre même avec des configurations différentes a toujours été indispensable et l’est encore plus aujourd’hui. Il était donc essentiel de s’inscrire dans ce réseau de partage à tous points de vue dans lequel de plus, nous avons d’excellentes relations.

Villa Noailles Vue de la piscine, 1929 Photographe Studio Rey Collection privée

« C’est dans les périodes les plus sombres qu’on a plus que jamais besoin d’artistes, d’enthousiasme et d’envie » déclarez-vous, une phrase qui résonne tout particulièrement en cette période. Comment l’avez-vous traduite dans vos engagements en faveur des créateurs émergents, premières victimes tout comme les artistes, de cette crise ?

Nous avons été contraints comme tout le monde de fermer très vite avec une exposition en cours qui ne s’est pas terminée aux dates initialement prévues, sans savoir quelle en serait la date de réouverture possible. Le Festival de mode étant quasiment bouclé, nous avons décidé, plutôt que de partir en vacances ( !), de réagir tout de suite en proposant un Live chaque jour, qui évoluerait ensuite. Tous les jours nous avons fait intervenir un artiste qui était rémunéré pour cela, ce qui lui apportait outre cette rémunération même modeste, une visibilité. Nous avons commencé très fort avec Alexandre-Benjamin Navet qui nous a mis sur une vraie rampe de lancement puis nous avons poursuivi notamment autour des archives de Charles et Marie-Laure de Noailles, du Festival de Mode et avons lancé des ateliers pour enfants qui ont très bien marché aussi. Les ateliers ne pouvant plus se tenir à la Villa Noailles nous en avons proposé un chaque samedi pendant le confinement, que nous allons poursuivre d’ailleurs. Nous nous devions pendant cette période d’assurer notre mission de service public de la culture aux travers des réseaux sociaux : Instagram et Facebook. Nous avons lancé aussi une commande sous le titre « Héros, Héroïne » qui consistait à mettre en lumière tous les gens qui étaient en première ligne pendant cette pandémie et qui travaillaient en premier lieu dans les hôpitaux les soignants et tous les autres qui étaient obligés d’être mobilisés pour nous permettre de vivre à peu près normalement : les caissiers, les éboueurs, les boulangers…Cette démarche a donné lieu à une exposition sur les réseaux sociaux qui sera visible cet été à la Villa Noailles, selon les changements de programmation que nous avons dû opérer.

« Héros, Héroïne » artiste invité : Adrien Pelletier @atelieradrienp 
« Héros, Héroïne » artiste invité : Adrien Pelletier @atelieradrienp, commande et exposition à venir

En écho au 35ieme anniversaire de la mort de Marie-Laure de Noailles, outre l’exposition permanente dédiée au couple de mécènes, quelle programmation prévoyez-vous ? et en quoi l’esprit de la « Vicomtesse du Bizarre » règne t-il toujours ?

Il était prévu au moment du Festival en avril la projection des prémices d’un film produit sur Marie-Laure de Noailles et des photos de François-Marie Banier qui l’a beaucoup photographié à la fin de sa vie. Ces photos et le début du film seront donc exposés cet été en hommage et le film dans son intégralité sera dévoilé en octobre.

Je n’aime pas ce titre Vicomtesse du Bizarre et je préfère de beaucoup ce que disait Patrick Mimouni qui a réalisé à mon sens le documentaire le plus juste sur Charles et Marie-Laure de Noailles pour Arte, quand il parlait de deux personnages de roman qui avaient véritablement existé. Je trouve que Marie-Laure de Noailles est attachante pour de multiples raisons. D’abord et avant tout pour son mécénat, ce que nous célébrons le plus souvent à la Villa Noailles, mais aussi dans ses amitiés, ses fidélités ce que l’on voit partout transpirer, déborder tout au long de sa vie et son humour quelque fois très caustique mais qui reste tout le temps présent. Une leçon de vie assez belle pour ces gens qui vivent du début du XXème siècle jusqu’aux années 1970, date du décès de Marie-Laure.

Charles et Marie-Laure de Noailles

Le 35ème festival est maintenu et décalé à cet automne. Quels arbitrages et aménagements vous ont-ils permis de prendre cette décision ?

C’est assez difficile de se projeter avec les informations dont nous disposons aujourd’hui. Nous avons décidé de le maintenir à l’automne ce qui nous laissait 6 mois pour réagir. Ce qui a permis de le maintenir était l’envie, l’envie de le faire, l’envie de le sauver. Pour ce qui est des ajustements nous ne les connaissons pas encore tous. Ils se feront surtout à la rentrée de septembre. Ce que l’on peut avancer d’ors et déjà est que la majorité de ce qui constitue le Festival d’Hyères habituellement, c’est-à-dire les 3 concours et les grandes expositions seront maintenus.

« Héros, Héroïne » artiste invité : Adrien Pelletier @atelieradrienp commande et exposition à venir

Quelles ont été vos premières envies de déconfinement ?


J’ai beaucoup travaillé pendant le confinement et habitant à 50 m de la Villa Noailles j’eu la chance de venir facilement au bureau et n’ai pas vécu un confinement trop enfermé chez moi. La 1 ère envie était de retrouver l’équipe de la Villa, ce qui s’est fait assez vite et d’aller chez moi sur l’île du Levant avec ma famille.

En écoute :🎧

FOMO Podcast Jean-Pierre Blanc et le 35ème Festival International de Mode

Réouverture de la Villa Noailles depuis le 15 mai avec :
Charles et Marie-Laure de Noailles, une vie de mécènes (exposition permanente)

Bel ouvrage : Charles et Marie-Laure de Noailles, Mécènes du XXème siècle, initié par
Jean-Pierre Blanc, écrit par Alexandre Mare et Stéphane Boudin-Lestienne, co-édité
par la Villa Noailles centre d’art & Bernard Chauveau Édition 2018

35 ème Festival international de mode, de photographie et d’accessoires de mode
du 15 au 19 octobre

15 ème Festival International Design Parade Hyères-Toulon reporté à juin 2021

Découvrir le Jardin Potager de la Villa Romaine, participer aux Ateliers pour enfants…

https://villanoailles-hyeres.com

Plein Sud, le réseau arts visuels du sud :
Le Réseau Sud fédère plus de 35 acteurs de toutes tailles, privés et publics, dans une zone géographique large allant de Montpellier à Monaco en passant par Sète, Avignon, Arles, Nice, Digne les Bains, Toulon ou encore Hyères, avec la villa Noailles.

Relire la carte blanche de Jean-Pierre Blanc (9 Lives-magazine) et notre chronique au Festival d’Hyères en avril 2018 (9 Lives-magazine).