A PPR OC HE, coups de coeur et révélations !

Benoît Jeannet, Installation: «Coca-Cola Paradise» Tirage pigmentaire Oiseaux du Paradis Bouteille de Coca-Cola courtesy the artist, galerie Eric Mouchet

Cette 3ème édition d’A PPR OC HE confirme plus que jamais le positionnement revendiqué par Emilia Genuardi et Elsa Janssen d’un salon ouvert à l’expérimentation du medium, loin des autoroutes de l’image, dans une atmosphère feutrée et intime d’un hôtel particulier de l’hyper centre de la capitale (Louvre). Les 15 personnalités choisies révèlent une génération photosensible aux enjeux du monde et à une certaine porosité des champs exploratoires.

Coups de coeur et immanquables :

Dès l’accueil les collages d’Eleonore False (Beaux Arts de Paris) ouvrent grand les possibles entre sculpture et installation photographique. Elle est l’une des artistes invitées par la foire qui souhaite agir comme rampe de lancement ou de confirmation. Puis l’on découvre la première galerie, Meyer Zevil Art Projects (ex Galerie des Petits Carreaux) avec Sébastien Reuzé et son projet “Colorblind Sands”sorte de roadtrip dans l’histoire et la mythologie de l’image américaine avec sous jacent une tension et possible dissolution du soi. Les variations des couleurs correspondent à l’échelle des sentiments de l’artiste.

Noé Sendas, mc2 gallery

La galerie milanaise MC2 gallery pour sa première participation frappe fort avec Noé Sendas (également présenté à Paris Photo chez Carlos Carvalho) artiste belge basé à Berlin fortement inscrit dans la veine surréaliste. Sa série “The Crystal Girls” déconstruit l’iconographie hollywoodienne à partir de sa collection de pin-up, images trouvées qu’il simplifie et allège effaçant certains détails pour créer une nouvelle équation à résoudre par le spectateur.

Le duo Pugnaire & Raffini (Ceysson & Bénétière) avec Fahrenheit 134 interroge la matérialité du medium. Issus de leur résidence à la Flax Foundation de Los Angeles, ces sculptures objets sont les témoins des territoires mythiques traversés. Des débris et fragments façonnés par le vent, le sel, l’air du désert.

Cathryn Boch (galerie Papillon) : ses points de couture rallient des continents déchirés par les guerres ou les désillusions laissant apparaitre les béances et cicatrices d’une urgence. L’aiguille et le fil d’une machine à coudre mais aussi le sucre pour tenter de nouvelles greffes et faire naitre un autre monde possible.

Benoît Jeannet, Eric Mouchet galerie. Lauréat du Foam Talents 2020, le suisse Benoît Jeannet avec “Escape from Paradise”poursuit une recherche sur les mythes hawaïens et la perception mentale de cet archipel. L’installation réunit des artefacts contemporains l’artiste agissant comme un archéologue du futur et décryptant la version officielle et officieuse de cet imaginaire collectif. La chemise hawaïenne ne fait que cacher toute une propagande au moment de l’invention du champignon atomique. Brillant !

Laure Tiberghien, Lumière des Roses

Autre lauréat suisse de Foam Talents 2020, Douglas Mandry exposé par Bildhalle Gallery. Interrogeant l’histoire de la photographie et les changements technologiques, il intervient à la main sur ses tirages à l’aide de différents processus, ajoutant une donnée mélancolique face à la lente disparition des glaciers en Suisse ou certains paysages touristiques retouchés comme les sites archéologiques de Turquie que nous avions découverts à l’occasion du festival Circulations.

Benoît Jeannet, Eric Mouchet galerie

A l’étage, AFRONOVA Gallery (Afrique du Sud) avec Lebohang Kganye qui vit et travaille à Johannesburg, lauréate du prix Camera Austria 2019, est l’une des propositions très abouties. Nourrissant une réflexion sur la valeur de l’archive, l’artiste fictionnalise son récit familial (hommage à sa mère décédée) dans un univers qu’elle réinvente.

Jonny Briggs (Nccontemporary) Parmi ces nombreux prix, le New Sensations 2011 de la Saatchi gallery. L’artiste diplômé du Royal College of Art, sonde les traumatismes de l’enfance à travers la sculpture, la photographie, le dessin dans des mises en scène grinçantes et inquiétantes où il est question de filiation, d’abandon, d’identité…Drolatique et redoutable.

Thomas Paquet Horizon #1, Galerie Thierry Bigaignon

Thomas Paquet (Galerie Thierry Bigaignon) revendique une approche traditionnelle et artisanal de la photographie (tirage à l’agrandisseur, gomme bichromatée, collodion..) pour documenter le passage du temps et le pouvoir révélateur de la lumière. Jeu de dupe dont les traces apparentes lors du développement, l’image n’est-elle pas toujours ce leurre qui rencontre notre croyance dans le réel ?

Dune Varela, artiste également invitée, exposée à Arles en 2017 (lauréate résidence BMW 2016) nous parle de cette “dichotomie moderne qui consiste à vouloir conserver des morceaux du monde tout en le détruisant” à partir d’objets sculpturaux questionnant la disparition programmée de certains sites touristiques dont elle fixe les images sur différents matériaux tels que le plâtre, le verre, la céramique.

Enfin, My-Lan Hoang -Thuy (Beaux Arts de Paris), prix Photographie 2019 manipule et rehausse les images de fleurs d’ajouts de peinture pour interroger le naturel de l’artificiel, l’orient et l’occident suggérant une réalité autre. Artiste également au tout début de sa carrière sans galerie encore, pour qui cette exposition est une belle opportunité.

Précipitez-vous à Approche qui outre cette programmation pointue, affiche d’excellents résultats en terme de ventes et de fréquentation.

Le Molière

jusqu’au 10 novembre

Relire mon entretien avec les 2 directrices.

http://approche.paris/fr