Installation view Kunstmuseum Basel | Gegenwart; Cao Fei: Testimonies to the Near Future – The Factories. Courtesy of the artist, Vitamin Creative Space, and Sprüth Magers; Asia One commissioned by the Solomon R. Guggenheim Museum, New York, für the Robert H.N. Ho Family Foundation Chines Art Initiative
Photo Credit : Samuel Bramley
L’artiste chinoise Cao Fei bénéficie au Kunstmuseum de Bâle de sa plus grande exposition en Europe sous la forme d’un environnement total dans l’ensemble des espaces du Gegenwart. On passe de la réalité physique à des mondes virtuels selon une grande fluidité à l’image de l’intrusion de la culture en ligne dans nos quotidiens. En France on a remarqué l’artiste au Centre Pompidou, à la Fondation Cartier, au Palais de Tokyo ou encore à la Biennale de Lyon avec Asia One, film qui se déroule dans l’immense centre logistique automatisé de Kunshan, un univers totalement aseptisé et froid qui témoigne des transformations galopantes de la Chine, devenue leader mondial de la logistique et du commerce en ligne entrainant dans son sillage désastres en cascade. Deux employés, un homme et une femme viennent rompre le sentiment de vide ambiant. Peu à peu, ils s’échappent de leur routine et basculent dans une autre dimension plus onirique presque irréelle quand les tapis et convoyeurs deviennent des aires de jeux. Une sorte de mélancolie s’installe dans ce décor grandiose où surgit le rêve. Comme avec Whose Utopia, réalisé au sein d’une usine d’ampoules du delta de la rivière des Perles, l’une de ses œuvres les plus abouties autour de l’émotion et de la capacité à inscrire de la poésie dans le quotidien et à résister. Les ouvrie.ères dansent parmi les machines. Les éléments tels que les grilles et autres éléments de l’univers formaté de l’usine participent à son évocation en bouillant les frontières de la perception.
« Testimonies to The Near Future » titre de l’exposition s’inscrit entre dérive romantique, rituels porteurs de sens et récit d’anticipation technologique. Des avatars, des métavers, les zombies côtoient des utopies, des refuges, des îles. Après avoir traversé la ville de Cao Fei au rez-de-chaussée entre séances de hip hop sur les parkings et trottoirs de mégapoles mondialisées : Canton, New York, Shangaï, Sydney, New York et rencontres de communautés de Cosplayers qui investissent des zones abandonnées, des chantiers ou villas inachevées en banlieue, on pénètre au premier étage dans des environnements plus fictionnels et spéculatifs à partir des mutations contemporaines et faillites du progrès comme avec le projet au long cours Hongxia, ancien théâtre et cinéma associé au site de production du premier ordinateur chinois dans les années 1950. Entre solitude et désillusion, les ruines du paysage gagnent la mémoire collective de ce lieu, dont les habitants viennent raconter l’ancienne sociabilité. La ville frontière de Manzhouli en Mongolie qui s’est révélée un mirage économique entre la Chine et la Russie est évoquée à travers des gigantesques matriochkas et le film Matryoshkaverse.

Installation view Kunstmuseum Basel | Gegenwart; Cao Fei: Testimonies to the Near Future – The Factories
Courtesy of the artist, Vitamin Creative Space, and Sprüth Magers
Photo Credit : Samuel Bramley
Avec RMB City « ville de l’argent », métropole virtuelle réalisée sur Second Life par l’artiste ici directrice artistique et une équipe de développeur.euses de Vitamin Creative New York, elle questionne les liens entre l’art numérique et le système capitaliste néolibéral à partir du boom immobilier en Chine. De nature imprévisible, le système reposait sur la volonté des abonnés, les résidents. Du work in process à grande échelle.
La création de son avatar Oz (comme le magicien ?) créature hybride et androgyne doté d’extensions bioniques et suspendu au-dessus d’une skyline virtuelle, constitue un jalon important créé au sein de Duotopia, espace architectural dans le métavers. Son titre « multiples lieux possibles » souligne que pour l’artiste les espaces virtuel et physique ne sont pas antinomiques.

Installation view Kunstmuseum Basel | Gegenwart; Cao Fei: Testimonies to the Near Future – The Playground
Courtesy of the artist, Vitamin Creative Space, and Sprüth Magers; Duotopia commissioned by Meta City; Screen Autobiography commissioned by Fondazione Prada
Photo Credit : Samuel Bramley
Avec Screen Autobiography, on assiste aux coulisses de fabrication de l’image dans l’industrie de la mise en scène de soi, l’écran entre paravent et espace de projection, relie et sépare, il devient un interface actif.
Le tout premier avatar est China Tracy, une cyber mère et cyber cheffe. Elle évolue et fait des rencontres comme dans i.Mirror avec un Américain de 64 ans Hug Yue qui se cache sous des allures de jeune homme. Une manipulation proche de la simulation à l’instar de nombreuses craintes véhiculées par le cyberespace.
On la retrouve au 3ème étage avec sa fille China Sun dans l’installation Isle of Instability installation vidéo réalisée pendant la pandémie. Marqué par l’incertitude, l’espace domestique devient une échappatoire pour la jeune fille et le jardin botanique, un lieu de refuge.
A la lisière du visible et de l’invisible, du matériel et du symbolique, de la ruine et de la mémoire, cette traversée des mondes vouée à un échec nous tend un miroir, un portrait, un destin.
Le temps est définitivement figé au royaume de Cao Fei. Quelque chose est brisé.
Avec the First Homosexuals, Helen Frankenthaler et Cao Wei, le Kunstmuseum s’impose comme une destination culturelle de premier choix !
Infos pratiques :
Cao Fei
Testimonies to the near future
Jusqu’au 11 octobre 2026
Kunstmuseum











