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Interview Nicolas Surlapierre, directeur MAC VAL : « Repartir à zéro tout en rendant hommage à ce qui a été fait… »

Vernissage L’œil vérité MAC VAL © Ph. Lebruman

Nicolas Surlapierre, nouveau directeur du MAC VAL depuis juillet 2022, décline sa feuille de route à travers une exposition à valeur de manifeste « L’œil vérité, le musée au second degré », dont il nous décrypte les enjeux. En hommage à la collection constituée par le Département dès 1982, le parcours opère une rupture avec l’accrochage traditionnel pour offir ce qu’il appelle des rebonds autour d’une histoire de l’art contemporain. Un pari audacieux qui signe l’Acte II du musée alors que ses 20 ans seront célébrés en 2015. En parallèle l’exposition de Frank Lamy « Histoires vraies » « sous le régime du conte et de l’enfance, interroge les stéréotypes liés au genre. Nicolas Surlapierre a répondu à mes questions.

Nicolas Surlapierre MAC VAL Photo © Philippe Lebruman 2022

« L’œil vérité, le musée au second degré » est votre première exposition pour le MAC VAL, avec quel état d’esprit l’avez-vous conçue ?

J’ai construit cette exposition pour rendre hommage à l’institution, au musée en particulier et en général à l’histoire de l’art. J’avais besoin de poser des jalons et de voir si je puis dire, selon des logiques historiennes, de quoi la collection était capable. Elle est à prendre au premier degré, c’est une histoire de l’art contemporain en France de 1950 au tout début des années 2000 mais aussi au second : la question lancinante est posée : c’est quoi un musée d’art contemporain ? Oxymore, paradoxe ou pure spéculation ?

Vernissage L’œil vérité MAC VAL © Ph. Lebruman

A-t-elle valeur de manifeste? et si oui pourquoi / comment ?

Comme le premier numéro d’une revue, elle a une valeur de manifeste, dans le milieu éditorial on parle de numéro zéro : entre repartir à zéro tant en repartant pas de rien, autrement dit en respectant et rendant hommage à ce qui a été fait. Si elle a une valeur de manifeste, c’est essentiellement parce que rares sont les musées qui présentent sous un axe historique l’art contemporain. C’était risqué mais je m’aperçois que ce premier opus tient debout et rend justice à la collection et à l’effort consenti pendant plus de quarante ans par la collectivité en l’occurrence le Département du Val-de-Marne.

Non pas chronologique ou thématique, ce nouvel opus de la collection est construit autour de la rupture avec les codes faisant de l’œil un dénominateur commun : comment le public qui est au cœur de vos préoccupations, sera-t-il accompagné dans cette traversée savante et iconoclaste, sérieuse et décalée ?

Effectivement l’œil est le dénominateur commun des seize sections qui ponctuent l’exposition, c’est l’équivalent du nez dans l’histoire de la parfumerie pour reprendre l’analogie de mon collègue Philippe Costamagna. J’aurais tellement aimé que les visiteuses et visiteurs qualifient eux-mêmes l’œil en regardant les œuvres, qu’elles et ils proposent des adjectifs et entrent dans cette poésie. Bien sûr, nous interrogeons un mode d’accès particulier à l’œuvre d’art qui est contextuelle et iconographique bien que nous attirions l’attention sur tout ce qui fait musée. Ce lieu patrimonial par excellence se définit par des textes de salle, la numérotation, le titre de la salle, le cartel, le cartel développé, le sens de visite. Parfois nous rompons la grande régularité de l’accrochage par des œuvres jetées en l’air pour créer ce que je nomme des rebonds et relancer l’attention, l’intérêt des visiteuses et visiteurs. La régularité, les rythmes ont souvent prévalu dans la doxa moderniste : c’est en jouant avec de tels codes que nous nous sommes décalés et ainsi que vous le dites et cela me plait assez : nous avons voulu être faussement classiques ou carrément iconoclastes.

Quelle œuvre a-t-elle donné naissance au MAC VAL et où est-elle présente dans le parcours ?

Je voulais absolument que le parcours commence par la première œuvre achetée en 1982 par le Département parmi une série pour constituer un fonds sans qu’il soit alors question de créer un musée. Cette œuvre est une peinture fort belle en réalité, je dis en réalité car elle n’avait jamais été présentée depuis l’ouverture du musée. Il s’agit d’une œuvre de Joël Brisse qui rappelle que les peintres dans les années 1980 ne sont pas encore les derniers indiens et ne le seront probablement jamais. Il joue sur des expressions comme la peinture remet le couvert, c’est exactement le propos de l’œil vérité qui applique cette expression à l’histoire de l’art.    

En parallèle Frank Lamy propose « Histoires vraies » un autre condensé de la collection sous le prisme de la fiction et de la représentation de soi : que pensez-vous de cette mise en espace d’enjeux très contemporains ?

Je suis très heureux de cette exposition pour deux raisons. Premièrement parce que j’aime les expositions à suite et qu’Histoires vraies étaient un nouveau chapitre de Lignes de vie. Je pouvais ainsi mesurer ce qui avait changé dans la relation des artistes au récit. L’exposition a une coloration particulière, je perçois d’une part la place de l’enfance ou de ce que j’appelle les âges intermédiaires ou les décisions incernables. Mais surtout un pan du récit très important est le conte et ses nouveaux attributs, les artistes interrogent son caractère souvent binaire et son manque de fluidité. Le tour de force de l’exposition est d’avoir aussi montré que le conte était un des meilleurs lieux pour interroger les stéréotypes de genres d’une façon presque magique et pourtant grave à la fois. On passe d’un sexe à l’autre au cœur même du récit ou alors on refuse le caractère binaire de certains récits. L’exposition a vraiment réussi à construire un univers, une ambiance légèrement empoisonnée.       

Le MAC VAL accueille pour la première fois une initiative privée : The Kooples Art Prize, comment le projet a-t-il émergé ?

Nous avons été contactés par la marque The Kooples qui souhaitait lancer un Prix inédit d’art contemporain, concret et utile, afin de soutenir de jeunes artistes de façon légitime et ambitieuse, en leur offrant une visibilité après d’un public le plus large possible.

Le MAC VAL a donc accepté de participer au jury et les deux lauréats Kim Farkas et Gaby Sahaar, porte-paroles de leur génération, ont pu bénéficier de deux lieux d’expositions totalement différents comme le nouveau magasin de la marque situé au cœur névralgique de Paris sur les Champs-Elysées et le MAC VAL en plein cœur du Val-de-Marne.

Thomas Conchou, directeur de la Ferme du Buisson et Julien Blanpied, du MAC VAL ont assuré le commissariat de ce duo show.

Cette nouvelle expérience de croisement des origines, des formes et des univers était pour notre institution, comme pour la marque, une occasion inédite de toucher un nouveau public, à commencer par les équipes nombreuses, de l’entreprise elle-même.

Quelles priorités vous animent pour mener à bien l’Acte II du musée ?

Pour mener à bien l’acte II du musée je crois que « L’œil vérité » peut servir de modèle notamment dans l’affirmation plus nette des différences entre les collections permanentes et les salles d’expositions temporaires. Ce parcours a été pensé entre le pavillon témoin et le patron, c’est dans ce sens que je parle de modèle. Le musée, outre le fait que c’est une institution crédible et de ce point de vue l’opinion des publics lui est souvent extrêmement favorable, est le lieu d’une promesse : celle de pouvoir retrouver certaines choses à commencer les œuvres et également un type de savoir. Si je dis que « L’œil vérité » est un peu le prototype de ce qui va se faire au MAC VAL à l’aune de l’acte II, cela n’induit pas de verser constamment dans des présentations historiques et chronologiques mais surtout de continuer à accompagner les visiteuses et les visiteurs tout au long de leur découverte par un parcours, une mise en contexte, des textes par salle, un soin nouveau ou autre apporté au dispositif lequel jouera son rôle pour créer des repères et un rapport à l’œuvre. Il est donc important de mettre en place une programmation nouvelle et d’écrire ce que dans le jargon des musées nous appelons le Projet scientifique culturel social et environnemental (le PSCSE). Cela s’écrit et se pense d’une manière collégiale, nous établissons ce que nous voulons et par quels moyens y compris « patrimoniaux » nous voulons y parvenir. Cela revient à établir des valeurs, à les identifier et à la rendre aussi tangibles que vivantes.      

Infos pratiques :

L’œil vérité, le musée au second degré

Histoires Vraies

Kooples Art Prize

MAC VAL