La collection ALANA chez Jacquemart André, dialogue à l’italienne…

Lorenzo Monaco, L’Annonciation, détail collection Alana Newardk DE, Etats Unis ©Allison Chipak

Alors qu’un tableau primitif de Cimabue vient de faire un record en ventes en enchères adjugé à 24 M d’€ chez Actéon (Oise), des trésors de cette période sont actuellement visibles à Paris au musée Jacquemart André. C’est une première et Pierre Curie, co-commissaire et conservateur du musée s’en félicite car la collection du couple chilien Alvaro Saeih et Ana Guzmàn (prénoms formant ALANA) n’avait jamais été exposée jusqu’alors. Constituée de 450 œuvres, l’un des plus grand fonds privé sur la période de la fin du XIII ème au début du XVIIème siècle italien, la collection dans la demeure américaine du couple à Newark ne se visite pas. Ce n’est pas un hasard si les 67 tableaux et retables sont réunis au musée Jacquemart André en écho à la démarche du couple de collectionneurs parisiens Nélie Jacquemart et Edouard André, également épris de ces grands maîtres que sont Paolo Ucello, Lorenzo Monaco, Giovanni Bellini, Orazio Gentileschi, Tintoret, Véronèse… que l’on retrouve dans le reste de l’hôtel particulier de la plaine Monceau.

NIccolo di Pietro Gerini, La Trinité avec la Vierge et quatre anges (détail), vers 1380-1385, tempera et or sur bois, 98 x 55 cm, collection Alana ©Allison Chipak

Une histoire de goût comme en témoigne l’accrochage particulièrement dense de la première salle qui pourrait dérouter de prime abord. Présentées à touche-touche, ces tableaux sur fond d’or répartis sur trois murs donnent une sensation de ravissement à notre œil qui peu à peu dessine des arborescences. Ce vertige momentané reconstituant l’intérieur des collectionneurs est aussi un clin d’œil aux cabinets de curiosités fastueux des princes de la Renaissance italienne. L’exceptionnel état de conservation rehausse l’impression d’ensemble.

Puis le parcours reprend une organisation chronologique plus classique où alternent les grands courants, du Gothique international après le hiératisme des icônes byzantines, (sublime Annonciation de Lorenzo Monaco) à l’iconographie du culte marial qui se développe énormément et permet de suivre les avancées stylistiques au XVème siècle à Florence avec Gentileschi en lien avec la perspective et l’architecture jusqu’à ce que Savonarole introduise des préceptes plus rigoureux de dépouillement comme en témoigne le “Christ en homme de douleur” de Cosimo Roselli.

Orazio Gentileschi, (Pise, 1563 – Londres, 1639), La Vierge et l’Enfant, vers 1610-1612
Huile sur panneau, 91,4 x 73 cm, Collection Alana, Newark, DE, États-Unis, Photo : © Allison Chipak

Au XVIème siècle triomphe le luminisme vénitien, les peintres abandonnant les panneaux de bois pour les toiles, Bassano (l’adoration des bergers), Tintoret (Episodes d’une bataille) et Véronèse (Saint Pierre et Saint Paul).

Après la mort de Savonarole, les Médicis retournent à Florence et se lancent dans une stratégie de reconquête à l’aide du portrait. Bronzino et Pontormo (Portrait d’un joueur de luth) sont le chefs de file de ce nouveau genre.

Agnolo di Cosimo, dit Bronzino (Florence, 1503 – 1572), Saint Côme, vers 1543-1545,
Huile sur panneau, 73,5 x 51,3 cm (81 x 56,2 cm avec les ajouts modernes), Collection Alana, Newark, DE, États-Unis, Photo : © Allison Chipak

Le maniérisme s’éteint avec le Concile de Trente pour donner lieu aux prémisses du baroque par la recherche d’un réalisme exacerbé comme chez Annibal Carrache (l’Annonciation). Le caravagesque Manfredi (Scène de taverne) en fin de parcours préfigure une nouvelle page de cette histoire de l’art italien d’une exceptionnelle force et cohérence.

Bartolomeo Manfredi, (Ostiano, 1582 – Rome, 1622), Scène de taverne, vers 1619-1620 détail
Huile sur toile, 132,5 x 197,2 cm, Collection Alana, Newark, DE, États-Unis, Photo : © Allison Chipak

Plongez dans “l’Allégorie des fruits d’automne” de Vasari, propice en cette période des premiers frimas avant de prendre un bon chocolat chaud au salon de thé de l’élégant musée.

Infos pratiques :

La collection ALANA, chefs d’œuvre de la peinture italienne

jusqu’au 20 janvier

Musée Jacqumart André

158 Bd Haussmann

Ouvert 7 jours sur 7 de 10h à 18h

Tarifs :

plein 14,5 € (expo et collections permanentes)

https://www.musee-jacquemart-andre.com/