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Henri Matisse – Alex Katz au musée Matisse Nice, entre hommage et confrontation

Affiche Henri Matisse- Alex Katz, Musée Matisse Nice

Aymeric Jeudy, directeur du musée Matisse Nice après le remarquable dialogue Henri Matisse – Yves Saint Laurent poursuit avec brio cette évocation contemporaine de l’influence du maître avec l’artiste américain Alex Katz. « Le silence de la peinture » titre très inspiré de cette nouvelle exposition, retrace l’admiration que voue le new yorkais à l’héritage matissien, à partir d’un vrai choc esthétique alors qu’il est étudiant à la galerie Pierre Matisse qui présente en 1949 « Henri Matisse, Paintings, Papiers découpés, Drawings ». S’il n’est pas le seul artiste étasunien à ressentir cet impact, il n’en produit pas pour autant une réponse abstraite comme le souligne Eric de Chassey dans l’indispensable catalogue qui prolonge les questionnements soulevés. C’est là toute l’originalité de sa démarche au moment où domine l’Expressionnisme Abstrait. 

Le parcours est organisé en 7 séquences à partir de 83 œuvres rarement montrées en France (dessins, cut-outs, estampes, peintures) en écho aux collections du musée. Simplification des solutions formelles et économie de moyens, charge explosive des couleurs, radicalisation des cadrages, comme autant de rapprochements mais également de rémanences. Admiration ne veut pas dire translation servile et les différences sont aussi présentes à commencer par le format et rapport d’échelle et une dimension narrative des collages chez Katz. 

Le premier chapitre intitulé « La matière des choses » dévoile des natures mortes inédites de Matisse et une série d’objets qui les traversent (la chocolatière, le pot de tabac) d’un style réaliste au départ jusqu’à flirter avec l’abstraction, Alex Katz donnant sa propre lecture de Nature morte aux grenades avec les Oranges, cette couleur répondant pour lui à » la dynamite » de l’Atelier Rouge. 

Avec « Un jardin partagé »  il est question du lien entre l’homme et la nature et de la fascination de Matisse pour le biomorphisme, ses arbres sur le motif illustrant le principe de la croissance comme le souligne Katz. L’américain assume un goût pour les peintures de fleurs qui s’inscrit dans des variations d’une apparente simplicité à rebours de la tradition picturale new yorkaise. Au 1er étage de l’ancienne Villa des Arènes, la section « Le portait et l’image humaine » offre des expérimentations autour des « intérieurs avec personnages » matissiens particulièrement saisissantes. Les portraits de Lorette avec ce principe d’une figure féminine qui se détache d’un mobilier ou d’une fenêtre est reprise avec Ada with White Dress, Ada étant son épouse et modèle ou « 10 A.M. » tout en insistant sur la planéité de la surface. Katz transpose également la longue tradition de l’odalisque matissienne qu’il débarrasse de sa connotation orientalisante pour une faire une Baigneuse Pop comme avec Reclining Bather !. Les dessins au trait et à l’encre partagés par une même essentialisation du visage nous conduisent à « La Danse », avec un préambule sur la danseuse Henriette que Matisse met en scène sur le balcon de son appartement du cours Saleya et immortalise dans la toile « La séance de trois heures » et série de sculptures. 

Cette section autour de la commande de Barnes est l’un des points forts du parcours avec une rare captation filmique des solutions trouvées par Matisse pour traduire ses corps monumentaux en mouvement à l’échelle 1 à l’aide d’une multitude de papiers gouachés mobiles, les premiers qu’il invente. Une fragmentation des corps et des visages reprise par Katz. Matisse collabore également avec les Ballets Russes autour les décors du « Chant du rossignol » ou de « l’Étrange farandole » dont le musée vient de faire l’acquisition de trois dessins préparatoires de costumes. Katz lui, collabore avec plusieurs chorégraphes dont Paul Taylor. Après une traversée du paysage et de la forêt autour de la sensation, le dernier acte se joue avec « La surface des choses », d’une grande puissance à partir d’une confrontation entre les monochromes noirs sur fond blanc de Katz, série des Black Roses et les papiers gouachés découpés selon une vision expansive du motif. Des  « formes et contreformes à l’infini » résume le commissaire. Une énergie qui continue de vibrer tout comme l’empreinte de Matisse si l’on regarde cette photo de l’atelier de Brooklyn d’août 2026, l’artiste âgé de 99 ans étant toujours aussi actif. L’on referme à regret cette magnifique leçon à quelques encablures de l’Hôtel Régina où Matisse a passé les dernières années de sa vie dans l’emblématique quartier de Cimiez. 

Catalogue à paraître In Fine éditions, 

136 pages, 30€

Infos pratiques :

Henri Matisse- Alex Katz

Le silence de la peinture

Jusqu’au 18 janvier 2027

www.musee-matisse-nice.org

A ne pas manquer également lors de votre venue :

L’exposition « Anne et Patrick Poirier, Mémoires des ruines »

Musée d’archéologie de Nice 

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