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« Faire territoire », Palais de Tokyo, nouvelle saison 

Vue de l’exposition « Today is OK »
d’Ali Cherri au Palais de Tokyo, 2026-2027. Wake up Soldier, Open your Eyes, 2026.

Courtesy de l’artiste et de la galerie Almine Rech.
© Palais de Tokyo
– ph : Aurélien Mole

La nouvelle saison du Palais de Tokyo portée par Guillaume Désanges « Tous les feux, les fleurs » place l’art au cœur de la notion de territoire. Que ce territoire soit en conflit avec l’artiste franco-libanais Ali Cherri qui prolonge son exposition au WIELS Bruxelles autour de la figure du soldat, en ruralité avec « Toi et ta bande », mémoriel avec l’artiste brésilienne Sonia Gomes, identitaire avec l’artiste Valérie John (Martinique), politique avec le photographe ivoirien Paul Kodjo, grand témoin des « indépendances », local et en prise directe avec le Palais de Tokyo et ses agents de sécurité avec le peintre français Lassana Sarre. A cela s’ajoute l’exposition de la lauréate du Prix des Amis, Céleste Richard-Zimmermann autour de la place du monument et des architectures de pouvoir.

« Today is Ok » Ali Cherri 

Les deux expositions « Soul Witness » au WIELS et TODAY IS OK se répondent dans un effet miroir autour du nouveau film La Sentinelle, présenté au festival de Cannes. Son personnage central, Lafleur, s’échappe le temps d’une nuit à ses injonctions et traverse un conflit intérieur autour du devoir, l’autorité, de la vulnérabilité. Une dérive fictionnelle au bord du désir et de l’épuisement qui s’échappe de l’image pour traverser l’espace de l’exposition avec ce monument militaire qui se voit détourné. Une mise en tension psychique autour du vécu individuel. 

« Cœur sauvage » Sonia Gomes 

L’artiste a marqué les esprits à l’occasion de la Biennale de Venise (2024) et l’exposition du Pavillon du Saint Siège dans la prison des femmes de la Guidecca. Pour « With My Eyes » elle avait déployé une œuvre textile à partir de la mémoire des détenues dans un geste de transformation. Des histoires invisibles de résistance et de réparation nouées et dénouées à partir de son héritage afro-brésilien. Avocate dans une première vie, l’artiste interroge les blessures identitaires, les liens culturels et symboliques, l’héritage colonial. 

« I Telman Nwé Ki I Blè »   (SI NOIR QUE CELA EN DEVIENT BLEU), Valérie John

Découverte par le public lors de l’exposition Paris Noir au Centre Pompidou en 2025, elle déplaçait déjà l’atelier au centre de l’installation, ce palimpseste des mémoires tissées et de l’indigo. Avec I Telman Nwé Ki I Blè (SI NOIR QUE CELA EN DEVIENT BLEU) l’échelle change de dimension dans la grande verrière du Palais de Tokyo entre textes-îlots, papiers textiles, vêtements, objets selon les variations de la lumière naturelle et des tonalités du bleu profond au noir. D’autant que l’indigo porte une vraie symbolique autour du spirituel et des profondeurs. Rattaché à l’économie coloniale des Antilles, il faut le lien chez l’artiste entre l’Afrique et les Caraïbes dans un dialogue autour des violences et des mémoires invisibilisées.  La transmission au féminin associée à des savoir-faire immémoriaux est également une porte d’entrée essentielle dans la démarche de l’artiste. 

Vue de l’exposition « I Telman Nwé Ki I Blè » (SI NOIR QUE CELA EN DEVIENT BLEU), Valérie John Courtesy de l’artiste Adagp 2026 photo Aurélien Mole

« Photoromance » Paul Kodjo 

En partenariat et coproduction avec les Rencontres d’Arles où son travail a été exposé cet été (espace Croisière), l’exposition prend ses quartiers à Paris, ville où l’artiste a vécu avant de revenir à Abidjan et de fonder l’agence MAMEDIS. Témoin du « miracle ivoirien » ses photo-romances autour d’intrigues populaires (rivalités, jalousie, adultère..) donnent à voir des femmes et des hommes africains acteurs leur propre narration et modernité. 

Vue de l’exposition « Photoromance » Paul Kodjo / Courtesy de l’artiste, Rencontres du Sud / In camera galerie

« Toi et ta bande » 

La curatrice invitée Liza Maignan déclare : « Dans une France traversée par les fractures politiques, sociales et territoriales, des formes de vie collective continuent de s’inventer à l’écart des modèles économiques et des centres urbains ». Qui sont ces communautés animées par les principes de la permaculture ? inscrite au cœur du projet de Guillaume Désanges. Des Cévennes à la Bretagne en passant par la Corse, Guadeloupe, le Limousin iels dessinent les contours de nouvelles topographies et relations au territoire, de façon temporaire ou plus définitive, sous l’effet notamment du confinement. Il est parfois difficile de se repérer dans toutes ces propositions. 

La notion de collectif autour d’une exigence artistique partagée traverse plusieurs démarches comme avec Fossile Futur, dont les 14 membres forment un laboratoire installé à Meymac ou Silo basé en Occitanie qui accueille des artistes en résidence dans une ancienne cave coopérative viticole. 

Parmi d’autres artistes néo-ruraux, l’on retrouve Magali Paulin présentée dans le cadre du Prix de la Fondation Louis Roederer 2026 par la commissaire Nadine Hounkpatin. La remarquable série « Matières, fantômes » interrogeait les traces de l’Exposition coloniale de 1907 à Nogent-sur-marne. L’œuvre intitulée « Chez Klòd, référent KBM du lakou, Trois-Rivières, Guadeloupe » et produite pour l’occasion, renvoie à la mémoire des Caraïbes qu’elle soit individuelle ou collective. Une archive vivante et transmise qui continue à irriguer les communautés et qu’elle se réapproprie, née en région parisienne et n’ayant pas grandi en Martinique. 

Convergence des luttes !

Infos pratiques :

« Tous les feux, les fleurs »

Nouvelle Saison,

Jusqu’au 14 février 2027 

Palais de Tokyo

https://palaisdetokyo.com/horaires-acces

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