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Nouvelle saison à Lafayette Anticipations : Yu Nishimura, Hélène Fauquet et Mungo Thomson

Yu Nishimura, gaze, 2023 Courtesy de l’artiste et Crèvecoeur Paris photo Alex Kostramin

Lafayette Anticipations a inauguré lors de la semaine de l’art, trois expositions d’une grande pertinence, celle de l’artiste japonais Yu Nishimura, de l’artiste française Hélène Fauquet et de l’artiste américain Mungo Thomson. 

Comme clé de lecture pour « Towards a Sea » de Yu Nishimura, les connexions avec l’univers de l’écrivain Haruki Murakami sont nombreuses et immédiates. La magie du temps suspendu faite d’étrangeté, de présence invisible, d’intériorité se joue chez l’un et l’autre à partir de la notion de paysage, non pas pur décor mais lieu de transition. A partir de sujets ordinaires, d’existences banales, l’étrange s’installe, les images se superposent. Des individus souvent solitaires pour les deux artistes sont en prise avec leurs souvenirs, la mémoire étant aussi une porte d’entrée essentielle. Le temps n’est pas linéaire et de nombreux évènements restent irrésolus. Ce sentiment d’inachevé traverse les deux démarches même si l’on ne peut s’arrêter à cette comparaison peinture-littérature. Il y a comme une atmosphère qui perdure chez Nishimura relativement insaisissable. 

Penchons-nous à présent sur la carte blanche à Hélène Fauquet et à Mungo Thomson qui partagent une réflexion sur les objets qui nous entourent, précieux ou ordinaires et la valeur qu’ils véhiculent. 

Affiche de l’exposition Vivresse, Hélène Fauquet, Lafayette Anticipations, 2026 identité graphique Adulte Adulte. Courtesy de l’artiste, Adagp Paris 2026

Hélène Fauquet a étudié aux Beaux-arts de Valenciennes et à la Städelschule Academy de Francfort. Elle engage une pratique autour d’enjeux liés à la photographie qu’elle recouvre volontairement, opérant un transfert vers la question du baroque et de l’ornement.

Dès le titre choisi « Vivresse » on oscille entre deux directions, deux états : la vie et l’ivresse, celle de la beauté, de l’accumulation, du reflet ? 

Hélène Fauquet à partir de multiples images sources se penche sur trois motifs : le coquillage, la bulle et l’ornement : entre ready-made et objet de curiosité. Les notions de bon et mauvais goût, de dévoration de l’image, de renversement de valeur sont au cœur de sa démarche. 

Chez elle le coquillage dans un geste très radical, vient oblitérer une partie de l’image au sein de cadres recherchés dans des boutiques de faux anciens ou sur internet, pour leur surcharge décorative. Un côté tape à l’œil à rebours du display qui reprend les codes muséographiques : de grandes tables de travail d’aspect minimal. S’agit-il de photos de famille renvoyant à la sphère domestique ou de bibelots devenus des objets de luxe dans de précieuses vitrines ? Cette ambiguïté autour de la miniaturisation participe au trouble du regardeur. 

La bulle est aussi un motif qu’elle affectionne puisée dans l’imagerie scientifique. Son essence est par nature provisoire et évolutive. Fugace, transparence, immatérielle, elle est une métaphore de la vision. Disposée dans ces cadres et comme enfermée, sa matière réfléchissante se trouve anesthésiée. Mais même figée, elle reste instable. Et peut-on représenter ce qui est par nature éphémère ?

La question de l’ornement renvoie au caractère superficiel, à la profusion, au baroque, qui est synonyme au départ d’une perle imparfaite (portugais). Ce terme me semble plus juste que le rococo souvent associé à sa démarche. Une irrégularité que l’on retrouve dans le coquillage et tout un imaginaire. La séduction procurée par ces images joue sur l’apparence et interroge la nature de l’objet décoratif. 

Derrière cet art de l’illusion se cache une interrogation plus profonde : que devient l’image lorsqu’elle est recouverte par la matière ? Où se situe la frontière entre naturel et artificiel,art décoratif et beaux-arts ?

Mungo Thomson, passé par l’UCLA (Los Angeles) se penche sur la circulation des images et ce qui fait mémoire collective. Il mène une série au long cours à partir de la collection encyclopédique américaine Time-Life Books diffusée par abonnement dès les années 1960, autrement dit des supports imprimés qui ont disparu. 

« Monument » titre de l’exposition, ouvre sur une tour constituée de tubes en carton servant à la livraison postale que l’artiste fige dans le bronze, matériau noble par essence. « Snwman », titre de l’œuvre se veut un hommage à quelque chose de trivial, l’emballage.  Dans la 2ème œuvre, cœur de l’exposition, la vidéo « Time Life Volume 15. Monument to a Period of Time in Which I Lived » (2025), l’artiste compile des milliers d’images autour du motif de la bougie puisées dans différents ouvrages. A partir de ces flashs, les images s’accélèrent donnant corps à une réalité vertigineuse, celle de la fuite du temps. De plus la bougie dans l’histoire de la représentation véhicule de nombreux symboles autour du deuil et de la finitude, si l’on songe aux natures mortes de la peinture du XVIIème siècle notamment. Le son qui accompagne le film (craquement de vinyle) accentue cette nostalgie pour des supports analogiques. Sorte d’anti-monument, cette mémoire collective résiste à l’obsolescence mais pour combien de temps ?

Infos pratiques :

Yu Nishimura,

Towards a Sea

Itinérance de l’exposition en Italie à Prata, Centro Pecci 

Hélène Fauquet, 

Vivresse

Mungo Thomson,

Jusqu’au 3 janvier 2027 

Monument 

Jusqu’au 29 novembre 2026 

Du mercredi au dimanche 

De 11h à 19h

Entrée libre

Librairie

Café restaurant pluto

Lafayette Anticipations 

https://www.lafayetteanticipations.com/fr/exposition

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