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William Kentridge et Jean Brusselmans à Bozar, Bruxelles et temps forts 2027

Jean Brusselmans, La tempête, 1936, huile sur toile, Collection Herbert Foundation, Gand © Herbert Foundation 

Avec « Reassembling », Bozar Bruxelles invite à explorer de nouvelles voies et à se réunir de nouveau, sous l’action de ce préfixe. William Kentridge, est le Grand Invité de la saison avec le « Centre for the Less Good Idea », lieu de création qu’il a cofondé à Johannesbourg avec Bronwyn Lace. L’artiste Jean Brusselmans (1884-1953) associé au modernisme flamand pratique un art de la recomposition. Il est particulièrement lié à Bozar ayant eu sa première exposition monographique au Palais des Beaux-Arts en 1931, suivi d’autres, l’artiste ayant également conçu des décors d’opéra dontErwartung d’Arnold Schönberg, ce qui donne l’occasion à Kristof Santy, artiste contemporain flamand d’en réactiver une partie. Zoë Gray, directrice des expositions, qui se félicite également du dialogue Edith Dekyndt x Cristóbal Balenciaga lors de sa présentation, nous dévoile les temps forts 2027. 

« L’absurde pousse une logique imparfaite à l’extrême, révélant ainsi ses contradictions sous-jacentes… » WK.

Dès le départ un hommage est rendu à la chorégraphe et danseuse sud-africaine Dada Masilo, par un dessin sur les escaliers qui mènent aux expositions. 

Le titre I am not me, the horse is not mine, traduisible par « Je ne suis pas moi, le cheval n’est pas à moi »  fait écho à une formule absurde empruntée à Gogol. Il suggère une forme de déni et une difficulté à assumer sa propre responsabilité face au chaos qui règne. Il nous invite à assumer nos propres contradictions, sorte de fil rouge de l’ensemble. L’artiste et son double pour l’affiche nous invitent à pendre avec humour ce qui va suivre. 

Le commissaire Tarek Abou El Fetouh a conçu une exposition qui s’affranchit de la chronologie traditionnelle et à la manière d’une partition musicale, tisse des correspondances entre les œuvres, joue sur les ruptures de rythme,accentue les accidents ou repentirs, comme une œuvre d’art totale, ce que revendique l’artiste. Une utopie temporaire à l’image du théâtre d’atelier pendant l’apartheid dans l’Afrique du Sud des années 1980. 

Déployé sur dix galeries, le parcours s’ouvre et se clôt sur des espaces qui évoquent l’atelier de l’artiste à Johannesburg. Il met ainsi en lumière le cheminementet les allers et retours permanents, la contamination. Le dessin est au cœur de la pratique de l’artiste qu’il soit solitaire ou ouvert à la collaboration. 

Dada est l’une des figures qui plane tout comme Ubu comme avec cette présence monumentale du héros d’Alfred Jarry qui envahit l’espace, figure grotesque et tragique qui reflète les mécanismes du pouvoir et traumatismes collectifs transposés à l’Afrique du Sud. 

Avec la série inspirée du Nez de Gogol le grotesque devient prétexte à une satire dans des estampes en parallèle de sa collaboration avec Dimitri Chostakovitch autour de l’opéra Le Nez. Des images qui se chevauchent et brouillent les frontières entre musique, ballet, peinture et scènes théâtrales, tout comme le dessin et le théâtre qui finissent par se confondre chez l’artiste. 

The Refusal of Time, conçue pour la Documenta 13 est une installation particulièrement emblématique, dont la synchronisation renvoie à la mesure du temps, à l’organisation du monde, au refus de croire, à l’effacement. 

En lien avec le passé colonial de la Belgique, l’opéra de chambre The Great Yes, The Great No rejoint une réflexion sur l’exil et la mémoire de la traversée de l’Atlantique. De même pour l’installation vidéo To Cross One More Sea. Deux œuvres, un même point de départ : le voyage du cargo Capitaine-Paul-Lemerle de Marseille vers la Martinique avec à son bord des artistes et intellectuels qui fuient la menace de Vichy. Une traversée à laquelle l’artiste joint d’autres figures d’exilés comme Frantz Fanon, Aimé et Suzanne Césaire mais aussi Joséphine Bonaparte, Joséphine Baker, Troski… créant de nouvelles associations, de nouveaux horizons, chacun des personnages devant faire des choix. L’œuvre avait été présentée à la Fondation LUMA Arles en 2024 mais dans une autre orientation. On quitte éblouis et médusés cette œuvre, véritable utopie en mouvement. 

Jean Brusselmans, Les paysans, 1928, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Gand © artin􏰁anders.be, photo : Hugo Maertens 

L’exposition Jean Brusselmans « Peindre par nature » réunit 120 œuvres en dialogue avec d’autres artistes internationaux de son vivant comme Rik Wouters, Piet Mondrian, Constant Permeke, Giorgio Morandi ou Fernand Léger, entre figuration et abstraction. Deux autres expositions au Mu.ZEE d’Ostende en 2011 et au Kunstmuseum Den Haag de la Haye en 2018 se focalisaient plus sur les années 1930 comme le précise la commissaire flamande Ann Geeraerts qui souligne la nécessité de regarder son œuvre dans un spectre plus large. Ironie des circonstances, le gouvernement flamand à l’heure de l’ouverture de l’exposition, a annoncé ne plus soutenir Bozar alors que les grands musées des Flandres sont des partenaires privilégiés : MSK de Gand, KMSK d’Anvers, Mu.ZEE d’Ostende, Musea Brugge. 

Le parcours ouvre sur 1914, période où il déménage à Auderghem pour rejoindre le groupe des fauves brabançons. Il quitte l’académisme pour pouvoir expérimenter la couleur dans le sillage des fauves français. 

Rik Wouters va avoir une influence décisive et il partage avec lui un atelier à Bruxelles en 1907. Les portraits de sa femme Marie s’inscrivent dans cette période avec les natures mortes, reflets du monde qui l’entoure et des objets simples du quotidien : la cafetière rouge, des tranches de charcuterie locale, associés à des motifs de papier peint ou de tapis. Avec « le grand intérieur » plus tardif et synthétique, il opère un véritable collage entre le vaisselier, la cruche, le panier de pommes…, autour de la silhouette de sa femme. 

L’artiste synthétise déjà plusieurs influences entre Seurat, Van Gogh et Cézanne, le cubisme remplaçant peu à peu après la dissolution des fauves brabançons, les scènes d’intérieur. Il saisit des ouvriers au bord du canal ou des paysans du Dilbeek sous l’influence de représentants de l’expressionisme flamands tels Constant Permeke ou Gust De Smet. Les couleurs sont froides, les silhouettes massives, 

La vie est dure dans sa petite maison qu’il baptise « L’Âtre Froid ». La crise frappe à sa porte et sa femme décède prématurément. Malgré tout cette période est très créative et la maison lui offre un point de vue sur la campagne environnante, qui devient une sorte de laboratoire formel et mental entre les parcelles maraichères qui deviennent motifs géométriques, les façades aveugles et abstraites. Le paysage peut devenir presque anatomique de 1934 (collection privée) comme vidé de sa substance. 

Jean Brusselmans a commencé comme graphiste, une influence qui perdure. 

Sensible aux atmosphères maritimes, chaque année il se rend sur la côte. Les nuages prennent du relief sous l’effet d’une touche épaisse comme dans la fantastique toile « Tempête » de 1936 d’une grande puissance, réalisé lors de son séjour à Ostende, la mer restant l’une de ses sources d’inspiration favorite. Les éléments qui se déchaînent le fascinent : arcs en ciel, vagues.. 

Kristof Santy, Photo: © Cedric Verhelst

L’écho contemporain tissé avec l’artiste Kristof Santy qui a été exposé au SMAK de Gand à l’occasion des focus sur la jeune peinture belge, est tout à fait réussi. A partir d’archives, les quatre panneaux monumentaux réalisés par Brusselmans n’ayant pas été conservés, l’artiste apporte sa vision personnelle à cet univers fantastique : une femme confrontée à ses angoisses errant dans la forêt à la recherche du corps de son amant. Non pas une copie du maître mais une retranscription dans les volumes, les couleurs, le traitement spatial et l’illusion des formes selon une dimension théâtrale renouvelée.

Jean Brusselmans, Le bain des vagabonds, 1936, huile sur toile, Collection Van Abbemuseum, Eindhoven © photo : Peter Cox, Eindhoven 

Chapitre important autour du traitement monumental des corps selon une influence entre Cézanne, Picasso et Léger avec notamment la superbe composition « Le bain des vagabonds » conservée à Endhoven au Van Abbemuseum. Un décor de la vie moderne selon une dimension sociale donnée par le titre et situé au-dessus du canal de Bruxelles-Charleroi, près du pont de Heyvaert. Si l’inspiration relativement insouciante des baigneurs.euses dans l’histoire de l’art se fait sentir, l’ancrage résolument industriel : les cheminées, les bâtiments d’usine, offre un contraste saisissant. On est face à une scène de théâtre, tout est rigoureusement ordonné, réorganisé.

Jean Brusselmans, Vue sur la plage avec baigneuses, vers 1935, huile sur toile © Collection Mu.ZEE Ostende – Collection Ville d’Ostende, photo : Cedric Verhelst 

« Vue de plage avec baigneuses » de 1935 soulève la question de l’inachèvement chez l’artiste. Conservé au Mu.ZEE, le tableau est considéré comme l’un des chefs d’œuvre de l’art flamand, un manifeste. L’artiste transforme de nouveau une scène familière en une véritable stylisation presque intemporelle. 

Dernière période autour de scènes grotesques dans la tradition des images d’Epinal selon une exhubérance proche d’Ensor avec « Carnaval » ou « Les Compagnons de l’Art ». Une sorte de dérive qui le place résolument hors des catégories établies. Il regarde la tradition flamande tout en s’en affranchissant, en quête de nouvelles solutions.

A ne pas manquer également le dialogue cousu main entre la plasticienne belge Edith Dekyndt et le couturier espagnol Cristobal Balenciaga « The Fabric Decides » entre archives, œuvres expérimentales et installation contemporaine. 

En 2027 à Bozar :

La programmation 2027 autour de 3 prochains projets : 

-une exposition de l’artiste lituanienne Aleksandra Kasuba « Shelters for Senses » (exposée au Carré d’art de Nîmes en 2025), 

-un group show pour le printemps intitulé « Sweet, Sour, Power, the voyage of fruit » sous le commissariat de Diana Campbell autour d’histoires, de symboles, de politique, dans une approche transhistorique internationale 

-une exposition sur la sculptrice britannique Rachel Whiteread, lauréate du Turner Prize, intitulée « Conversation Pieces ». 

A suivre de près ! 

Infos pratiques :

William Kentridge,

I am not me, the horse is not mine

Jusqu’au 7 mars 2027 

Jean Brusselmans

Peintre par nature 

Catalogue aux éditions Bozar Books & Mercatorfonds, 2026 

208 pages, 44,50 € 

Jusqu’au 31 janvier 2027

Edith Dekyndt x Cristóbal Balenciaga

Jusqu’au 31 janvier 2027 

https://www.bozar.be/fr/expositions

Organiser votre séjour :

Eurostar Paris/Bruxelles

https://www.eurostar.com/fr-fr/train/paris-bruxelles

https://www.visitflanders.com/fr

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