Evelyn Simons & Laure Decock, credit photo Sander Houthuys
C’est en 2025 qu’Evelyn Simons et Laure Decock lancent RendezVous – Brussels Art Week par amour de l’art et de Bruxelles, une capitale inspirante et chaotique dont la diversité permet un support créatif puissant comme le souligne une campagne de promotion subtilement dosée et à contre-courant. Suscitant un moment complémentaire au calendrier d’Art Brussels, en septembre à la rentrée, la formule séduit un nombre toujours croissant de galeries avec une centaine de participants pour cette 3ème édition. L’occasion d’en savoir plus sur le profil et le parcours des fondatrices, leur capacité à imprimer une nouvelle impulsion et ce qui donne toute la saveur d’une telle manifestation imaginée comme un festival avec des open studio en lien avec les artist-run spaces, performances (Wiels, Veranda), DJ set par Cloud Seven mais aussi cérémonie du thé (Spazio Nobile), conférence cuisine (celador), visites pour les familles à The Merode…le point de convergence étant le Salon de RendezVous à Forest dans la sublime ex galerie Clearing.
photo Sander Houthuys
Marie de la Fresnaye. Qu’est-ce qui vous a donné envie de relancer le Bruxelles Art Week ?
Evelyn Simons et Laure Decock. On avait envie d’avoir un moment dédié à Bruxelles dans le calendrier, pour célébrer tout ce qui existe ici autour de l’art contemporain : les galeries, bien sûr, mais aussi les institutions, les Artists’ Run Spaces, les fondations privées, les studios et les résidences d’artistes. Pour nous, la ville est extrêmement impliquée dans cette scène.
C’est aussi ce qu’on cherche à mettre en avant à travers notre city guide : montrer que l’art fait vraiment partie de la vie quotidienne à Bruxelles. Il ne s’agit pas seulement d’un milieu qui fonctionne en vase clos, mais de quelque chose qui est profondément intégré à la ville. Et pourtant, beaucoup de gens ont parfois le sentiment d’être exclus de cet univers.
À travers notre organisation, on essaie donc de créer des portes d’entrée, de permettre à de nouveaux publics de mieux comprendre ce qui se passe dans le domaine de l’art contemporain, mais aussi de contribuer à remettre Bruxelles sur la carte internationale de la scène artistique contemporaine.
En ce qui concerne Art Brussels, c’est l’un de nos partenaires, avec qui nous avons une très bonne relation. C’est un moment qui est davantage commercial et qui a lieu au printemps. Nous avions envie de proposer quelque chose d’un peu différent : un véritable week-end dédié à Bruxelles, qui permette de découvrir la richesse de son écosystème.
Pour construire notre offre, nous avons beaucoup prospecté, voyagé, parcouru des biennales et différents événements à travers le monde, afin de réfléchir à ce que pourrait être un véritable temps fort international à Bruxelles.
photo Sander Houthuys
MdF. En ce qui concerne les tarifs, faîtes-vous une différence entre les galeries plus établies ou au contraire émergentes en guise de soutien ?
ES et LD. Sans pouvoir entrer dans les détails, nous travaillons avec deux niveaux de tarifs : un tarif normal et un tarif spécifique pour les jeunes galeries, notamment les galeries émergentes. Cela étant, il est certain que chacun doit faire un effort pour contribuer à l’ensemble.
MdF. En termes de temps forts et de programmation : comment avez-vous cherché à séquencer et cartographier la ville ?
ES et LD. Nous avons décidé de diviser Bruxelles en trois grandes zones, même si ce découpage reste forcément un peu superficiel : Westside, Downtown et Uptown. L’idée est surtout d’encourager les visiteurs à aller au-delà d’Ixelles et à découvrir d’autres quartiers.
Nous avons donc demandé aux galeries, mais aussi aux fondations, d’organiser des événements dans leurs propres espaces. Des événements qui favorisent véritablement la rencontre, tout en sortant un peu des formats habituels : une cérémonie d’été, une visite de la place du Jeu de Balle avec un artiste, une signature de livre, une visite guidée…
L’objectif est vraiment d’ouvrir la manifestation à un public plus large, mais aussi de créer davantage de rencontres entre les galeries, les artistes et les visiteurs. Un peu dans l’esprit d’un festival.
photo Sander Houthuys
Pour en venir avec la collaboration avec les designers Espace Aygo que l’on avait découvert à La Verrière Hermès avec Joël Riff. Qu’est-ce qui vous a séduit dans leur univers ? Comment ça s’est fait cette collaboration avec eux ?
Toutes les deux, nous aimons beaucoup les langages artistiques qui parviennent à séduire sans être trop hermétiques. Il y a chez Aygo une forme de séduction, d’immersion, un jeu autour des matériaux, un langage à la fois mystérieux et très généreux. C’est une œuvre assez immersive, qui crée véritablement un monde en soi.
En tant que commissaires, nous revendiquons aussi le fait de travailler ensemble dans un esprit de co-auteurs. Et c’est quelque chose que l’on retrouve chez Aygo : ils sont quatre à travailler ensemble, et il n’est pas toujours évident de savoir qui a décidé quoi, comme dans une logique de cadavre exquis. C’est une manière de faire et de penser qui nous plaît beaucoup. Ils sont devenus des amis et nous sommes très heureuses qu’ils écrivent ici, à Bruxelles, leur dernier chapitre.
Leur installation, constituée à partir de matériaux de récupération, sera présentée pendant cinq jours, ce qui est finalement assez court. Nous sommes aussi dans une démarche éthique et durable, puisque l’installation est ensuite appelée à voyager au Luxembourg. Cette manière de travailler nous parle particulièrement, notamment autour de la question du devenir des objets que l’on crée.
Entre octobre et janvier 2027, elle connaîtra ainsi une autre vie grâce à une collaboration avec l’artiste Aline Bouvy, qui a représenté la Belgique lors de la dernière Biennale de Venise.
C’est ce qui nous semble particulièrement intéressant. Et pour nous, c’est aussi une belle expérience de pouvoir travailler de cette manière. À l’avenir, nous aimerions que les installations que nous coproduisons, puissent autant que possible, voyager et avoir une autre vie après leur présentation ici.
Dernière question plus personnelle : comment chacune, êtes-vous venue à l’art ?
Laure Decock.
La première vraie exposition qui m’a profondément marquée, je l’ai vue à Lille, au Tri Postal, quand j’avais 13 ou 14 ans. C’était une exposition collective avec des œuvres de la collection Pinault, notamment Francesco Vezzoli, Gilbert & George…
À l’époque, je n’avais pas encore vraiment l’habitude de regarder l’art contemporain, et je ne comprenais pas forcément tout. Mais j’ai trouvé ça tellement intéressant. Je pense aussi que c’était un environnement dans lequel je me sentais à la maison, tout en ayant le sentiment que je n’allais jamais en avoir fait le tour.
C’est ça qui m’a énormément attirée : comprendre qu’il y aurait toujours quelque chose à apprendre, toujours des artistes dont on ne connaît pas encore le nom, de nouvelles générations qui arrivent, et derrière chaque artiste, une histoire, des références à l’Histoire, à la musique, à la société…
J’ai vraiment eu le sentiment que l’art contemporain était comme un portail qui pouvait partir dans tellement de directions différentes. Et cette possibilité-là m’a complètement attirée.
Evelyn Simons.
De mon côté, je me souviens que, lorsque je partais en vacances avec mes parents, les journées étaient souvent rythmées de la même manière : l’après-midi, c’était la piscine, mais le matin, on visitait une ville, on allait au musée. Et je me retrouvais très souvent complètement bouleversée, parfois même amoureuse d’une œuvre. J’étais transporée par l’art.
C’est d’ailleurs ce qui m’a ensuite amenée à étudier l’histoire de l’art. Je pense que, pour moi, l’art est devenu une sorte de filtre à travers lequel je regarde le monde. Aujourd’hui, on travaille aussi beaucoup avec des artistes qui ne font pas simplement référence à l’histoire ou au monde de l’art, mais qui sont pleinement engagés dans la vie sociale et politique.
Je crois que c’est justement ce qui continue à m’inspirer : l’art est pour moi un champ à travers lequel je peux rester en dialogue critique avec la société dans laquelle nous vivons. Et c’est aussi un espace qui me permet de continuer à apprendre, à découvrir et à réfléchir à de très nombreux sujets.
Infos pratiques :
RendezVous
Brussels Art Week
Du 10 au 13 septembre
