Faces, 16, 2013 © Park Chan-wook
Avec plus de 22 000 visiteurs lors de la semaine d’ouverture de la 57ème édition des Rencontres d’Arles, c’est un succès non démenti malgré les fortes chaleurs ! Un évènement qui n’a jamais été aussi scruté, commenté, relayé, la planète arty et sa kirielle d’affiliés ayant commencé sa transhumance estivale en Camargue. Une tendance qui reflète l’emprise de plus en plus forte du marché et que l’on retrouve dans les foires. Mais cette évolution est-elle au service des photographes dont le travail est de plus en plus précarisé et menacé ? C’est l’une des questions que l’on se pose en sillonnant, matcha à la main, les ruelles gentrifiées. Malgré tout, plusieurs propositions résistent à cette vague d’uniformisation du regard.
Si comme le rappelle Nadine Hounkpatin, commissaire 2026 du Prix Découverte Louis Roederer « la vérité photographique n’est définitivement pas à trouver, mais à construire, patiemment, dans le frottement de récits situés, construits, attentifs aux silences » l’ensemble de cette édition 2026 des Rencontres se veut attentive aux marges, zones intermédiaires, géographies discontinues, récits interstitiels à commencer par Magali Paulin, lauréate prix du Jury de la Fondation Louis Roederer pour son projet Matières fantômes et Mallory Lowe Mpoka, prix du Public pour le projet Cosmologies des héritières qui remporte également le prix photo Madame Figaro en soutien aux artistes femmes émergentes.
Martine Barrat, courtesy de l’artiste galerie Rouge
La thématique retenue par Christoph Wiesner et Aurélie de Lanlay, directeur et directrice adjointe du festival « Relire les mondes » infuse nombre de propositions comme la formidable redécouverte de Martine Barrat et les gangs de Harlem, Ming Smith et le jazz, l’Afrique et la période des indépendances (Ghana, Le roman photo de Paul Kodjo), le regard décolonial par Omar Victor Diop, l’archive chez Samy Balodji, le collage par Thato Toeba mais aussi la Méditerranée avec Anne-Lise Boyer, Bruno Boudjelal, Katia Kameli (Le roman algérien, dont une partie avait été exposée au Frac Sud) ou Orianne Ciantar Olive.
L’un des temps forts est le focus sur « Ghana !, rêver l’indépendance 1957-1976 » par la commissaire française d’origine ghanéenne, Damarice Amao qui témoigne de l’effervescence du medium dans les années 1960 pour une jeune nation en quête d’une identité visuelle. C’est sous l’impulsion du premier président de la République Kwame Nkrumah que le pays quitte son nom de Côte de l’Or et s’ouvre aux regards extérieurs avec Paul Strand invité en 1963 ou Marc Ribboud, chacun produisant un livre déterminant dans la construction du Ghana moderne comme le souligne la commissaire, aux côtés de l’ouvrage The Road Makers de la poétesse Efua Suther et du photographe Willis E.Bell. Sans oublier les photographes ghanéens consacrés ou plus émergents : James Barnor, Felicia Abban ou l’artiste Rita Mawuena Benissan (commande spéciale).
Harry Gruyaert, Los Angeles 1982 courtesy de l’artiste
Amère déception cependant pour William Klein dont l’exposition à la Chapelle du Muséon Arlaten, annoncée à grand renfort est toujours fermée ! Heureusement que le street-photographer flamand Harry Gruyaert (Gallery Fifty One) et ses traversées flamboyantes d’Anvers, New York, Paris…que m’avait décrites Roger Szmulewicz, le directeur de la galerie lors de la foire Art Antwerp (lien vers).
A l’ère des fake news et de l’IA, réjouissante plongée dans les images d’ovnis et autres phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN) avec Nous ne sommes pas seuls par le philosophe et spécialiste de l’histoire des médias, Philippe Baudoin qui parle d’une culture du doute. A partir de deux corpus : des images d’archives privées et publiques en ufologie, science dédiée au phénomène OVNI et une sélection d’artistes contemporains, le parcours séquencé en 3 parties, ouvre sur l’esthétique de ces images, leur beauté plastique, fait parler des témoins de ces « rencontres rapprochées » en rapport avec la place de l’inexpliqué dans notre société pour terminer par les croyances, le lien entre des communautés, les rituels, voir les dérives potentielles.
Alice Pallot, courtesy de l’artiste
Autre fil rouge de ces Rencontres, les contaminations de l’image en lien avec la nature ou le corps avec notamment Erosion de Hu Weiyi, lauréat prix JIMEI x Arles Discovery Award 2025, qui transforme son acide gastrique en processus de transformation des images (Ground Control) ou le projet de Lara Tabet et Yasmine Chemali, lauréates BMW Art Makers 2026, Le corps vitré (Cloître Saint-Trophime) à partir d’un protocole de bactériologies aquatiques agissant sur la surface photosensible pour donner à voir des images sur vitraux d’une grande magie. Flower Power investit le Jardin d’été autour de 5 artistes : Matei Bejenaru (1963), Suzanne Lafont (1949), Alice Pallot (1995), Anaïs Tondeur (1985), Jiang Zhi (1971). Alice Pallot rencontrée à Hangar Brussels, propose une découverte problématique : l’impact polluant de la mousse florale utilisée dans les bouquets de fleuristes. A signaler également L’image cannibale qui réunit 8 artistes autour de la notion de la chair, de la chute et du dédoublement (Chapelle de la charité).
Lee Ufan Arles invite le cinéaste Park Chan-wook, une première sous le commissariat de la journaliste Valérie Duponchel. Par un matin calme réunit un corpus de ces 15 dernières années.
Park Chan-wook revendique une approche très instinctive de la photographie qui remonte à sons enfance et pendant ses études à l’université où il rejoint le club photo. Contrairement au cinéma où tout est sous contrôle, ce n’est pas le cas comme il le souligne il peut donner libre cours au hasard comme cela est souligné dans l’accrochage.
https://www.leeufan-arles.org/expositions
L’exposition dédiée aux animaux par la directrice de Photo Elysée, Nathalie Herschdorfer, Modèle animal ne m’a pas convaincue malgré sa rigueur formelle, le spectre des thématiques abordé et la liste impressionnante de ses auteurs : Henri Cartier-Bresson, Sophie Calle, Lucien Clergue, Andreas Gursky, Karen Knorr, Pieter Hugo… peut-être trop de classification et pas assez d’humour ?
Grand moment de poésie suspendu avec Nos rêves lointains, regards sur la collection de la FNAC par les commissaires Fanny Escoublen et Laure Augustins sur un texte de Nathacha Appanah qui ponctue le parcours à partir de capsules sonores (Monoprix).
Du côté de LUMA, (Arles associé) à ne pas manquer Stan Douglas, Bodies never lie, une rétrospective envoutante du photographe et vidéaste canadien à partir d’une nouvelle commande de LUMA, Exquisite Corpse, autour de la récupération par le régime de Franco du flamenco dans des vidées culturelle nationalistes. Egalement l’exposition de la cinéaste et artiste ouzbèke Saodat Ismailova installée en France, Amanat, La Forêt sacrée qui mêle son, archives et essai visuel autour de la transformation et lente érosion des paysages centrasiatiques millénaires. Une invocation puissante aussi immatérielle que philosophique.
Moment d’émotion également face à In Search of… Incredible de l’artiste, poète et réalisateur Julianknxx suite à une résidence à LUMA autour de la trace, la mémoire, la transmission à partir de la transformation de la matière, le sel qui devient une métaphore de la perte, de l’héritage colonial, de l’extraction, du déplacement. Autant d’enjeux qui prolongent plusieurs propositions du festival.
https://luma.org/arles/abecedaire/julianknxx
Infos pratiques :
57ème Rencontres d’Arles
Jusqu’au 4 Octobre 2026
Ouvertures :
Ouverture de la majorité des lieux d’exposition jusqu’au 30 août : 9h30 — 19h30
Du 31 août au 4 octobre: 9h30 — 19h
Tarifs :
Forfaits TOUTES EXPOSITIONS
Une entrée par lieu, valable du 6 juillet au 4 octobre
Tarif 42 € réduit : 33 €
Forfait JOURNÉE
Une entrée par lieu,
valable sur une journée
Tarif plein 35 € réduit : 29 €
Billetterie en ligne :
