Portrait de Sophie Roose, Directrice Galerie Christophe Gaillard Bruxelles
Directrice de la Galerie Christophe Gaillard, Bruxelles, Sophie Roose revient sur les facteurs qui ont favorisé cette 2ème participation à The Rooms dont l’esprit et le positionnement ont séduit Christophe Gaillard et toute l’équipe. Convivialité et découvertes au sein du bâtiment brutaliste de The Mix, iconique pour les Belges avec au programme un florilège de ce qui fait l’originalité et la ligne de la galerie, ouverte aux engagements et parcours singuliers autour de questions identitaires et de genre et de traumas. Des photographies de l’artiste poète vagabond Marcel Bascoulard, actuellement exposé au musée de la Photographie de Charleroi -qui investit l’une des Mood Rooms à l’occasion de la foire- des œuvres sur papier de l’artiste autodidacte Monique Gies, qui trouve dans l’art une possible réparation et récemment exposée au musée du Dr Guislain (Gant), des gouaches de l’artiste rom revenue des camps de la mort : Ceija Stojka. A cela s’ajoute une traversée de l’image aux confins d’état de transe et de dissolution de l’égo avec SMITH actuellement visible au MAC VAL (Grand Paris) que j’ai eu la chance d’interviewer et des sculptures d’Anita Molinero, prochainement mise en valeur au BPS22 (Charleroi). Sophie Roose qui participe à l’une des conférences proposées par la foire autour des dynamisme du collectionnisme le 6 juin nous partage ses conseils en la matière.
La galerie qui a fait le choix audacieux du quartier Downtown Bruxelles, propose actuellement « le Rendez-vous des amis 1976-2026 » à partir de l’évocation de l’exposition historique de Fred Lanzenberg dans l’espace de sa galerie d’Ixelles selon une perspective contemporaine avec le collectif Bardaf. Sophie Roose pour qui la question de la place des artistes femmes est essentielle, nous confie quelques-unes des créatrices qui l’inspirent, guidées par leur liberté intérieure et refus du compromis comme elle souligne.
Elle nous donne enfin quelques coups de cœur et recommandations de lieux artistiques incontournables à Bruxelles, afin de poursuivre l’expérience de The Rooms.
The Roms, Galerie Christophe Gaillard, Marcel Bascoulard Sans titre
C’est votre 2ème participation à The Rooms : qu’est-ce-qui explique selon vous le succès de cette nouvelle formule de foire en Belgique ?
Le succès de The Rooms tient à plusieurs éléments : d’abord le magnifique cadre du Mix Hotel, qui offre une atmosphère très différente d’une foire classique. Le concept d’exposer dans des chambres d’hôtel reste original et éveille la curiosité des visiteurs.
Ceux-ci apprécient également la taille humaine de la foire, qui favorise la convivialité et les échanges. Enfin, la diversité des disciplines présentées : art moderne, art contemporain, art tribal, design, bijoux, entre autres, permet de toucher un public large et de multiplier les découvertes.
The Rooms, Galerie Christophe Gaillard, Folkert de Jong
Qu’allez-vous présenter à cette occasion ?
Dans notre chambre 521, nous souhaitons proposer un dialogue entre différentes générations, médiums et sensibilités artistiques.
Nous présenterons notamment des photographies d’époque de Marcel Bascoulard (1913–1978), auquel le Musée de la Photographie de Charleroi consacre actuellement une exposition, ainsi que des œuvres photographiques de SMITH (1985), actuellement exposé au MAC VAL.
Pour le médium papier, les visiteurs découvriront des gouaches du peintre russe Eugen Gabritschevsky (1893–1979), récemment exposé dans notre galerie bruxelloise, ainsi que des œuvres de Monique Gies (1934-2022), dont le travail a récemment fait l’objet d’une remarquable exposition au Musée Dr Guislain à Gand. Nous présenterons également des gouaches de l’artiste Rom Ceija Stojka (1933–2013), dont l’œuvre est actuellement visible au Drawing Center de New York, au Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon ainsi qu’au FRAC Normandie.
Côté sculpture, nous exposerons des œuvres de l’artiste néerlandais Folkert de Jong (1972), à qui nous consacrerons une exposition personnelle à Bruxelles en septembre prochain. L’accrochage comprendra également des sculptures d’Anita Molinero (1953), qui bénéficiera d’une importante exposition au BPS22 à Charleroi à partir de septembre 2026.
The Rooms, Galerie Christophe Gaillard, Daniel Pommereulle O Zéro (1975)
Vous faites partie d’une table ronde pendant la foire : Quels conseils donner à de primo-collectionneurs ?
Avant tout, je recommanderais d’acheter ce que l’on aime vraiment. Une œuvre doit vous toucher et susciter une émotion.
Ensuite, il est essentiel de regarder beaucoup, d’être curieux, de visiter des expositions, des foires et des galeries, et de ne pas hésiter à poser des questions. Le monde de l’art peut sembler impénétrable, mais il est avant tout fait de rencontres et d’échanges enrichissants.
La galerie présente actuellement le « Rendez-vous des amis 1976 » mêlant artistes historiques et membres du collectif Bardaf : quel en est le principe curatorial ?
Le principe curatorial repose sur l’amitié.
En 1976, le galeriste Fred Lanzenberg présente dans sa galerie d’Ixelles une exposition réunissant 22 artistes sélectionnés par Alain Jouffroy sur un seul critère : l’amitié. Daniel Pommereulle, dont nous représentons aujourd’hui la succession, faisait partie de cette exposition.
Cinquante ans plus tard, nous avons voulu revenir sur cette idée et nous interroger sur ce que signifie l’amitié dans l’art aujourd’hui. Nous nous sommes tournés vers les collectifs d’artistes, très présents à Bruxelles. C’est ainsi que nous avons invité 18 artistes du collectif Bardaf.
Prochaine autre foire : Basel, quelle sera votre proposition ?
Pour Art Basel, nous présenterons une proposition autour du thème de la métamorphose.
L’accrochage réunira des œuvres d’Hélène Delprat, de Folkert de Jong, d’Ursula Schultze-Bluhm, ainsi que de César et de Germaine Richier, entre autres.
Quels lieux incontournables de l’art et la création recommanderiez-vous à Bruxelles ?
Il y a beaucoup de lieux à recommander à Bruxelles, et cela dépend évidemment des goûts de chacun.
Pour les incontournables, je citerais le WIELS, Bozar, la Fondation Boghossian à la Villa Empain, ainsi que les Musées royaux des Beaux-Arts.
Néanmoins, Bruxelles offre aussi de très belles découvertes en dehors des grandes institutions. Il faut pousser la porte des nombreuses galeries, explorer les espaces indépendants et suivre les multiples projets portés par les artistes eux-mêmes.
Des femmes artistes inspirantes pour vous ?
Il y a de nombreuses femmes artistes qui m’inspirent, qu’elles appartiennent à des générations passées ou contemporaines.
Je pense notamment à Ceija Stojka (1933–2013), dont la force de résilience et la capacité à continuer à percevoir la beauté du monde malgré un parcours de vie d’une extrême violence me touchent profondément. J’admire également la sculptrice Germaine Richier (1902–1959), pour la puissance et l’inventivité qui traversent l’ensemble de son œuvre.
Dans des générations plus récentes, des artistes comme Hélène Delprat (née en 1957) ou Anita Molinero (née en 1953) me semblent particulièrement marquantes par leur indépendance d’esprit et leur refus des conventions.
Ce qui m’inspire chez toutes ces femmes, c’est leur capacité à imposer une voix singulière, sans compromis. Que leur travail plaise ou dérange importe finalement peu : elles suivent leur nécessité intérieure et créent en toute liberté.
Un dîner idéal chez vous avec qui ?
Avec les Amis !
Votre livre de chevet du moment …
En ce moment, je relis avec le même plaisir « Belle Greene » d’Alexandra Lapierre.
Infos pratiques :
The Rooms, 2ème édition
Du 4 au 7 juin
The Mix Brussels
Boulevard du Souverain 35/1
Watermael-Boitsford
Entrée gratuite sur réservation préalable.
https://mix.brussels/fr/therooms
Actuellement à la galerie Christophe Gaillard, Bruxelles :
Le Rendez-vous des amis 1976-2026
jusqu’au 27 juin
Quai du Commerce 50 B-1000 Bruxelles
