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Calder à la Fondation Louis Vuitton : une chorégraphie de l’air en majesté

Alexandre Calder, Lily of Force », 1945

Feuille de métal, fil, tige et peinture, 270 x 250 x 160 cm. Fondation Louis Vuitton, Paris. © 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris. Photo courtesy of Primae / Louis Bourjac

La Fondation Louis Vuitton voit grand comme à son habitude et l’exploit que représente de réunir autant d’œuvres d’Alexandre Calder (317 au total) signe de toute la détermination de Suzanne Pagé et ses équipes en étroite collaboration avec le petit fils du sculpteur Alexander S.C. Rower, Président de la Calder Fondation. Des prêts majeurs en grande partie des Etats-Unis, d’Europe d’institutions prestigieuses et de collections privées contribuent à cet évènement. D’autant que 2026 marque les 100 ans de l’arrivée de Calder en France, à Paris, ville décisive pour la suite de son parcours et les 50 ans de sa disparition. 

Si l’on connait les grandes sculptures publiques que ce soit à la Défense : une grande sculpture rouge sa couleur de prédilection, le Grand Mobile de l’UNESCO ou l’Araignée du Centre Pompidou, savons-nous où se situe la différence entre un mobile et un stabile ? comment qualifier avec justesse sa démarche ? en quoi Calder introduit la 4ème mais aussi la 5ème dimension ? Le vide et le plein, le positif du négatif mais aussi le hasard et l’incertitude sont au cœur de ses expérimentations comme le souligne Dieter Bucchart, commissaire associé. Dans l’écrin idéal de l’architecture de Frank Ghery, les sculptures se déploient autour de son vocabulaire et système, tandis qu’à l’extérieur, sur les pelouses de la Fondation l’émerveillement se poursuit autour de stabiles monumentales en dialogue avec la nature environnante et les arbres du Jardin d’acclimations tout proche. Les lumières du jour jouent un rôle dans la perception du regardeur qui est au cœur du dispositif allant jusqu’à imaginer une 5ème dimension autour des réactions psychologiques du visiteur, un état de conscience supérieur, comme le souligne Dieter Bucchart dans le passionnant catalogue. L’une des forces du parcours est de mettre Calder au sein de l’histoire des avant-gardes aux côtés de Pier Mondrian, dont la découverte de l’atelier en 1930 créé un déclic en lui, Fernand Léger, Juan Miro, Jean Artp qui trouve l’appellation des stabiles, Paul Klee, Pablo Picasso mais aussi Barbara Hepworth ou Marcel Duchamp qui est l’inventeur des mobiles. Une impressionnante galerie de photos convoque l’esprit de la ruche de Montparnasse. 

Parmi les œuvres incontournables : « le Cirque » qui pourrait faire une exposition en soit et l’on se souvient de celle du Centre Pompidou (mes enfants m’en parlent encore !). Aux confins de la sculpture, du théâtre, cette œuvre d’art totale annonce la performance. Les personnages miniatures « Little Clown the Trumpeteer » réalisées à partir de rebuts et de recyclages, augmentés de sons et de paroles, sont maladroits et pleins d’ironie. Comme un miroir tendu à la nature humaine. Ses acrobates et ses danseurs deviennent par le truchement du fil de fer, autre matériau des plus modes, de vrais portraits comme avec Joséphine Baker, une silhouette tout juste esquissée par le théâtre d’ombre. Bientôt le spectateur peut actionner la sculpture en fil de fer comme avec « Goldfish Bowl », deux poissons nageant, offerte par le sculpteur à sa mère pour Noël. L’aspect motorisé de la sculpture va de plus en plus inciter la participation active du visiteur. Des sphères associées à des objets du quotidien et activées tour à tour produisent différents sons, configurations même si cette incroyable possibilité offerte au public a pris fin dans les années 1960 avec la rétrospective au Guggenheim de New York de 1964, souligne Anna Karina Hofbauter, également commissaire invitée. Les Constellations sont un autre temps fort du parcours, une série moins connue. A la fois fixes et cinétiques, les sculptures associent le fil de fer et le bois.

Le point de bascule vers la monumentalité se joue dans les années 1930 à son retour aux Etats-Unis avec l’une des premières sculptures en plein air, « Steel Fisch », une danseuse qui décrit des volumes dans l’espace. Il mène ses essais dans sa propriété de Roxbury autour d’œuvres fragiles avant « Devil Fisch », grand strabile réalisé en plaques d’acier, manifeste à venir des interventions dans l’espace public engageant la gravité et l’interaction du regardeur. 

Calder introduit des matériaux inédits comme le mercure dont la nature contribue à la transformation constante des œuvres. Un caractère insaisissable qui traduit sa vision de la nature, le vent, l’air mais aussi poissons, araignée, oiseaux, monstres, atomes…toute une taxinomie, un bestiaire qui lui est propre. Les bijoux sont aussi une vraie révélation du parcours à partir de ses premières créations pour les poupées de sa sœur jusqu’à des sculptures portatives destinées à sa femme mais aussi à son cercle : Charlotte Perriand, Bella Chagal, Peggy Gugghenheim, Elisa Breton. 

Peintre, dessinateur, sculpteur, chercheur, metteur en scène, performeur, designer, Calder est tout à la fois !

Dès le hall d’entrée de la Fondation, nous sommes accueillis par le un stabile rouge suspendu « Rouge triomphant ». Le ton est donné. Place au jeu, au rêve, à la légèreté. 

A ne pas manquer également l’Open Space #18 autour du solo show de l’artiste iranienne basée en France, Armineh Negahdari par les commissaires Luc Delalande (déjà interviewé précédemment) et Claudia Buizza. Sa pratique du dessin sur multiples supports et l’énergie qui s’en dégage a quelque chose de tellurique.

Infos pratiques :

Calder, rêver en équilibre

Jusqu’au 16 août 2026 

Fondation Louis Vuitton 

https://www.fondationlouisvuitton.fr/fr/flv-play/exposition-calder-rever-en-equilibre-teaser

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