Kunsthal BRUSK
Musea Brugge | © Jasper van het Groenewoud
Le nouveau centre d’art BRUSK à Bruges est un évènement qui vient stimuler et élargir toute l’offre culturelle de la ville, d’où ce titre iconoclaste, à valeur de manifeste que nous décrypte en premier lieu Kristl Strubbe, directrice de Musea Bruges (13 musées et sites patrimoniaux). Situé à proximité du Groeningemuseum, en plein cœur de la vile et entouré de plusieurs édifices architecturaux majeurs (le Beffroi, la cathédrale Saint-Sauveur), BRUSK s’inscrit dans un ensemble urbain dont il fallait tenir compte. Le rez-de-chaussée destiné au Forum (espace d’accueil, boutique, auditorium) et au Bar offre un espace transparent et librement accessible que l’on peut juste traverser librement. Il s’apparente davantage à une place publique qu’à un bâtiment institutionnel : rassemblant riverains, passants et visiteurs. L’on accède aux spectaculaires salles d’exposition par un large passage public (Scala Grande) dont la monumentale fresque de l’artiste française Laure Prouvost créé la surprise. Fenêtre sur l’imaginaire jouant sur l’illusion et la perception du regardeur, cette prouesse technique que l’on peut observer de divers points de vue est le cœur battant de l’expérience BRUSK. Les salles d’exposition d’une hauteur exceptionnelle (13,50 m) sont un clin d’œil à l’horizon environnant et donnent de nouvelles opportunités en matière de format d’expositions comme avec notamment « Vision large- les mondes interconnectés de Bruges » et « Latent City » de l’artiste Refik Anadol. Le bâtiment conçu par les architectes Robbrecht & Daem et Olivier Salens, (promoteur CIT Red), a su relever un triple défi : la durabilité écologique, l’innovation architecturale et l’harmonie.
De plus BRON complète le dispositif comme espace dédié à la préservation des collections de Musea Bruges et centre de recherche scientifique. Avec le futur parc muséal, BRUSK, BRON et le Groeningemuseum renové, le nouveau quartier des musées à l’horizon 2031 placera résolument Bruges sur l’échiquier des circuits européens incontournables. Kristl Strubbe revient sur le positionnement de BRUSK par rapport à d’autres institutions européennes, les défis d’un tel bâtiment au cœur du quartier des musées et ce que veut dire pour elle durabilité et accessibilité à tous. La démarche de Laure Prouvost en connexion avec les habitants et l’histoire de la ville incarne une vision contemporaine dynamique d’un héritage partagé sous le prime de l’inattendu et du partage : la philosophie même de BRUSK. Que la fête commence avec le grand week-end d’ouverture, BRUSK FEST! Kristl a répondu à mes questions.
Kristl Strubbe, directrice de Musea Bruges
BRUSK claque comme un signe de ralliement : pouvez-vous nous le décrypter ?
Cet acronyme est une invention.
Ce n’est pas un mot qui existe mais une conjonction de plusieurs éléments. D’une part une impression de Bruges, le mot kunst qui veut dire art en néerlandais et un peu de « brusqueren » autre mot néerlandais qui signifie brusquer, bousculer, de manière assez rude, ce qu’il convient d’atténuer et d’adoucir également. L’idée initiale était la suivante : faire venir ici de l’art, des opinions et des expositions qui créent des frottements, de la tension, d’où le nom BRUSK.
J’y vois une dynamique de connexions atypiques : réunir des éléments qui, à première vue, ne semblent pas faits pour coexister, avec l’intention qu’ils finissent par se rencontrer.
Ainsi, le lien, la connexion, comptent pour moi autant que le sens néerlandais de brusqueren., l’idée est de rassembler autant que de surprendre et de bousculer.
Kunsthal BRUSK
Musea Brugge | © Jasper van het Groenewoud
Quelles ont été vos influences en matière d’institutions européennes ?
BRUSK se situe à la croisée de plusieurs modèles.
Si le lieu a été aptisé kunsthal, terme qu’on ne peut pas vraiment traduire par « galerie d’art », car cela ne reflète pas la dynamique recherchée, il s’agit plutôt d’un espace d’exposition, selon une forme non classique.
En regardant ce qui se faisait à l’étranger, nous avons notamment observé la Kunsthal Rotterdam. C’est une kunsthal emblématique mais l’on pourrait presque déplacer dans une autre ville. Ce qui y est programmé n’entretient pas forcément de lien direct avec son environnement urbain. Cela reste néanmoins une source d’inspiration.
BOZAR a également constitué un modèle : un centre d’art sans collection permanente mais en lien avec la ville de Bruxelles. Le Grand Palais à Paris a aussi nourri notre réflexion.
BRUSK, faisant partie de Musea Brugge, conserve plus de 90 000 œuvres (dont 30 000 relevant des arts plastiques), l’institution possède donc une collection, mais BRUSK se définit avant tout comme une maison d’expositions, et non comme un musée.
Nous y présenterons des expositions, mais pas uniquement des expositions historiques au sens classique du terme. L’ambition est aussi d’ouvrir des possibilités nouvelles, notamment pour l’art contemporain, en produisant des œuvres inédites comme avec Refik Anadol. Nous voulons également concevoir une expérience de visite vivante, où débats et points de vue différents peuvent se rencontrer. BRUSK est un mélange de formats, d’idées et d’usages.
En ce qui concerne l’art contemporain, comptez-vous créer des liens avec la Triennale Brugge 2027 ?
Oui, absolument. C’est même l’intention première. Lors de la Triennale 2027, notre grande salle d’exposition sera entièrement consacrée à une œuvre issue du projet. L’idée est que BRUSK devienne une étape à part entière dans les différents parcours et temps forts de la saison artistique.
Laure Prouvost, The Whispering Walls Rêve (Scala BRUSK) coutesy de l’artiste
En termes de publics : quels sont vos priorités ?
Pour vous répondre avec un spectre large, Musea Brugge compte aujourd’hui treize sites muséaux répartis dans le centre-ville et accueille chaque année près de 850 000 visiteurs. Or, dans le même temps, quelque dix millions de touristes étrangers se rendent chaque année dans le centre historique de Bruges. Un potentiel de visiteurs considérable.
Avec BRUSK, notre ambition est de toucher un large public, plusieurs centaines de milliers de personnes par an. Les visiteurs sont déjà présents dans la ville, ils viendront naturellement. Mais le véritable défi est d’attirer un public diversifié : pas seulement des touristes de passage venus pour une visite rapide, même s’ils sont évidemment les bienvenus, mais aussi des jeunes, des habitants de Bruges, des publics locaux.
Nous présentons ici les primitifs flamands, comme Jan van Eyck que vous avez vu, dans l’exposition Vision large. Les collections de Musea Brugge sont les collections de la ville ; en un sens, les habitants sont les dépositaires de cet héritage des primitifs flamands. Cet héritage leur appartient.
Je veux donc les remettre en contact avec ce patrimoine, leur montrer qu’il est le leur, et réduire cette forme de distance qui s’est installée. Car pour les habitants, le centre-ville peut devenir très chargé pendant les week-ends et les périodes de vacances, au point de créer un éloignement vis-à-vis de leur propre patrimoine.
L’enjeu, au fond, est de les reconnecter à cette histoire qui leur appartient.
Vision large, BRUSK 2026 © Stad Brugge
Comment la durabilité est-elle au cœur de vos réflexions ?
Vous ne pouvez pas construire un bâtiment moderne dans une ville historique et ne pas en prendre en compte la durabilité, l’écologie. Ce n’est plus une question de nos jours.
L’approche des architectes Robbrecht & Daem et Olivier Salen place la durabilité au premier plan.
BRUSK s’engage résolument en faveur de l’efficacité énergétique et, en collaboration avec BRON (le centre de recherche de Musea Brugge), dans une démarche de construction circulaire. Sa conception et les matériaux employés répondent aux exigences les plus élevées en matière énergétique.
Au-delà des panneaux solaires avant-gardistes, la question de l’accessibilité est également au cœur de mes préoccupations. Que ce soit le public en situation de handicap, malentendant ou malvoyant mais aussi des personnes souffrant de différents troubles neurodivergents afin qu’ils puissent profiter de l’art à leur propre rythme. C’est essentiel pour moi que le musée soit véritablement inclusif.
Kunsthall BRUSK
Musea Brugge | © Jasper van het Groenewoud
En ce qui concerne la commande passée à l’artiste Laure Prouvost : que pensez-vous du résultat ?
L’artiste a été invitée par Musea Bruges début 2025, avant mon arrivée même si je me reconnais pleinement dans ce choix. Il nous semblait essentiel d’apporter une dimension humaine et une forme de douceur à ce vaste bâtiment moderne, aux murs rigides et dépouillés. Nous recherchions un artiste capable de percevoir le Scala comme un immense espace vierge, une véritable page blanche. Il ne s’agissait pas simplement de créer une œuvre à petite échelle avant de l’agrandir : il fallait pouvoir penser directement à partir de cette échelle monumentale de 350 m2 qu’elle a su convertir à partir de ses échanges avec les architectes, en une traversée sensible et pleine d’humour.
Nous voulions également établir ce lien avec la ville. L’artiste est donc partie à sa rencontre : pendant plusieurs jours, elle a échangé avec les habitants, observé les lieux, visité des bâtiments, puis a puisé toute cette matière et cette inspiration pour nourrir son œuvre.
Et au-delà du motif lui-même, les techniques employées sont fascinantes : le fresco et le strappo. Un autre défi porté avec les équipes de fresquistes bruxellois et une famille d’artisans italiens à Brescia.
Refik Anadol Studio, ‘Refik Anadol. Latent City’, BRUSK, Brugge, 2026, © Stad Brugge
Quelles étaient vos motivations pour rejoindre Musea Bruges ?
Avant de rejoindre Musea Brugge, je dirigeais le Museum Hof van Busleyden, en Flandre et exerçais différentes activités aux Pays-Bas. Dans le monde muséal, tout le monde connaît la la réputation de Musea Brugge : une collection de niveau international, des bâtiments historiques exceptionnels… L’arrivée de ce nouveau lieu, doté d’un potentiel immense, ne pouvait que m’attirer. C’est ce que j’ai perçu immédiatement.
Infos pratiques :
The Whispering Walls Rêve : la fresque de Laure Prouvost
Expositions inaugurales :
Vision large, les mondes interconnectés de Bruges
Refik Anadol, latent city
Week-end d’ouverture : BRUSK FEST
8-10 mai
Démonstrations créatives, ateliers, skatepark, mur de graffiti participatif, performances.. concerts gratuits en plein air…
Billets expositions
Standard — € 20
< 26 ans — € 15
Ouvert mardi – dimanche
Le Bar BRUSK
Organiser votre séjour :
https://www.visitflanders.com/fr/destinations-en-flandre/bruges
https://www.eurostar.com/fr-fr
Bruges est à 1h de train depuis Bruxelles.
