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Saison d’art à Chaumont-sur-Loire : massacre et chevelure de Diane, chouette démiurge, chrysalide et empreintes mémorielles…

Saison d’art 2026 Domaine de Chaumont-sur-Loire, Pascal Convert « Vole, cheval à la blanche crinière…  » photo Eric Sander

C’est la saison des tulipes au Domaine de Chaumont-sur-Loire et le printemps s’invite dans la découverte des artistes réunis par Chantal Colleu-Dumond pour une nouvelle journée d’émerveillement et de poésie du végétal. Si le bleu est au cœur de la traversée, comme elle le souligne, il se le dispute au brun de la terre et du fusain et au noir incandescent de la fumée. 

Domaine de Chaumont-sur-Loire 2026, le parc et ses floraisons de tulipes, photo Eric Sander

Ainsi des nouvelles peintures de Marc Desgrandchamps réalisées à Chaumont et mises en dialogue des œuvres antérieures dans les galeries hautes du château comme un dialogue permanent avec la ligne d’horizon et ces grands arbres du parc dont les troncs chevauchent la toile, la strient, tandis que les bords de la Loire imposent leur navigation naturelle. On retrouve les poteaux totems, autres motifs et obsessions déclinées dans ces paysages où l’absence et le fragment jouent le contrapposto. Des réminiscences à partir de grandes coulures ou glaçures comme une électricité statique confie le peintre qui dit regarder du côté de Cy Twombly. Un art de l’ellipse et de l’entre deux entre le « ça a été » et le « que va-t-il advenir ? ». Si le titre choisi « Morphogénèses » relève de la science et de la biologie, ces formes qui restent en perpétuelle réinvention, disent quelque chose du manque dans une époque de la vitesse et du progrès.  Une très belle porte d’entrée dans cette saison sous le filtre du bleu.

Saison d’art 2026 Domaine de Chaumont-sur-Loire, Marc Desgrandchamps  » Morphogenèses », photo Eric Sander

Chez Evi Keller, le bleu est habité de lumière et de l’eau à partir du procédé qu’elle a mis au point de matière plastique fossilisée qu’elle associe à des pigments, de l’encre, des végétaux, pour les exposer aux éléments naturels dans un espace-temps dont elle a le secret. Comme une mémoire fluctuante sous le filtre de la photosynthèse qui donne naissance à des cosmogonies luminescentes d’un bleu profond. L’œil doit s’habituer peu à peu pour discerner une multitude de strates, de signes, de reliefs. L’artiste investit la Galerie Agnès Varda de ses œuvres récentes  dans une chorégraphie, saisissante avec « MATIÈRE-LUMIÈRE » OR BLEU, SOLEILS ENSEVELIS » elle qui n’hésite pas inviter danseurs et performeurs autour de ses installations monumentales. 

Saison d’art 2026 Domaine de Chaumont-sur-Loire, Evi Keller « MATIÈRE-LUMIÈRE » OR BLEU, SOLEILS ENSEVELIS », photo Eric Sander

La pierre de Soignies aux reflets bleutés a toujours eu la préférence d’Eugène Dodeigne dont les sculptures traitées en taille directe, parsèment le parc d’un geste radical et brut. « La sculpture est un combat » déclarait l’artiste et les multiples stries et cicatrices qui parcourent la surface en témoignent. Les dessins sont une phase décisive dans l’œuvre, des esquisses qui précédent les visites dans les carrières. Ces grands formats exposés galeries basses du château sont saisissants. Le musée de la Piscine de Roubaix l’avait célébré en 2024 dans toute la pluralité de sa pratique. 

Saison d’art 2026 Domaine de Chaumont-sur-Loire, Eugène Dodeigne, photo Eric Sander

Le brun le dispute au bronze chez Pascal Convert, un habitué de Chaumont pourrait-on dire avec notamment sa bibliothèque cristallisée, qui se livre à une nouvelle installation au sous-sol de la tour de Diane. Comme une scène d’outre-tombe ou de massacre, le lieu étant dévolu au dépeçage des bêtes après la chasse. Sous la figure de Diane chasseresse, la cellule octogonale dans une semi-pénombre devient le théâtre de la mort et sa possible renaissance à partir de ces 8 cloches en cristal muettes, parées chacune de crins de queue de cheval disposées sur les plans de travail de la découpe du gibier. Renversement de perspective magistral ces couronnes-chevelures rappellent l’origine du décès de Diane de Poitiers, intoxiquée à l’or, dont la symbolique renvoie à la jeunesse éternelle. Ainsi des cadavres naissent des êtres de lumière,

comme ces souches récoltées par l’artiste sur le champ de bataille de Verdun, figures spectrales de la grande boucherie des tranchées. Gestes de réparation et de mémoire dans ce verre en fusion et ces cendres.

Saison d’art 2026 Domaine de Chaumont-sur-Loire, Pascal Convert photo Eric Sander

Le feu est au cœur du processus de l’artiste Claudio Parmiggiani, l’un des représentants majeurs de l’Arte povera à partir de la technique des Delocazioni (déplacements), empreintes de suie et de fumée sur une surface ou un objet, geste révélateur de forces en présence. Ses bibliothèques de fumée sont parmi ses œuvres les plus emblématiques, mémoires silencieuses et disparues du savoir et de la connaissance. 

Saison d’art 2026 Domaine de Chaumont-sur-Loire, Janine Thüngen- Reichenbach photo Eric Sander

Il est question de cicatrices et de mémoire, de transformation et d’interconnexion avec Janine Thüngen- Reichenbach qui a mis au point un processus d’empreintes en silicone qu’elle utilise pour faire surgir des murs anciens – un peu comme l’artiste suisse – ou les tissus matriciels d’arbres, situés le long de la Via Appia à Rome, sa ville d’adoption, associés à un grand sequoia du parc de Chaumont dont l’allure la capacité de résilience et les traumas. Dans la grange aux abeilles, ces silhouettes qui surgissent ont quelque chose de tellurique. 

Saison d’art 2026 Domaine de Chaumont-sur-Loire, Lionel Sabatté devant son oeuvre, photo Eric Sander

Lionel Sabatté, l’un des nommés du Prix Marcel Duchamp 2026, offre l’un des temps forts de la visite avec sa grande chouette, vigie aux pieds d’argile, campée fièrement sous l’auvent des écuries. Motif de prédilection chez l’artiste, cette gardienne à la fois forte et fragile et dont les orbites sont évidées, a été réalisée in situ en réponse à l’architecture particulière des écuries. Constituée de fer et de ciment, ses torsades dessinent des combinaisons en négatif qui incitent à en faire le tour. Le ciment associé à la chaux, devient matière alchimique sur fond de réminiscences pariétales chères à l’artiste. Un art de l’hybridation d’une grande densité. 

Saison d’art 2026 Domaine de Chaumont-sur-Loire, Antonio Crespo Foix « Levedades/Légèretés » , photo Eric Sander

Moment de suspension et d’émerveillement avec l’artiste Antonio Crespo Foix qui célèbre une certaine légèreté avec ces architectures tissées comme autant de chrysalides pour traduire des états vaporeux de la nature : les nuages, la brume, la buée. A partir de fibres métalliques et de matières végétales entrelacées, il capte l’invisible et l’éphémère et la lenteur dans des tonalités brunes. 

Saison d’art 2026 Domaine de Chaumont-sur-Loire, Astrid de la Forest « Et les oiseaux rêvent aussi » , photo Eric Sander

Astrid de la Forest est partie d’un rêve qu’elle a eu à Chaumont : de grands envols d’oiseaux et des arbres aperçus dans les allées nocturnes du parc. A l’encre elle transpose ces visions qu’elle grave ensuite au carborandum, processus de recouvrement de la plaque de métal avec cet abrasif constitué de carbone et silicium chauffé, qui retient l’encre jouant sur de somptueux dégradés de noir.  L’accrochage de l’exposition (galerie Agnès Varda) façon palimpseste ou diorama est des plus réussis. A noter qu’Astrid a été la première femme graveur élue à l’Académie des Beaux-arts. 

Cette traversée atmosphérique, chromatique, sensible et émotionnelle se termine avec Anaïs Lelièvre à l’Aisnerie qui nous livre un concentré de ses différentes expérimentations entre dessin et céramique au fil de ses différentes résidences. Interview de l’artiste à suivre.

Plus que jamais et dans le contexte tragique et anxiogène que nous traversons, Chaumont-sur-Loire s’impose comme un conservatoire du vivant et d’un geste artistique ancré et transformateur au service d’une lecture critique et renouvelée de notre rapport au monde. Une visite s’impose. 

Catalogues Marc Desgrandchamps et Astrid de La Forest disponibles à la librairie-boutique du Domaine

Infos pratiques :

Saison d’art 2026

26 mars- 1er novembre 2026

Tarifs :

(à partir du 22 avril) 

Saison d’art/ Parc/ Château/Écuries

Adulte 21 euros 

Réduit 13 euros 

Prochainement :

Festival International des Jardins 

Pour profiter pleinement du Domaine durant la haute saison, optez pour le Pass 2 jours consécutifs

https://domaine-chaumont.fr/fr/centre-d-arts-et-de-nature/saison-d-art-2026

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