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« Moi et les autres », l’économie de l’attention au filtre des artistes. Exposition et festival à la Fondation Groupe EDF

Vue de l’exposition « Moi et les autres », Francoise Pétrovitch, Fondation Groupe EDF (c) Marc Domage

« Visibility is a trap » Laurent Grasso nous avertit en préambule de l’exposition Moi et les autres, regards d’artistes sur nos vies en ligne, proposée par la Fondation Groupe EDF avec pour commissaires Aurélie Clemente-Ruiz (musée de l’Homme) et Camille Roth (CNRS)

À travers les notions d’EGO, ALTER et HOLO, cette exposition collective entre utopie et dystopie, met en lumière la manière dont Internet affecte et redéfinit en profondeur nos identités et nos relations. Le parcours proposé, à la fois scientifique, anthropologique et sociologique, invite à une réflexion nuancée et prise de distance critique par le biais du regard des artistes. Entre bulles, filtres, chambres d’écho et algorithmes se dessinent de nouvelles conceptions du monde. Cette sociabilité en ligne entraine de nombreuses conséquences, permettant l’émergence de mouvements citoyens solidaires (Gilets Jaunes) au risque de polarisations et dérives communautaires (fake news, linchages en groupe…).

Il faut d’abord traverser l’installation de Laurent Grasso, « Panoptes », ce dispositif immersif dévoilé pour la nuit Blanche 2020 au musée Zadkine, constitué de dizaines yeux de néons et ces arbres dont les branches nous fixent, rejouant la figure mythologique du berger Argos Panoptes au visage couvert de cent yeux lui permettant de garder son troupeau en permanence. On se met en condition à l’ère de la surveillance généralisée.

Vue de l’exposition « Moi et les autres », Marilou Poncin, Etre belles comme elles, Fondation groupe EDF (c) Marc Domage

La 1ère partie traite de la notion d’EGO, de la course aux likes et de l’auto-promotion. Une meilleure version de soi-même à portée de clicks !

Les artistes Françoise Pétrovitch avec ses grands portraits d’adolescents face à leurs écrans à l’aquarelle très diluée, Katherine Longly que j’avais découverte au Hangar, Bruxelles, à partir du phénomène japonais du « hikikomori », cette période d’isolement volontaire masculin sur un temps long, et Marilou Poncin, rencontrée au macLyon et sa série photographique Être belle comme elles, disent la violence sous-jacente de tels mécanismes de sujétion en ligne, de mise en scène de soi et de diktats de beauté sous la pression des filtres. 

La 2ème partie que l’on pourrait intituler « seul.e avec les autres », explore le phénomène des communautés d’intérêt ou de partages, souvent encouragées par les algorithmes dans une économie de l’attention. Entre recherche d’appartenance et quête amoureuse, l’art offre encore une espace de possible questionnement. Avec Jeanne Susplugas chacun.e est une « boîte de déception » sculpture grandeur nature d’une messagerie avec son lot de spams et de fausses bonnes nouvelles. Sophie Calle reprend les codes des annonces matrimoniales du Chasseur Français avec « A l’affût » pour dire combien les sites de rencontres Meetic et Tinder ne font que reproduire les mêmes typologies d’attentes et de projections déçues « Riche même laid ». Nicolas Bailleul avec le film Les survivants à partir de joueurs pris dans le jeu vidéo Battlegrounds, introduit une part intime et inattendue entre les joueurs autour de la description de leur chambre. Certains se livrent en creux, d’autres restent dans des commentaires et attitudes simplistes autour de culte de la performance, pas loin du masculinisme.

Vue de l’exposition « Moi et les autres », Juliette Green, Fondation groupe EDF (c) Marc Domage

Dans la dernière partie HOLO du grec signifiant « le tout », l’on assiste à la prolifération d’internet dans nos environnements et architectures, faisant du monde en gigantesque réseau aux multiples ramifications. La donnée, ce graal, ce nouvel or noir, se matérialise chez plusieurs artistes. Juliette Green a réalisé une commande spéciale à cette occasion à partir de ces diagrammes que l’on connait. Elle a posé la simple question à plusieurs internautes : « le numérique favorise-t-il la coopération ou la compétition ? » et leurs réponses révèlent certaines ambiguïtés entre logiques compétitives ou initiatives solidaires.

Vue de l’exposition « Moi et les autres » Béatrice Lartigue, Wood Wide Web, Fondation groupe EDF (c) Marc Domage

Béatrice Lartigue avec l’installation « Wood Wide Web » propose une métaphore du lien entre technologie et vivant à partir des structures racinaires du monde végétal et notamment des champignons. Paola Ciarska défend un retour au geste et à la gouache dans des vues découpées d’un immeuble dont les habitants s’adonnent à leurs activités préférées en ligne. Comme ces photos d’appartements dont on voit chaque personne à leur insu. Mot de la fin avec Aram Bartholl et ce téléphone laissé sur une chaise dont s’échappe peu à peu une fumée. « On the brink » pour au bord de quelque chose, un précipice ?

Quand on sait qu’en Chine des stages quasi militaires de sevrage numériques sont proposés à des jeunes addicts, on se dit que la fable n’est pas loin de rejoindre la réalité…Entre camps de traitement et cures de détox, la dépendance n’a jamais été aussi scrutée, monétisée, récupérée.

Liste des artistes de l’exposition :

Nicolas Bailleul, Aram Bartholl, Léa Belooussovitch, Neïl Beloufa, Sophie Calle, Paola Ciarska, Juliette Green, Laurent Grasso, Ben Grosser, Özgür Kar, Béatrice Lartigue, Katherine Longly, Lauren Lee McCarthy, David Leonard, Lorena Lisembard, Randa Maroufi, Magalie Mobetie, Martine Neddam, Philippe Parreno, Valentina Peri, Françoise Pétrovitch, Marilou Poncin, Jeanne Susplugas.

Moi et les autres : le festival !

10, 11 et 12 avril 2026

3 jours de rencontres, d’ateliers, de projections, Comedy club, Showcase… pour se réunir au-delà des écrans

Infos pratiques :

Moi et les autres, regards d’artistes sur nos vies en ligne

jusqu’au 27 septembre 2026

Entrée libre

Fondation Groupe EDF

6 rue Juliette Récamier 75007 Paris

Programme du festival :

Vendredi 10 avril – Comprendre et adapter les pratiques pédagogiqu

Samedi 11 avril — Cultures numériques et création

Dimanche 12 avril — Réseaux sociaux, responsabilité et médias

Le Festival se déroule simultanément à la Fondation groupe EDF et au Théâtre Juliette Récamier, situés l’un en face de l’autre. Visites guidées de l’exposition, ateliers, DJ set et showcase se déroulent à la Fondation. Talk, performance de danse, compétition Brawls Star, Comedy Club et projections cinématographiques se déroulent au Théâtre Juliette Récamier.

https://fondation.edf.com/evenements/festival-moi-et-les-autres

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