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Photo Brussels Festival : Renée Lorie, Schönfeld gallery, Rivoli : « I know that your luxury does not necessarily make the sun shine any brighter each day »

Renée Lorie, « I Thought We would Eat with Golden Spoons » courtesy de l’artiste

A l’occasion de l’ouverture de la 10ème édition de Photo Brussels Festival et de la visite orchestrée par Delphine Dumont (Hangar) parmi les 52 propositions de ce programme exceptionnel, rencontre et coup de coeur à Rivoli pour la démarche de l’artiste Renée Lorie, Schönfeld gallery, qui a mené un projet à la demande de la directrice Ilse Joliet du centre communal d’Uccle, un quartier cossu de Bruxelles. Le principe était de s’adresser non pas à des catégories défavorisées mais au contraire de pénétrer dans ces banlieues a priori sans histoire où l’on cultive l’entre soi et le silence et déjouer un certain nombre d’idées reçues sur la richesse. L’arpentage photographique réalisé à la lisière des propriétés, s’accompagne d’un texte plein de malice. Le titre « Je pensais que l’on mangerait avec des cuillères en or » qui renvoie à l’expression « naître avec une cuillère d’argent dans la bouche » donne le ton qui va suivre…Renée a répondu à mes questions.

Quelle est votre formation ?

Elle est multiple.

Tout d’abord j’ai commencé par un bachelor à l’histoire de l’art (Université, Ghent), puis j’ai fait un Master cinéma et culture visuelle à Anvers (Université, Anvers) et enfin un bachelor en photographie (Luca School Of Arts, Bruxelles).

Renée Lorie, « I Thought We would Eat with Golden Spoons » courtesy de l’artiste

Quelle est l’origine du projet « I thought we would eat with golden spoons/ je pensais que l’on mangerait avec des cuillères en or » à Uccle ?

C’est Het Huys, la directrice du Centre communal qui est venue me voir, nous nous connaissons bien et a souligné que souvent les projets photographiques étaient dirigés pour des gens défavorisés et n’ayant pas accès à la culture. Alors que se passe-t-il si l’on se place de l’autre côté du spectre à l’attention de gens très riches qui peuvent se sentir isolés ou enfermés dans des stéréotypes et ont également besoin de contact humain ? Le but était de proposer une démarche participative.

Vue de l’exposition Photo Brussels Festival, courtesy de l’artiste, Schönfeld gallery

Quelle a été l’orientation générale ?

Nous voulions avec Ilse Joliet éviter le reportage voyeur sur les riches.

Je suis fascinée par les « îles sociales », ces territoires cernés et qui se tiennent à distance du continent où l’on oscille entre la tentation de l’entre soi et le désir de connexion. Uccle était le terrain de jeu idéal pour moi !

Quelle a été votre méthode d’approche ?

Nous avons procédé en trois étapes. D’une part, nous avons distribué plus de 100 lettres dans les rues les plus riches. Puis, je suis allée dans des lieux adressés au temps libre des riches : bars, boutiques de luxe, spas, clubs hippiques… et enfin j’ai créé des connexions spontanées avec les gens dans la rue.

Pendant 8 mois j’ai fréquenté les rues paisibles et cossues de ce quartier. J’ai arpenté et traqué le silence.

Et quel a été le retour ?

Sur plus de 100 lettres déposées, nous n’avons reçu que 4 réponses. Et cinq conversations plus profondes. En parmi le profil de ceux qui ont répondu, ils ne correspondent pas en réalité aux gens très riches. Ils ne rentrent pas tout à fait dans les cases du quartier.

Parmi les photos exposées, elles sont plutôt spontanées ?

C’est un mélange des trois étapes.

Dans l’une des photos on imagine une maison : avez-vous pu pénétrer dans le jardin ?

Non c’est une prise réalisée lors de mes promenades et distributions de lettres. Je me situe toujours à la frontière, à la lisière des propriétés.

Pour aller maintenant vers les fleurs sur textile : pourquoi avoir choisi ce support ?

J’ai choisi le textile parce que toutes les conversations que j’ai pu avoir étaient flottantes et pas très approfondies. Quand par exemple vous demandez : qu’est-ce-que cela veut dire être riche ? est-ce que la richesse rend heureux ?

Leur réponse est toujours évasive, comme pour éviter le sujet.

De plus certains ressentent de la honte et restent sur leur réserve.

Vous accompagnez les photos d’un texte dans lequel vous faites preuve d’une certaine ironie. Je vous cite : « Tu es un artiste accompli, tu as une carrière fulgurante. Tu veux te dévouer aux autres et tu diriges un pavillon dans l’épicentre le plus riche….

C’est plein de contrastes, plein de contrastes à la fois dans le texte et la série de photos. Cela reflète mon état d’esprit et la manière dont j’ai traduit visuellement ce que je ressentais.

Vue de l’exposition Photo Brussels Festival, courtesy de l’artiste, Schönfeld gallery

Comme on dit en français « Vivons heureux, vivons caché » …

Sourire.

Font-ils un lien entre argent et réussite ?

Pour la plupart une vie réussie est liée au nombre de rencontres sincères et de connexions possibles plus qu’à l’argent en tant que tel. Bien sûr il n’est pas possible de généraliser à partir de ces réponses.

La plupart d’entre eux sont belges ?

Oui la plupart même si certains ont des connexions avec l’étranger.

Où se trouve votre studio ?

A Forest.

Quels facteurs expliquent selon vous le dynamisme de la scène bruxelloise ?

C’est vivant et ouvert.

Il existe plusieurs lieux axés sur l’art et des centres culturels qui créent une dynamique.

Infos pratiques :

Renée Lorie

I Thought We would Eat with Golden Spoons

Schönfeld Gallery

Rivoli

690 Chaussée de Waterloo – Uccle

https://www.schonfeldgallery.com/exhibited-artists/renée-lorie

Wolvendael magazine p 26>28: https://www.ccu.be/wp-content/uploads/2025/09/Wolvendael-sept25-

Instagram

I Thought We Would Eat with Golden Spoons …

https://www.photobrusselsfestival.com

https://www.n22.brussels/fr/activiteiten/expo-i-thought-we-would-eat-golden-spoons-renee-lorie

Site de l’artiste :

https://www.reneelorie.be

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Rivoli Brussels (@rivolibrussels)

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