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Stéphanie Pécourt, Centre Wallonie Bruxelles-Paris : « Deep Fields », le Vaisseau catalyseur de réalités dissidentes et non explorées, 69ème Salon de Montrouge

Eva LHoest et James Vaughan, What hath God wrought Video still @E LHoest et Kanal Centre-Pompidou

Dans le cadre de la nouvelle saison « Catalyse_Dissidence & Perspectivisme » Stéphanie Pécourt directrice du Centre Wallonie Bruxelles-Paris nous dévoile les enjeux du premier chapitre « Deep Field », exposition réunissant des artistes belges et internationaux parmi lesquels : Edith Dekyndt, Ann Veronica Janssens, Robert Irwin, Eva L’Hoest & James Vaughan, Stéphanie Roland..) avec comme commissaires : Félicie d’Estienne d’Orves, artiste et Olivier Schefer, philosophe. Un duo agissant autour de grilles de lecture nouvelles et réunissant des « arpenteurs infatigables » selon ses termes et une forme d’illégitimité belge pleinement revendiquée par le Vaisseau alien qui repousse toujours plus les limites ! De plus Stéphanie qui est cette année membre du comité curatorial du prochain Salon de Montrouge, revient sur cette expérience et ce qui singularise cette fabrique de talents. 

Pendant ce temps et à l’occasion de la 3ème édition de ceramic brussels, le Centre Wallonie Bruxelles a désigné Ninon Hivert, (diplômée Beaux-arts de Paris) comme lauréate de son Prix. 

Stéphanie a répondu à mes questions dans l’Eurostar qui la ramenait de Bruxelles, toujours à 100 à l’heure mais d’une rigoureuse précision !

Portrait de Stéphanie Pécourt directrice du CWB © Voyez-Vous/Vinciane Lebrun

Marie de la Fresnaye. Que nous réserve cette nouvelle saison « Catalyse_Dissidence & Perspectivisme » ?

Stéphanie Pécourt. En fin de saison dernière, des indices de celles-ci furent semés, les enjeux liés au sidéral, au cosmique, aux non-encore considérés, aux entités subalternisées comme encore aux enjeux éminemment contemporains de migrations humaines & non humaines vont être sondés en cette saison. Un important projet de radio pirate, intégrant une collaboration avec le Centre d’art brut La « S » sera mené par nos équipes, en Belgique, en France, au Liban, en Egypte, au Maroc et en Italie. Cette saison qui passera encore par les enceintes de la Villa Medicis et son Festival des Cabanes se parachèvera par l’amorce de la cinquième édition de notre Biennale dédiée à l’intrication arts/sciences/nouvelles technologies NOVA_XX. 

Cette saison « Catalyse » va délibérément féraliser les regards, inviter au décentrement et mégaphoniser des visions parallaxes de la réalité. Elle nous amènera à découvrir des artistes, des philosophes, des auteur.trice.s, des cinéastes… dont les paroles nous semblent s’imposer, dont les paroles sont de nature aiguillonnantes et inspirantes.

Cette saison est marquée du sceau de l’inquiétante étrangeté – hunheimlich – de l’aura de projets ambitieux qui furent menés comme celui de l’exposition   «  Les Immatériaux » placée sous la responsabilité du philosophe Jean-François Lyotard et du commissaire Thierry Chaput qui invitait il y a 40 ans, chez nos voisins d’en face_le Centre Pompidou – « à plonger le public dans une expérience nouvelle de navigation, à lui faire éprouver le sentiment de l’achèvement d’une période et la curiosité inquiète qui naît à l’aube de la postmodernité ».  Notre Centre, que nous aimons à nommer le Vaisseau, se fait le porte-parole d’artistes qui s’emparent de cette nouvelle aube. 

Notre Centre sera plus que jamais une Nef des marges dans l’ombre des certitudes 

Evan Roth, Landscapes, Galleria do Arte Moderna e Contemporanea di Bergamo, Bergamo, Italy, 2023

MdF. Vous êtes co-commissaire avec Félicie d’Estienne d’Orves et Olivier Schefer de « Deep Field » 1er chapitre de la saison : quelle est la genèse du projet ?

SP. Je me vois plus Alliée privilégiée que co-commissaire à cette exposition dont les contours furent dessinés par Félicie & Olivier. Il y a quasiment 1 an, ce duo m’a fait parvenir une proposition d’exposition qui résonnait profondément avec les projets qui sont implémentés au Centre. A plusieurs reprises, j’avais eu le plaisir de travailler avec Félicie et d’exposer son travail. La retrouver comme Commissaire, dans une position généreuse d’invitation fut une belle et riche expérience.  Mon association résida en la mise en exergue des artistes belges dans le projet et dans l’élaboration du programme de performances d’ouverture. 

MdF. Un artiste et un philosophe comme commissaires : en quoi cela donne-t-il une coloration particulière à l’exposition ? 

SP. A l’instar de l’association de Lyotard & de Chapuit au bénéfice de l’exposition Les Immatériaux, l’union entre artiste et philosophe a permis des mises en perspective fécondes, elle a donné à ce que se croisent les points de vue, les grilles de lectures et paradigmes. Partageant le combat d’une épistémologue constructiviste dont le travail m’a marqué, Helen Longino, je pense qu’il est urgent de promouvoir des communautés épistémiques hétérogènes, urgent et fondamental de dépolariser, de contribuer à sortir d’une parole conquérante, de désassigner. On voit ce que donne une Intelligence artificielle sans femme … sans minorités. De nombreux commissariats portés au Centre sont le fruit d’ « illégitimes » et cela donne je pense une coloration toute différente aux projets que nous portons. Cette illégitimité est aussi je pense paradoxalement très belge … une jeune nation sans canon. 

MdF. Les artistes réunis sont ancré.e.s en Belgique et au-delà : quelles préoccupations les traversent ? 

SP. Pour une grande partie oui, comme Edith Dekyndt, Ann Veronica Janssens, Claire Williams, Stéphanie Rolland, Eva L’Hoest… de nombreuses artistes femmes belges d’ailleurs … elles et il – Hervé Charles – partagent avec les artistes internationales présents la même attitude limière de nouvels horizons. Ils & elles sont des arpenteurs infatigables de ce que ce monde recèle de non explorés. Ils et elles sont toutes des chercheur.euse.s, des personnes dont le travail réside encore à révéler d’autres performativités que les leurs, ils & elles sont des intercesseurs de réalités tapies sous nos rationalités et l’usure des regards. 

Magali Daniaux & Cédric Pigot 78°-55’N still vidéo – 2012-2022 @Magali Daniaux, Cédric Pigot

MdF. Comment le parcours a t-il été pensé pour permettre à chacun.e d’exprimer son univers ? 

SP. J’aime à penser le Centre comme un territoire à vocation expérientielle. L’exposition s’arpente donc plus qu’elle ne se reçoit passivement. Elle impose de chercher, déceler des oeuvres qui sont disséminées dans l’intégralité de nos espaces. Les pièces cohabitent et se répondent d’une façon assez symbiotique. 

MdF. Edith Dekyndt est une artiste emblématique que l’on a vu en France notamment à la Bourse de Commerce : en quoi son message est-il aussi pertinent à notre époque ? 

SP. Le travail d’Edith Dekyndt est un travail fascinant qu’à plusieurs reprises nous avons exposé au sein du Centre et en Hors-Les-Murs dans nos expositions. Personnellement son travail me fascine. 

Cette phrase du philosophe Etienne Souriau me fait penser à son travail toute création n’est-elle pas un plaidoyer en faveur des nouvelles existences qu’elle crée? Edith Dekyndt expérimente sans cesse et au travers de ses oeuvres sont loués l’imprédictibilité, la fugacité, la fragilité, l’humilité. L’installation d’Edith Dekyndt qui loge au sein de l’expo témoigne encore de sa façon toute particulière de produire du « spectaculaire » à partir de l’intrication de l’analogique et du numérique. Une oeuvre aux techniques rudimentaires dont l’effet est empreint d’une rare poésie. 

Giulia Grossmann, Ultima (Prelude) stiil video – Tous droits réservés par l’artiste Courtesy de Light Cone, Paris

MdF. Qu’évoque pour vous ces « champs profonds » ? 

SP. La liberté!! La possibilité du plus grand, du plus loin ___ l’évasion, la  sécession, la rupture__la poésie encore et encore … 

MdF. Pour en venir au 69ème Salon de Montrouge dont vous êtes membre du comité curatorial : qu’est ce qui ressort de ce panorama ? 

SP. Un panorama en mode « harmonieuse dissension » 🙂 riche de son irréductibilité à un dénominateur commun si ce n’est pas puissance des oeuvres! Deux des artistes que j’accompagne au Salon sont actuellement présenté au Centre, en écho à Deep fields, Joséphine Topolanski & Miguel Miceli, c’est donc dire mon engouement pour les travaux présentés au Salon. 

Collectif Grapain, Ghost fire, 2024 Salon de Montrouge

MdF. Etait-il difficile d’arriver à une sélection de 40 artistes ? 

SP. J’aimerais raconter la mythologie de grands débats mais ce serait faux. Un consensus assez évident s’est imposé à notre jury dont chacun.e des membres avait identifiés les travaux qu’il.elle considérait comme le plus interpellant. Les discussions ont été nombreuses et riches et ont donné à ce que chacun;e puisse exprimer son point de vue; 40 ca parait énorme comme nombre mais en fait … sur quelque 50 au moins, un engouement évident était présent. 

Lina Filipovich, Salon de Montrouge

MdF. A quand remonte votre découverte du salon ? 

A quelques années déjà hihih. Avant mon arrivée au Centre, il y a donc plus de 7 ans déjà.  

MdF. Quels facteurs expliquent selon vous sa réputation d’incubateur et sa longévité ? 

SP. Son pari sur l’audace _ de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace _ sur le refus de céder à des effets de tendances et des considérations partisanes, de marché. 

Infos pratiques :

« Deep Fields »

commissaires : Félicie d’Estienne d’Orves & Olivier Schefer, en synergie avec Stéphanie Pécourt

exposition collective

Centre Wallonie Bruxelles-Paris

entrée libre et gratuite

Galerie – Bunker – Cour

127-129 rue Saint-Martin, Paris

jusqu’au 24 mars 2026

https://cwb.fr/agenda/exposition-collective-deep-fields

à venir :

69ème Salon de Montrouge

du 13 février au 1er mars 2026

Le Beffroi

entrée libre et gratuite

www.salonmontrouge.com

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